Credit Photo - AXA Suisse (copie d'écran vidéo)
par Thibaut Emme

Les voitures électriques ont plus d'accidents, pourquoi ?

Selon l'assureur AXA, les données des accidents de 1285 clients montrent que les conducteurs de voitures électriques connaissent plus d’accidents que les autres. Certaines explications sont possibles.

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C'est la branche suisse d'Axa qui donne cette information après un crash test organisé par AXA d'une Tesla qui se retourne et dont la batterie prend feu. Cela montre de façon explosive les dangers des batteries lithium qui doivent être ultra-protégées pour éviter ce phénomène. Les véhicules thermiques prennent également feu et brûlent rapidement. Cependant, et contrairement à l'image d'Epinal, un VT explose difficilement, sauf cargaison spéciale.

Mais, ici, ce n'est pas la dangerosité de la batterie qui est en cause, mais le conducteur. En effet, en analysant un échantillon de 1285 clients, Axa Suisse a soulevé une donnée intéressante, les conducteurs de VE sont plus responsables d'accidents que les autres et des accidents souvent plus graves. "Dans nos statistiques, nous avons constaté que les conducteurs de véhicules électriques provoquent 50% de collisions en plus que les voitures à moteur à combustion", explique dans des propos rapportés par la RTBF, Michael Pfäffli, responsable des accidents et de la prévention chez Axa en Suisse. "En particulier, les conducteurs de voitures électriques puissantes causent deux fois plus d’accidents qu’avec des voitures standards."

Des accélérations foudroyantes

Les véhicules électriques ont une réactivité qui peut surprendre plus d'un conducteur. A la moindre sollicitation de la pédale de droite, le VE va bondir. C'est d'autant plus vrai avec certains modèles plutôt puissants. Une fausse manoeuvre et la voiture file plus que de raison et surtout plus vite que le conducteur ne peut l'appréhender. Selon AXA Suisse, la régénération peut également surprendre, plus qu'un frein moteur.

De nombreux conducteurs de VE se disent surpris par cette décélération qu'il faut là-aussi apprendre à maîtriser pour ne pas être surpris ni surprendre les autres conducteurs. Mais, cet apprentissage n'est pas propre aux voitures électriques. Si on change de véhicule thermique pour un modèle qui dépasse les 300 chevaux alors qu'on était habitué à un véhicule "pépère", on se fera surprendre un jour ou l'autre. Le souci avec les VE, c'est que certains modèles très puissants sont plus abordables que les thermiques équivalents en termes de chevaux.

Certains professionnels encouragent fortement à prendre des leçons de formation auprès de centres de conduite quand on passe à un véhicule puissant, qu'il soit électrique ou thermique. Ces centres aident aussi à se former à l'écoconduite, une maîtrise du véhicule qui demande là aussi d'apprendre.

Les poids, ennemi des VE lors d'accidents

Une des caractéristiques d'un véhicule électrique par rapport à son homologue thermique, c'est son surpoids. On peut compter facilement 300 à 600 kg pour la batterie et les renforts d'icelle. Certains véhicules "grande autonomie" embarque même plus de poids pour un total devenant plutôt déraisonnable.

Et la physique est têtue : plus le véhicule est lourd et plus l'énergie à dissiper pour une même vitesse est importante. En cas d'accident, un véhicule lourd devra encaisser plus d'énergie. Quand le poids participer à la rigidité et la sécurité, pas de problème. Mais quand c'est un simple poids mort, il peut y avoir de graves conséquences. C'est aussi cela qui peut expliquer ce constat de AXA Suisse sur le nombre plus importants d'accidents pour les conducteurs de VE que de VT. Un poids plus important, c'est une plus grande difficulté à contrôler une perte d'adhérence, mais aussi un choc plus important.

Le choc est d'autant plus important pour les usagers vulnérables. Sur un même véhicule, 500 kg de plus, c'est bien plus d'énergie encaissé par un piéton ou un cycliste. "(...) on sait que le risque d’être gravement blessé pour un piéton est 33% plus élevé quand il est heurté par une voiture de 1600 kg plutôt que 1200 kg." indique Benoit Godart de l’Institut de sécurité routière Vias en Belgique interrogé par la RTBF.

Des feux très dangereux

Là encore, le poids n'est pas qu'une caractéristique des véhicules électriques. On croise, en effet, bon nombre de véhicules thermiques dont le poids n'a de cesse de grimper pour flirter avec les 2 tonnes. En France, on fait un peu figure d'exception avec de "petits" véhicules électriques qui composent le TOP10 des ventes. Mais, en Suisse, en Allemagne ou en Norvège pour ne parler que de marchés importants du VE, ce sont de gros modèles bien lourds qui se vendent. Cela amplifie donc l'effet poids et faussent les constatations.

Le VE impose également aux pompiers et aux secours, de changer leurs méthodes d'approche d'un accident. En effet, le risque d'électrisation n'est pas neutre quand on touche un véhicule électrique accidenté. Mais, surtout, un feu de VE va demander des procédures spécifiques. Il faut énormément plus d'eau pour éteindre un feu de batterie. On commence à voir des caissons d'immersion dans lesquels on plonge le véhicule électrique pour contrôler ce feu.

Dans son grand raout sur la sécurité et les crash-tests, AXA Suisse a présenté le cas le plus problématique d'un VE (ici une Tesla) qui va décoller sur un rond-point ou un massif. Le soubassement est endommagé par une pierre et le véhicule se retourne. Quelques instants après, la batterie prend feu.

Notre avis, par leblogauto.com

Des voitures plus lourdes, qui accélèrent plus fortement, et donc les feux peuvent se révéler très problématiques. Voilà qui explique sans doute le constat de AXA Suisse. Après, pour prendre du recul sur l'étude AXA, elle ne porte que sur 1285 clients. Un échantillonnage trop faible. Surtout, elle pointe une corrélation et non une causalité. Une corrélation, c'est la chute drastique des surface des terres agricoles en Afrique du Nord et Moyen-Orient en même temps que la fin de la série Friends. Jusqu'à preuve du contraire, l'un n'a jamais impliqué l'autre, et vice-versa.

Ici, on constate que sur l'échantillon il y a plus d'accidents sur les VE que les VT. Mais, pour être totalement strict d'un point de vue scientifique, il faudrait que les conducteurs aient le même profil (âge, expérience, etc.), qu'ils roulent régulièrement au même endroit, et que l'on compare aussi les puissances des voitures respectives. La seule chose que l'on sait, c'est que physiquement et chimiquement, ces véhicules sont plus dangereux en cas de choc.

Pour le poids des véhicules, c'est hélas un danger qu'on également les véhicules thermiques de plus en plus pachydermiques.

Pour résumer

D'après une enquête d'AXA Suisse sur une base de 1285 clients, les conducteurs de véhicules électriques auraient plus d'accidents que les conducteurs de thermiques.

Si l'étude souffre de quelques lacunes de rigueur scientifique, elle pointe tout de même du doigt quelques caractéristiques propres aux VE comme les feux de batterie et les accélérations importantes de ces véhicules.

Thibaut Emme
Rédacteur
Thibaut Emme

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