Durant de nombreuses années, elle a été le porte-étendard de la voiture à vivre ! Et si le vrai luxe, c’était l’Espace, le monospace conçu par Matra et Renault avait également d’autres arguments pour séduire les familles. Vous l’avez compris, nous allons vous parler du Renault Espace !
La naissance d’une idée folle
Remontons un peu dans le temps ! Nous étions en 1979, lorsque Philippe Guédon a eu l’idée d’un véhicule familial s’inspirant des vans américains. L’homme clé de Matra avait déjà en tête le remplacement du Rancho, lancé deux ans plus tôt. Ni une, ni deux, Antoine de Volanis, le designer maison, a été missionné pour matérialiser ce nouveau concept. Les crayons de Volanis ont rapidement esquissé une voiture à la ligne monocorps qui conservait l’idée du toit surélevé de la Simca-Matra Rancho.
A la recherche d’un partenaire industriel

Un premier prototype, baptisé P16, a été finalisé en novembre 1979. Réalisé sur une base de la Talbot Solora, ce prototype utilisait notamment les optiques de la… Peugeot 604 ! Il faut dire que ce prototype a été présenté aux têtes pensantes de Peugeot, le nouvel acquéreur des filiales de Chrysler Europe et donc de SIMCA, le partenaire historique de Matra. Contrairement à une légende urbaine, la direction de la marque au lion n’a pas été réfractaire à ce concept. Bien au contraire, elle a invité Matra à creuser un peu plus l’idée.
C’est ainsi que naquirent les maquettes P17 et P18 en 1981. La première se basait sur une plateforme de Talbot Horizon tandis que la seconde reposait sur celle de la Peugeot 305.
Ce projet intéressait toujours Peugeot, mais le constructeur au Lion n’avait pas les moyens de ses ambitions. Les dirigeants de Matra ont été invités à toquer à la porte de Citroën. La marque au double chevron n’a pas souhaité y donner une suite favorable. Il convient de garder à l’esprit que l’avenir de Talbot était alors incertain tandis que Citroën et Peugeot jouaient respectivement leur survie sur la BX et la 205… Le concept de Matra était trop novateur et trop risqué pour un groupe au bord de l’asphyxie.
Renault sauve le remplaçant du Rancho

Le constructeur de Romorantin ne pouvant assurer seul la production et la vente d’une telle auto devait donc se trouver un nouveau partenaire. Comme le dirait l’autre, ils ont traversé la rue et trouvé du travail ! Mais avant cela, il a fallu réaliser un nouveau prototype : le P23. Cette nouvelle ébauche, élaborée sur la plateforme de la « R18 », a été présentée à la direction du losange en décembre 1982. Pour mieux séduire les décideurs de l’ex-régie, cette nouvelle maquette a délaissé ses éléments empruntés à la gamme Peugeot au profit d’une identité plus conforme aux standards du losange. Banco ! La proposition a fait mouche !
Néanmoins avant de commercialiser la P23, Matra et Renault se sont associés afin de peaufiner le projet. Ainsi le design a légèrement évolué, adoptant notamment les feux du Renault… Trafic ! Ce fut également lors du sprint final, que l’auto a adopté une modularité qui a fait sa légende ! Le plancher plat a gagné des points d’ancrage afin de recevoir des sièges individuels à l’arrière. Par ailleurs, les sièges avant, hérités de la Renault 9, étaient pivotants. Comme souvent chez Matra, les matériaux composites faisaient partie du cahier des charges grâce à une carrosserie en panneaux de polyester stratifié et en fibre de verre.
L’Espace : Une Renault imaginée par Matra

Après avoir signé un accord stipulant que Matra produirait la P23 à partir d’éléments mécaniques fournis par la Régie Nationale des Usines Renault, les deux constructeurs ont officiellement présenté leur voiture à vivre le 7 novembre 1983. Son habitacle, qui pouvait accueillir jusqu’à 7 personnes, dans un confort digne d’une berline, offrait de l’espace ! C’était là, son luxe. C’était également son patronyme !
Les modèles de pré-séries sont sortis des chaînes de montage en janvier 1984, tandis que la production de série a débuté deux mois plus tard. La commercialisation s’est faite durant le mois de juillet avec deux finitions : la 2000 GTS et la 2000 TSE. Elles ne différaient que par leur équipement, la TSE apportant les jantes aluminium de 14’’ au design évoquant celles de la R25, les sièges pivotants, des rétroviseurs électriques et une fermeture centralisée avec une télécommande.

Des débuts difficiles pour le Renault Espace
Sous le capot, on retrouvait un moteur Douvrin de 1995cm3 développant 110 ch à 5500 tr/min. Associé à une boîte mécanique à 5 rapports, il animait le Renault Espace avec brio. Le train avant, emprunté à la Fuego, ainsi que l’essieu arrière semi-rigide offraient également des prestations dynamiques assez inédites pour un véhicule aussi spacieux. Les sensations de conduite proposées par le Renault Espace étaient plus proches de celles d’une berline haut de gamme que de celle d’une camionnette.

De quoi assurer le succès du remplaçant du Rancho ? Ce n’était pas une évidence au départ tant les ventes étaient poussives ! Avec seulement 9 unités vendues le premier mois, l’Espace semblait prendre un mauvais chemin. Avec de telles ventes, l’opération ne pouvait pas être rentable pour le petit constructeur de Romorantin qui produisait alors à perte ! Néanmoins, la situation s’est rapidement améliorée, le Renault Espace ayant fini par séduire son cœur de cible : les familles !
Les débuts du Renault Espace Turbo Diesel

L’arrivée d’une version diesel en décembre 1984, n’y a sans doute pas été étrangère. Bien que performant, le 2.0 essence avait un goût prononcé pour la boisson. Les versions Turbo D et Turbo DX, motorisées par une 2068cm3 de 88 ch à 4200 tr/min, se montraient bien plus économiques à rouler en échange de performances moindres. Ces Renault Espace diesel différaient des versions essence par une calandre plus imposante.
En juin 1985, une nouvelle finition 2000-1 s’est placée au sommet de la gamme, avec sa sellerie en velours et ses rangements supplémentaires. Elle pouvait recevoir aussi bien le moteur essence que le diesel. Durant l’année 1986, ce fut au tour de l’Espace de société de faire ses débuts !
Le millésime 1987 a apporté les premiers changements majeurs dans la gamme Espace. Le monospace français a adopté des roues de 14’’ sur toutes les versions, ce qui a permis d’améliorer le système de freinage. La boîte de vitesses a également évolué, celle-ci étant désormais héritée de la Renault 25.
1988 : le Renault Espace se refait une beauté

Au cours de l’année 1988, le Renault Espace s’est refait une beauté. Les principales évolutions concernaient la face avant et la poupe arrière. Exit le minois de Renault Trafic ! Pour son restylage, le Renault Espace a adopté une nouvelle calandre et de nouvelles optiques. À l’arrière, les modifications ont concernés le hayon les feux qui ont adopté un nouveau dessin. Ces évolutions lui ont d’ailleurs fait gagner 10 cm et lui conféraient une allure bien plus moderne.
La remise à niveau du Renault Espace a également été technique. Le moteur Douvrin de 110ch a cédé sa place à une version dégonflée à 103 ch pour la 2000 GTS. La TXE et la 2000-1 injection profitaient quant à elles, d’une version boostée à 120 ch de ce bon vieux 1995cm3. Sur le plan dynamique, l’Espace a également remplacé son train avant de Renault Fuego par des éléments provenant de la « 25 ». Mais la surprise du Chef a été sans aucun doute le lancement d’une version à transmission intégrale baptisée Quadra ! Seul le 2,0 injection de 120 ch pouvait animer cette version.

Sur certains marchés, comme la Suisse ou l’Allemagne, l’Espace a également reçu un 2165cm3 de 110 ch. Ce moteur recevait une injection ainsi qu’un catalyseur afin de réduire ses émissions polluantes.
Sur le plan technique, l’Espace n’a ensuite connu aucune évolution majeure jusqu’à la fin de sa paisible carrière.
Connolly : le Renault Espace chic

Il convient néanmoins de noter l’arrivée d’un ABS optionnel avec le modèle 1989, tandis qu’un Espace Connolly a fait son apparition en janvier 1990. Cette série limitée se distinguait par ses beaux sièges en cuir… Connolly. Elle profitait également d’une moquette assez épaisse. De quoi faire pâlir certaines anglaises ! L’ultime coquetterie a fait son apparition en avril 1990. En effet, l’Espace venait d’adopter une suspension arrière pneumatique à correcteur d’assiette. Une option idéale pour partir au bled sans que la voiture ne soit « un peu penchée » !
Après des débuts difficiles, le Renault Espace a connu une montée en puissance progressive notamment après son restylage. Les résultats encourageants ont incité Matra et Renault à renouveler leur accord pour un second opus ! En janvier 1991, après 191 694 exemplaires, l’Espace de première génération a dû se résigner à céder sa place ! L’Espace venait de mourir, vive l’Espace !
Les petites histoires de la Grande Histoire
Le Renault Espace regorge de petites histoires intéressantes? Certaines sont méconnues ou ont été oubliées. Heureusement, nous sommes là pour vous les (re)raconter !
Vous pensiez qu’elles ont toutes été produites par Matra à Romorantin ? Vous avez tout faux ! L’usine Alpine de Dieppe en a également produit à partir de 1987 afin de faire face à une demande croissante.
2703 ! C’est le nombre d’Espace 1 vendus sur l’ensemble de l’année 1984.
À une époque où toutes les Renault portaient un numéro, le monospace lancé conjointement avec Matra dénotait un peu dans la gamme Renault ! En effet, cette voiture à vivre était la seule à porter un nom !
Contrairement à une idée reçue, le Renault Espace n’est pas à proprement parler le premier monospace de l’histoire. Le Chrysler Voyager a fait son apparition 6 mois avant le Renault Espace, mais ce dernier s’inspirait plus des vans américains. Par ailleurs, en 1956, Fiat avait lancé un véhicule monocorps et spacieux : le 600 Multipla. En revanche, l’Epace a apporté une très grande nouveauté : une modularité qui en faisait une voiture à vivre.
Le Renault Espace devait initialement partir à la conquête de l’Amérique ! La marque au losange, qui était alliée à l’Américain AMC, avait dans l’idée de faire voyager son Espace aux États-Unis. Néanmoins, ce lancement a finalement été avorté.
Des Renault Espace pas comme les autres…

En 1986, le Pape Jean-Paul II s’est rendu dans la cité des Gones. Matra a préparé un Renault Espace GTS tout spécialement pour le séjour Lyonnais du souverain pontife. Cette Papamobile lui permettait notamment de saluer les foules en se tenant debout.

En 1985, Renault et Matra ont lancé un Espace aux couleurs des taxis parisiens G7. Cet Espace qui se distinguait par sa couleur bleue et rouge disposait d’un aménagement spécifique et pouvait embarquer un téléphone et une télévision pour les clients ! La production de ces taxis, pouvant fonctionner au GPL, serait d’une vingtaine d’unités. A noter que les bagages se chargeaient à l’avant, à côté du conducteur !

Le volume à bord et le confort de l’Espace ont en fait un véhicule prisé par les sociétés d’Ambulance. De nombreuses versions, rehaussées ou non, ont été créées. La version la plus originale reste l’ambulance à 6 roues de Tissier qui se basait sur la version restylée.




































Merci pour cet article qui rappelle que Renault est une marque qui aime oser. Ça ne paye pas toujours mais l’espace 1 a lancé une belle saga.
Petite coquille néanmoins, il n’était pas le seul à porter un nom dans la gamme Renault. Vous dites vous même qu’il empruntait le train avant de la Fuego.
Très bons souvenirs … Pour les voyages… Jusqu’en Finlande, le karting, les meetings aériens, et les déménagements… 🥰
Et les premiers roulaient à 180 en Allemagne et le 2 L de Douvrin dépassait facilement les 350.000 km.
Je sais que c’est faux de dire ça … « c’était mieux avant » … c’est très vieux con….
Mais quand je vois l’Espace actuel !? … qui est certes un tres bon SUV 7 places … j’ai vraiment envie de le dire !!!
Merci pour l’article @Hatem Ben Ayed, de me rappeler l’époque où j’étais jeune et beau et un peu aventurier avec les premiers Espace (même si ce n’est uniquement dans la tête) 🤠😉