General Motors et Ford enregistrent cette année les plus fortes baisses de part de marché parmi les treize constructeurs automobiles suivis par Cox Automotive, pénalisés par l’absence de modèles hybrides face à la hausse des prix de l’essence.
Le marché automobile américain connaît une recomposition significative de ses équilibres concurrentiels. Selon une prévision publiée jeudi par Cox Automotive, General Motors et Ford Motor ont perdu davantage de parts de marché aux États-Unis que tout autre constructeur automobile cette année, les acheteurs privilégiant désormais l’efficacité énergétique face à la flambée des prix du carburant.
Des reculs de vente marqués pour les deux constructeurs de Detroit
Les ventes de véhicules Ford devraient chuter de 8,8 % sur les trois premiers trimestres de l’année, selon les projections de Cox Automotive. Cette contre-performance ferait reculer la part de marché du constructeur automobile de près d’un point de pourcentage, à 12,5 %. Le rythme des ventes de General Motors accuse également un retard par rapport à l’ensemble de l’industrie automobile, avec une baisse anticipée de 6,2 % depuis le début de l’année jusqu’au 30 septembre. Selon les estimations de Cox, GM terminerait ainsi le trimestre avec une part de marché de 16,7 %, contre 17,4 % un an plus tôt. Ces deux reculs constitueraient les plus fortes baisses de part de marché parmi les treize constructeurs automobiles suivis par le cabinet dans ses prévisions trimestrielles.
Stellantis, maison mère de Chrysler et autre membre des trois grands constructeurs automobiles historiques de Detroit, devrait en revanche gagner des parts de marché sur la même période. Malgré cette exception, la part de marché cumulée des trois groupes américains devrait atteindre un niveau historiquement bas d’environ 36 %, selon Cox Automotive. Les analystes du secteur automobile expliquent cette situation par un manque relatif de véhicules économes en carburant proposés par GM et Ford, comparativement à leurs concurrents directs. Sollicité par Reuters, un porte-parole de General Motors a refusé de commenter ces projections.
Un déficit d’offre hybride qui pèse sur les ventes
Selon plusieurs concessionnaires General Motors, certains clients auraient changé de marque en raison de l’absence de modèles hybrides dans la gamme du constructeur automobile. Du côté de Ford, le recul des ventes s’explique en partie par l’arrêt de production de son SUV compact Escape, l’un des modèles les plus économes en carburant de la gamme. Les ventes globales du constructeur ont par ailleurs subi une pression supplémentaire liée à une production réduite de véhicules pickup, conséquence d’un incendie survenu chez un fournisseur d’aluminium ayant limité les capacités de production.
À l’inverse, les constructeurs automobiles disposant de plusieurs modèles hybrides, combinant moteur à essence et motorisation électrique avec batterie pour réduire la consommation de carburant, ont mieux résisté cette année face à la hausse des prix de l’essence provoquée par la guerre en Iran. Les ventes combinées de Hyundai et Kia devraient ainsi dépasser celles de Ford au troisième trimestre, une première historique pour les deux constructeurs automobiles sud-coréens face au groupe américain, selon les données de Cox. Dans un communiqué, Ford a toutefois tenu à nuancer ce constat, rappelant que Hyundai et Kia demeurent deux entreprises distinctes et que, même regroupées, ses propres ventes cumulées depuis le début de l’année restent supérieures à celles des deux constructeurs coréens réunis, l’écart en termes de revenus étant par ailleurs beaucoup plus important.
Toyota et Honda profitent de leur avance sur l’hybride
Toyota, leader incontesté de l’industrie automobile en matière de ventes de véhicules hybrides, devrait quant à lui enregistrer une progression de ses ventes de 1,1 % sur les trois premiers trimestres de l’année. Les ventes de Honda devraient pour leur part croître de 5,6 %, toujours selon les projections de Cox Automotive. Erin Keating, analyste exécutif chez Cox, souligne que certaines marques asiatiques se démarquent nettement et bouleversent véritablement les équilibres de l’industrie automobile américaine, un phénomène qu’elle attribue directement à leur avance technologique sur les motorisations hybrides.
Dans un contexte économique marqué par de fortes pressions sur le pouvoir d’achat des consommateurs américains, les prévisionnistes de Cox Automotive ont néanmoins révisé à la hausse leurs attentes concernant les ventes totales de véhicules aux États-Unis, désormais estimées à 16,1 millions d’unités pour l’année, contre une prévision antérieure de 15,8 millions. Selon Erin Keating, malgré une année particulièrement volatile pour le secteur automobile, le marché des véhicules neufs a globalement fait preuve d’une résistance étonnante.
Notre avis, par leblogauto.com
Le recul simultané de General Motors et Ford illustre les conséquences directes d’un retard stratégique sur l’offre hybride, à un moment où la hausse des prix de l’essence redistribue rapidement les cartes de la compétitivité automobile aux États-Unis. Le dépassement historique de Ford par Hyundai et Kia combinés au troisième trimestre constitue un symbole fort de cette bascule, même si la réponse du constructeur américain rappelle à juste titre que cette comparaison mérite d’être nuancée en termes de revenus globaux. La stabilité relative de Stellantis, seul des trois grands constructeurs de Detroit à gagner des parts de marché, suggère que la difficulté rencontrée par GM et Ford relève davantage de choix stratégiques individuels que d’une fragilité structurelle partagée par l’ensemble de l’industrie automobile américaine. La progression continue de Toyota et Honda, portée par leur expertise historique en matière d’hybridation, confirme enfin que la technologie hybride s’impose désormais comme un critère d’achat déterminant pour les consommateurs américains, bien au-delà d’un simple effet de mode conjoncturel.
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