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    L’incendie de batteries lithium dans l’Aveyron pose des questions

    Thibaut EmmeThibaut Emme20 février 202426 commentaires
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    Samedi 17 février 2024, un incendie s'est déclaré à l'usine de la SNAM (Société nouvelle d'affinage des métaux) à Viviez dans l'Aveyron. Cette commune de 1200 habitants a été confinée en partie et désormais, les pompiers parlent d'un feu "maîtrisé". Toutefois, il n'est à priori pas encore éteint. Il faut dire que cet entrepôt de la SNAM contenait 900 tonnes de batteries lithium à recycler. C'est sa spécialité. Et les piles lithium ne s'éteignent pas comme des allumettes si elles prennent feu. C'est bien là l'un des principaux problèmes de ces batteries.

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    Des batteries de mobiles et portables

    Ici, l'entrepôt ne contenait pas de batteries d'automobiles électriques (dites "batteries de traction") mais des batteries de mobiles, de portables et autres petits appareils électroniques. Ces batteries sont souvent plus "instables" que celles utilisées dans les voitures. Cela vient principalement du fait qu'elles sont contraintes en matière de place (pour rester compactes). On se souviendra de l'affaire des smartphone Samsung gonflant, prenant feu, voir explosant en charge à cause d'une batterie qui n'avait pas assez de place dans le téléphone (il y a des phénomènes qui font gonfler légèrement certaines batteries).

    Toutefois, cet incendie n'est pas le premier. On a eu un incendie dans un entrepôt de logistique qui stockait des batteries de véhicule électrique lui. Toujours le même scénario : une fois l'incendie déclaré, on ne peut plus rien à faire à par le noyer sous des tonnes d'eau. Et c'est bien un souci. En effet, à Viviez, un nuage épais s'est vite dégagé, avec une odeur immonde. Un périmètre de confinement a été décrété, mais 500 m autour seulement. Les habitants craignent pour leur santé évidemment.

    Selon des mesures officielles dans l'air, il n'y a pas de risque sanitaire. La fumée noire et à l'odeur prenante venait principalement du plastique des batteries, mais aussi de la peinture et la charpente du bâtiment en feu. Néanmoins, les métaux et éléments chimiques des batteries se sont retrouvés dans l'air. Faut-il croire les autorités ? Sans doute oui. A défaut de preuve du contraire.

    Stocker l'eau d'arrosage

    L'autre souci, c'est que ces incendies demandent des mètres cube d'eau. Et cette eau est ensuite contaminée et ne peut être déversée dans la nature. Sur ce site de la SNAM, il semble que les règles étaient respectées avec des réservoirs prévus pour récolter l'eau pour arroser l'incendie. Cela n'empêche pas un écologiste d'assurer que cette eau a été reversée dans un ruisseau qui borde le site. La SNAM dément formellement : "Le confinement des eaux d’extinction a été réalisé dans les bassins du site. Il n’y a pas eu de rejet au milieu naturel".

    Outre l'incendie de ce weekend, se pose forcément une nouvelle fois la dangerosité de l'industrie. Car, s'il s'agit ici de batteries lithium, pour Lubrizol à Rouen en 2019 par exemple, c'était de banals produits chimiques utilisés comme additifs dans les lubrifiants. Et à AZF (AZote Fertilisants) à Toulouse, c'était de l'engrais. Plus généralement, tout entrepôt, toute usine est susceptible de subir un incendie avec des dégagements toxiques et/ou des explosions dangereuses.

    D'ailleurs, cela arrive bien plus souvent qu'on ne le soupçonne. Par exemple, savez-vous qu'en août 2023, une usine de Novares (équipementier français) en République Tchèque a été touchée par un violent incendie ? Ici, pas de batteries, mais de nombreuses pièces plastiques dont la combustion dégage des fumées nocives. Et l'incendie dans une usine Kia à Hwaseong là encore à l'été dernier ? Pour celle-ci c'est la ligne de peinture qui a été touchée.

    Des industries amenées à se développer

    Et si on élargit à toute l'industrie, ces incendies ne sont finalement pas rares. Cela n'empêche pas de tirer des leçons de ces cas. Ici par exemple, les bassins de rétention, prévus pour accueillir l'eau contaminée étaient en cours d'agrandissement, l'usine ayant reçu l'autorisation de s'agrandir. C'est évidemment une chose à contrôler strictement pour être certains de ne pas avoir de rejets dans la nature. Ceux de l'incendie suffisent déjà. L'autre point, c'est que l'on a évité "pire".

    En effet, l'incendie a menacé un temps de s'étendre à un autre bâtiment qui contenait des éléments autrement plus dangereux qui valent à cet entrepôt non touché d'être classé "SEVESO" (des sites industriels présentant des risques d'accidents majeurs). Le contenu a été évacué et le bâtiment n'a finalement pas été touché. Mais, cela pourrait inciter les autorités à réglementer une capacité maximale de stockage par bâtiment, ainsi qu'une distance minimum entre deux bâtiments. Des règles et des normes qui s'imposeront pour ne pas vivre un incendie dramatique.

    L'autre aspect à bien prendre en compte, c'est la communication et la transparence. Ces entreprises de recyclage vont devoir, plus encore maintenant après cet incendie, communiquer sur leur industrie. Car les riverains ne sont pas tous convaincus par les discours des officiels. Et dans le cas de l'incendie de l'entrepôt de Bolloré Logistics près de Rouen, les habitants retrouvent encore des restes de l'incendie dans leur jardin. Comment les convaincre de la non toxicité de tout cela ?

    L'industrie du recyclage va devoir s'inspirer des centrales nucléaires qui inlassablement communiquent sur la non toxicité des vapeurs, la non toxicité des rejets dans les fleuves, la non dangerosité du site, etc. Un peu comme chaque industrie en fait. Cet incendie peut avoir du bon, mettre le projecteur sur une filière en devenir en France. Est-ce que tous ces sites sont prêts en cas d'incendie ? Doit-on informer publiquement la population des usines à proximité de chez eux ? Des questions soulevées par cet événement.

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    Thibaut Emme

    Thibaut Emme est journaliste automobile et auteur pour Le Blog Auto, média spécialisé dans l’actualité auto, les essais de véhicules, les voitures électriques et l’industrie automobile créé en 2004. Depuis 2011, il couvre les nouveautés des constructeurs, les évolutions du marché automobile, les technologies liées à l’électrification ainsi que les enjeux réglementaires du secteur. À travers ses analyses et articles spécialisés, il décrypte les tendances qui façonnent la mobilité moderne.

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    26 commentaires

    1. Antoine on 20 février 2024 17h19

      Curieux, aucun commentaire d’AXSPORT. Je dis ça je dit rien 😉

      Reply
    2. Antoine on 20 février 2024 17h20

      cf la remarque sur les réservoirs de rétentions.

      Reply
    3. Achille Talon on 20 février 2024 18h18

      Vu l’opacité de la fumée dégagée, il y a eu plein de cochonneries balancées dans l’atmosphère. Une grande majorité des thermoplastiques dégagent des fumées nocives à la combustion.
      C’est marrant, si on écoutait tous les industriels, ils nous expliquerait que leur industrie n’est pas dangereuse et qu’il n’y a aucun risque. Ben voyons.
      Il y a une vingtaine d’années, une étude britannique avait constaté un taux anormalement élevé des cas de leucémie infantile dans les zones d’habitations dans l’environnement proche de centrales nucléaires. Idem en Allemagne et en France. Mais faut pas trop en parler, faut pas faire peur à la population.
      Dans ces entreprises qui travaillent avec des produits potentiellement dangereux voire mortels, toutes les causes d’accidents doivent être envisagées, simple application de la loi de Murphy (si quelque chose peut se produire, ça va se produire), et les meilleures solutions doivent être appliquées. Malheureusement, ça a un coût que beaucoup d’entreprises ne veulent pas payer, au prix de la sécurité de tous.

      Reply
      • Thibaut Emme on 20 février 2024 19h30

        Alors là @Achille Talon je veux bien un lien vers cette étude dont vous faites mention.

        Car de toutes celles dont j’ai connaissance, il n’y a rien du tout sur ce phénomène de leucémies infantile « anormalement élevé » (et j’ai grandi à proximité d’une centrale 😉

        Etude sur La Hague (pas le truc le plus propre pendant des années) https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/8347783/ > Conclusion « This nonsignificant finding is compatible with no increased risk and also with a sevenfold excess risk. »

        Autre étude qui montrait un taux anormal….la même étude qq années avant ne montrait rien. La centrale était déjà là donc on en conclue que…ce n’est pas la centrale.
        Surtout que le taux « anormal » ne diminue pas à mesure que l’on s’éloigne de la centrale. Ce qui n’est pas logique si c’était elle la source.
        Alors quid ? Les industries sont de bonnes candidates (les fumées, les incinérateurs qui crachaient/crachent des dioxines, etc.)
        https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/medecine-risque-leucemie-accru-pres-centrales-nucleaires-36008/

        https://www.francetvinfo.fr/sante/vrai-ou-fake-les-enfants-vivant-a-proximite-d-une-centrale-nucleaire-ont-ils-plus-de-risques-de-developper-une-leucemie_5713103.html >> Faut pas croire toutes les conneries que débitent certains 🙂

        Reply
        • Achille Talon on 20 février 2024 21h27

          Je serais bien incapable de retrouver cet article, je l’avais lu dans un magazine, peut-être Sciences et vie.
          En France, une étude de l’INSERM a observé ce même phénomène sans en tirer des conclusions.
          https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/medecine-risque-leucemie-accru-pres-centrales-nucleaires-36008/
          https://www.lemonde.fr/planete/article/2012/02/18/leucemies-et-centrales-nucleaires-un-lien-dangereux_1645381_3244.html

          Reply
          • Thibaut Emme on 20 février 2024 22h51

            « Les centrales nucléaires disculpées » 🙂
            Les deux liens (dont un que j’ai donné dans le com’ précédent) montre justement qu’il n’y a pas de lien de cause à effet.

            Corrélation n’est pas causalité 🙂

            Reply
          • Martine on 22 février 2024 15h59

            Faut pas taper sur le nucléaire ici, certains sont actionnaires

            Reply
    4. panama on 20 février 2024 19h25

      Depuis l’accident de Three Mile Island le public sait que les industriels mentent en cas d’accident industriel pour protéger leurs intérêts.
      Plus près de nous au moment de Fukushima, l’accident a été classé initialement de niveau 4, pour être un mois plus tard réévalué au niveau 7 sous pression de l’AIEA.
      Et ça continuera. C’est désormais aux citoyens d’être vigilants et d’espérer qu’un lanceur d’alerte fera son job au bon moment.

      Reply
    5. Franck Boizard on 20 février 2024 20h11

      Une dinguerie de plus dans un monde occidental complètement dingue.

      Il n’y a pas besoin de batteries, donc pas besoin d’usines de batteries.

      Reply
      • Thibaut Emme on 20 février 2024 20h32

        Vous n’avez donc pas de téléphone mobile, votre téléphone fixe est encore un « POT » (plain old telephon) à fil, aucun appareil électrique sans fil (tondeuse, rasoir, etc. ? Bravo.

        Ah mince on oubliait que vous étiez obnubilé par les VE…..ici ce ne SONT PAS des batteries de VE.

        Reply
      • lym on 20 février 2024 21h11

        Personnellement, j’ai banni les laptops en usage perso pour des barebones il y a une quinzaine d’années, afin de limiter entre autres l’usage des batteries: On peut les maintenir et mettre à jour ce qui a un sens économique, l’alimentation se change écran/clavier aussi dans ce qui lâche souvent. Le seul laptop est un 12.5″ acheté d’occase en gamme pro (car avec encore des possibilités de maintenance et une batterie qui se change en 2s) pour les usages type vacances. Smartphone = Xcover solide dont la batterie se change sans outils, ce qui devient une rareté. Il arrive sur ses 6 ans.

        Tondeuse, j’ai un fil (700m2, une batterie ferait pas le job de toutes manières) et idem pour tout niveau jardinage sauf une petite élagueuse Bosch quand la Stihl thermique est un peu too-much. Et un fil à gérer en varappe au milieu du grand Saule c’est pas génial.

        Bricolage, à c’est le néant: Zéro batterie absolu. Même plus de visseuses car on en trouve des filaires (on n’a longtemps eu que des perceuses ou variation précise/limiteur de couple manquent) et au moins on n’a pas le pb d’une batterie vide pile quand on en a besoin des mois après le dernier usage.

        Comme quoi, on peut déjà bien limiter le problème et en prime cela fait mieux le job. On n’est quand même jamais bien loin d’une prise (sauf en VE, également naufrageur de rouliers, en attendant les ferries).

        Reply
      • lym on 20 février 2024 21h13

        A mettre des batteries dans tout, on ne frôle plus la connerie on est en plein dedans.

        Reply
      • panama on 21 février 2024 12h44

        @Franck Boizard : si le monde occidental est dingue, alors d’autres pays ont sombré dans la folie la plus totale depuis longtemps.

        Reply
    6. lym on 21 février 2024 9h27

      Que dans 1 cas le faible % de VE ne soit pas forcément à l’origine du sinistre, le pb demeure: Même allumés par contagion, comme dirait Darmanin depuis Sarkozy pour raboter les statistiques du nouvel an aussi aisément que c’est les flics qui estiment l’affaire (et ont des consignes), une fois allumés les VE sont inextinguible.
      Pour le périf, je dirais que les moteurs n’ont jamais été aussi dépollués. C’est donc surtout une histoire de perception alimentée par le bourrage de cranes.
      Par ailleurs ado sans les années 80, il m’est arrivé d’accompagner un oncle qui faisait les marchés entre Colombes et Rungis au petit matin en passant au plus court à travers Paris: Av Ch de Gaulle, Gde Armée, Champs avant filer au sud via Raspail (de mémoire)/ Italie pour chopper la N7, alors zéro feux avec les passages sous carrefour qui ont été comblés depuis (même pas réutilisés pour le tram).
      En 25/30mn on était prêts à charger l’utilitaire qui refroidissait un peu car sur les grandes avenues c’était avalé à 120 et la N7 pied au delà du plancher.
      Désormais on mettrait quoi entre Paris à 30km/h avec radars et N7, ou ce qu’il en reste, en vague rouge tous les km? 1h30?
      Pas certain que multiplier par 3 le temps de fonctionnement d’un moteur encrassé par l’inaction chronique à laquelle on l’oblige vs rouler même vite soit bénef niveau conso. Surtout cumulé au fait que macroscopiquement, des véhicules étant 3x plus longtemps que nécessaire à encombrer les routes au lieu d’être déjà au parking multiplient fatalement les encombrements.
      Tout ceci pour illustrer avec cette différence sur 40 ans que l’affaire est aussi politiquement organisée pour saper en grande partie le travail sur les motorisations (on pourrait ajouter les freinages/accélérations dues à des ralentisseurs en prime à 80% hors normes, les lois c’est pas pour ceux qui les écrivent, et autres RP superflus dans des proportions similaires).
      Autre avantage: Les piétons faisaient gaffe à l’époque. Loin des ahuris actuels qui en plus se plaignent quand vous évitez leurs gags incessants nez sur le débilophone ou réveillez le zombie d’un coup de klaxon… Jusqu’au jour ou ils rencontrent un de leurs pendants au volant qui s’occupe de la même manière en se traînant à 30 et les ramasse…

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