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    Accueil » Les grands ingénieurs, épisode 1 : John Barnard
    Actualité

    Les grands ingénieurs, épisode 1 : John Barnard

    Nicolas AnderbeganiNicolas Anderbegani30 mars 202018 commentaires
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    Né en 1946 à Wembley, diplômé de l’université de Watford, John Barnard commence par travailler au sein de sociétés d’électricité et de machinerie, avant d’être embauché par Lola Cars vers la fin des années 60 pour travailler sur des prototypes. Il y croise la route d’un certain Patrick Head, le futur directeur technique emblématique de Williams. Les deux hommes se lient d’amitié, en attendant que leurs créations respectives ne s’affrontent en piste !

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    Succès en Amérique

    En 1972, Barnard rejoint McLaren et fait ses premières classes en F1 aux côtés du chef designer Gordon Coppuck. C’est l’époque de la M23, l’une des monoplaces les plus performantes du milieu des années 70. Il est recruté ensuite par l’équipe américaine Parnelli, qui fait un bref passage en F1 avec Mario Andretti avant de retourner en Indycar. Il file ensuite chez Chaparral, un constructeur très réputé à l’époque pour ses innovations aérodynamiques.

    Il y développe notamment la 2K, première Indycar reprenant le principe d’effet de sol, introduit par Lotus en F1 quelques années plus tôt. Cette voiture gagne l’Indy 500 et le championnat CART en 1980 avec Johnny Rutherford.

    La monocoque

    Ses créations remarquées attirent l’attention de Ron Dennis, le nouveau boss de McLaren F1, qui lui confie la conception d’une voiture fondamentale : la McLaren MP4/1 de 1981. C’est la première monoplace McLaren de l’ère Dennis, portant le nom de code « Marlboro Project 4 » qui matérialisait la fusion de l’ancienne équipe McLaren avec la structure de Formule 2 du manager anglais. Mais surtout, la MP4/1 introduit une innovation majeure : la monocoque en fibre de carbone, qui impose de nouveaux standards de rigidité et de protection du pilote, conçue en partenariat avec la firme américaine Hercules Aerospace.

    Les réserves émises par certains sur cette nouvelle technologie se dissipent au GP d’Italie 1981 à Monza, quand John Watson subit un énorme crash qui servira de témoignage du bien-fondé de la monocoque carbone, le pilote ayant survécu à un accident qui aurait été probablement fatal auparavant. De 1984, année qui marque l’arrivée du V6 Turbo TAG Porsche, jusqu’en 1986, McLaren est l’écurie dominante de la F1, la MP4/2 et ses évolutions remportant trois titres pilotes avec Niki Lauda et Alain Prost ainsi que deux constructeurs.

    Néanmoins, en 1986, la MP4/2C, conservatrice et au V6 TAG vieillissant, commence à se faire damer le pion par la Williams FW11-Honda de…Patrick Head. De plus, Barnard cherche à accroître son poids dans l’équipe, ce que Dennis ne peut accepter. L’opportunité d’un nouveau challenge se présente alors : relever la Scuderia Ferrari, qui n’est plus que l’ombre d’elle-même.

    Fini le vin !

    Le Commendatore recrute l’ingénieur anglais, qui n’a pas hésité à fixer ses conditions : il concevra les futures Ferrari…depuis ses bureaux d’études de Guilford, nommés malicieusement GTO, basés enAngleterre, et avec le financement du cheval cabré !

    Sacrilège pour les puristes, mais comment refuser de se passer des services d’un tel talent ? Barnard veut se tenir à l’écart des intrigues politiques et des luttes de personnes à Maranello. Il impose ses choix, remanie de fond en comble le département technique, purge le personnel et brusque les habitudes de travail. C’est un véritable choc des cultures, qui lui attire des inimitiés. Les mécaniciens n’apprécient guère la suppression de la longue pause déjeuner arrosée de Lambrusco à midi…chez McLaren, c’était 15’ de pause, un café et un sandwich ! Courant 1987 encore, il s’épanche dans la presse en dénonçant les méthodes archaïques de la Scuderia et le manque d’entrain du staff italien. Ambiance…

    La Ferrari F188 de 1988 est éclipsée par la MP4/4, car les efforts de développement sont déjà tournés vers l’avenir : c’est pour la saison 1989, coïncidant avec la nouvelle réglementation 3.5 L atmosphérique, que Barnard réserve sa révolution. La pression est forte, d’autant que le courant ne passe pas du tout entre la presse italienne, très intrusive, et l’ingénieur britannique, qui ne prend pas de pincettes pour dire sa façon de penser.

    Une Ferrari qui déboîte !

    Mais c’est encore la sensation, quand apparaît la Ferrari 640 « made in UK ». Elle détonne par son aérodynamisme et sa taille de guêpe. Malgré la présence d’un gros V12, la silhouette de la 640 avec ses fameux pontons en bouteille de coca a été possible grâce à l’implantation d’une boîte de vitesses 7 rapports semi-automatique à commande électro-hydraulique, avec commandes au volant ! Mauro Forghieri avait commencé à travailler dessus au début des années 80 mais les limites de l’électronique à cette époque l’avaient contraint de remiser le projet au placard. Cette innovation, qui deviendra en quelques années un standard et un nouveau jalon majeur dans l’histoire de la F1, rencontre néanmoins de gros soucis au début.

    Malgré une victoire surprise au Brésil en ouverture du championnat 1989, la fiabilité, désastreuse, met Barnard en difficulté : la presse italienne réclame sa tête, mais la direction Agnelli lui maintient sa confiance . Si Alain Prost accepte de rejoindre Ferrari pour 1990, c’est en partie parce qu’il a exigé que soit conservé John Barnard, dont il avait gardé évidemment un excellent souvenir chez McLaren. Pourtant, ce dernier choisit de quitter Maranello, non sans avoir œuvré sur la 641 qui permettra au français de disputer le titre à Senna en 1990.

    Benetton en coup de vent puis retour en rouge

    Il rejoint Benetton courant 1990 et conçoit la B191, mais ne fait pas long feu : ses relations avec Briatore sont orageuses et il est limogé dès la mi-saison 1991.

    Après avoir brièvement œuvré sur un projet mort-né TOMS Toyota, Il revient alors chez…Ferrari dès 1992, par l’entregent de Niki Lauda, alors « conseiller spécial » de la Scuderia. Une nouvelle fois, Ferrari est aux abois. Les monoplaces 643 (1991) et F92 (92) ont été calamiteuses, finissant de faire imploser l’équipe. Une nouvelle fois, il obtient de fonder un studio en Angleterre, FDD, et une nouvelle fois, il contribue au retour en grâce de la Scuderia : le succès revient progressivement avec les originales 412 T1 (1994) et T2 (1995) de Gerhard Berger et Jean Alesi puis la F310 (1996), la première Ferrari V10 de Schumacher. La réorganisation totale du département technique entreprise par Jean Todt, qui fait venir Ross Brawn et Rory Byrne depuis Benetton, provoque néanmoins le départ de Barnard. Pas question de s’installer à Maranello.

    La moto pour conclure

    L’ingénieur rachète à Ferrari le bureau FDD, qui devient B3 Technologies et s’installe en tant que consultant indépendant. Il collabore avec Arrows à partir de 1997 et conçoit l’année suivante une A19 équipée d’une boîte de vitesse tout en carbone, malheureusement pas fiable. Par la suite, Barnard officie en tant que consultant après d’Alain Prost du temps de Prost GP, avant de terminer comme directeur technique du projet KR Modenas, l’originale moto 5 cylindres développée en 2003 sous l’impulsion de l’ancien champion du monde 500cc Kenny Roberts avec l’appui financier de Proton.

    Perfectionniste, forte tête au franc parler, ce qui provoqua souvent des situations conflictuelles, John Barnard fait partie des grands ingénieurs qui ont contribué à changer la F1 et n ‘ont cessé d’innover. Le titre de son autobiographie résume bien cette quête: « The perfect car ». Rangé des voitures,  il n’a pas cessé de créer pour autant…puisqu’il travaille désormais sur la conception de meubles !

    Images : wikimedia commons, flickr, formulapassion, McLaren

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    Nicolas Anderbegani
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    Petit-fils de "Citroëniste" et fils de "Béhémiste", je suis tombé dans la potion magique automobile tout petit. Charmé avant tout par les belles Italiennes, je suis passionné par les sports mécaniques, Formule 1 en pole position évidemment. Toujours prompt à dégainer mon appareil photo, je suis de près l'actualité sous toutes ses formes, aimant "shooter" des bolides en mouvement et faire des montages vidéos. Mes champs de prédilection sont l'actualité produit des marques Italiennes et des sportives en général, le sport automobile et les évènements historiques, qui recoupent ma profession d'enseignant d'Histoire. Je retranscris ma passion enfin dans l'écriture d'ouvrages.

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    18 commentaires

    1. Zak on 30 mars 2020 14h59

      Très bonne idée d’évoquer les grands ingénieurs. Un grand bravo pour ce premier épisode fort réussit. Merci.

      Que de souvenir de jeunesse avec, entre autres, Ralf Bellamy, Colin Chapman, Carlo Chiti, Mauro Forghieri, Dereck Gartner, Gordon Murray, Maurice Philippe, Harvey Postlethwaite, Tony Rudd, Ron Tauraunac, Tony Southgate (le seul ingénieur « triple couronne » qui s’est imposé au GP de Monaco, aux 500 miles et aux 24 heures du Mans avec BRM, Eagle et Jaguar), Peter Wright sans oublier Bernard Boyer ou Gérard Ducarouge… Difficile de dégager un « Adrian Newey des années 70 » tant les idées foisonnaient.

      Reply
      • Zak on 30 mars 2020 15h04

        Sans oublier Patrick Head. Où avais-je la tête…

        Reply
        • Nicolas Anderbegani on 30 mars 2020 15h15

          Joli !

          Reply
      • Thibaut Emme on 30 mars 2020 15h07

        La liste est longue…mais on pourrait vous surprendre dès le prochain épisode 😛 (teaser teaser…lol).

        Reply
        • Ryoma on 30 mars 2020 15h26

          André de Cortanze ?

          Reply
          • Thibaut Emme on 30 mars 2020 15h45

            Il y est forcément 🙂

            Reply
        • Commandant Tour on 30 mars 2020 15h55

          nous surprendre? alors faut un gars moins connu ; Nick Wirth ?

          Reply
          • Thibaut Emme on 30 mars 2020 15h58

            ou un pas connu ? 😀 😛

            Reply
      • Nicolas Anderbegani on 30 mars 2020 15h15

        c’est une wish list ?

        Reply
      • newsfyx on 30 mars 2020 17h59

        Herr METZGER !!!
        Toujours bon-pied bon oeil, passionnant…

        Reply
    2. Commandant Tour on 30 mars 2020 16h15

      pas connu, alors moi même; j’ai dessiné plein de voitures 😀

      Reply
      • Thibaut Emme on 30 mars 2020 16h17

        LOL oui, mais lui il a fait des vraies voitures pour les 24H du Mans 😛

        Reply
    3. Rowhider on 30 mars 2020 16h34

      L’ingénieur le plus emblématique des années 80… Sa participation hâchée à la scuderia aura certainement couté très cher à l’équipe italienne.
      La 640 est encore immature mais la 641 est un chef d’oeuvre et nul doute que le titre qui échappe d’1 pt à Prost à cause de la connerie légendaire de Mansell aurait été engrangé bien plus tôt s’il était resté.
      Il déboule chez Benetton et sort le fameux concept de nez-haut qui une fois au point (grâce à Rory Byrn) fera le bonheur de Schumacher.
      Pour finir il réalise la magnifique 412T1 dont le potentiel sera gâché par la scuderia comme nulle autre équipe sait le faire: une vulgaire erreur sur le calcul du refroidissement moteur découlera sur la version « B » nettement moins élégante.

      Reply
    4. enzo on 30 mars 2020 16h55

      Les ingénieurs motoristes ont ils le droit de citer? sinon je vois bien Jean Jacques His et Bernard Dudot

      Reply
      • Nicolas Anderbegani on 30 mars 2020 17h25

        oui ils ne sont pas oubliés

        Reply
      • Michel 6-4 on 30 mars 2020 19h36

        Georges MARTIN

        Reply
    5. Bizaro on 30 mars 2020 21h18

      Article tres intéressant, et bonne initiative, de mettre en lumière ceux qui font l’automobile.

      Reply
    6. Croûton on 30 mars 2020 23h17

      Encore une série intéressante !
      Pour moi la F1 est essentiellement une discipline d’ingénieurs (et de budget) avant même d’être une discipline de pilotes (et les meilleurs pilotes sont ceux qui sont capables de mettre au point et développer les voitures en plus de les mener à la limite).
      Par exemple entre 92 et 2014 sur 22 championnats, on a 8 constructeurs différents au palmarès et naturellement encore plus de pilotes, mais que la grande majorité de ces voitures ont été conçues par 2 ingénieurs : Adrian Newey et Ross Brawn…
      Et ce n’est pas pour rien que pour remettre Ferrari en haut de la hiérarchie, Jean Todt a tout d’abord piqué le budget Marlboro à McLaren, puis il a fait venir Schumacher ET Brawn ET Byrne. Schumacher ne serait jamais venu sans ces garanties techniques (comme Prost avant lui)

      Reply
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