La limitation des exports chinois de voitures hybrides vers l’UE fait plonger le lithium de 10 % à 104 740 yuans la tonne sur la Bourse de Guangzhou.
Le marché du lithium encaisse un nouveau coup sévère. Lundi, le contrat le plus actif sur la Bourse à terme de Guangzhou a clôturé en baisse de 10 %, à 104 740 yuans la tonne — soit environ 15 649 dollars. Le déclencheur immédiat de cette chute est l’annonce d’un accord commercial entre l’Union européenne et la Chine visant à réduire de plusieurs millions d’unités les exportations chinoises de voitures hybrides vers le marché européen. Pour un secteur qui avait déjà perdu un quart de sa valeur au cours du mois précédent, ce nouveau recul aggrave une tendance baissière qui s’installe durablement sur ce marché stratégique pour la filière mondiale des batteries de véhicules électriques et des systèmes de stockage d’énergie.
Un accord commercial aux effets immédiats sur les matières premières
La logique qui relie l’accord UE-Chine sur les hybrides à la chute du lithium est directe : moins de véhicules hybrides exportés signifie moins de batteries à produire, donc moins de carbonate de lithium nécessaire à court terme. Cette équation simple suffit à provoquer des mouvements de marché rapides et violents, particulièrement dans un contexte où les opérateurs cherchent déjà des raisons de vendre.
L’accord conclu entre Bruxelles et Pékin répond à une situation commerciale qui s’était développée de manière opportuniste ces dernières années. Les exportations de voitures hybrides chinoises vers l’Union européenne avaient connu une progression soutenue, en partie parce que ce type de motorisation échappait aux droits de douane que Bruxelles avait imposés en 2024 sur les véhicules entièrement électriques importés de Chine. Les constructeurs chinois avaient ainsi trouvé dans le segment hybride un canal d’accès au marché européen relativement épargné par les mesures protectionnistes. Cette fenêtre s’est révélée particulièrement efficace : en août, les marques chinoises représentaient environ un quart des ventes de véhicules hybrides en Europe, une part de marché significative acquise en peu de temps.
L’accord visant à limiter ces flux va donc réduire un débouché commercial important pour les constructeurs chinois, avec des répercussions directes sur leurs besoins en matériaux de batterie. Si la mesure permettra d’éviter une escalade vers une guerre commerciale ouverte entre les deux blocs économiques, ses effets sur la demande de lithium sont immédiatement perçus comme négatifs par les marchés.
Un marché baissier qui se consolide sous plusieurs pressions
La chute de lundi ne s’explique pas par le seul accord UE-Chine sur les hybrides. Elle s’inscrit dans un mouvement de fond plus large qui affecte l’ensemble du marché du lithium depuis plusieurs semaines, sous l’effet conjugué de plusieurs facteurs défavorables qui se renforcent mutuellement.
L’industrie du lithium subit depuis plusieurs semaines des inquiétudes croissantes concernant la demande des véhicules électriques, dont l’adoption progresse moins vite qu’anticipé sur plusieurs marchés clés. Les systèmes de stockage d’énergie à grande échelle — l’autre grand débouché pour le lithium — envoient également des signaux moins favorables que prévu, contribuant à la révision à la baisse des anticipations de consommation du métal blanc à court et moyen terme.
Goldman Sachs Group a formalisé cette lecture pessimiste dans ses dernières prévisions de marché. La banque anticipait la semaine précédente que l’équilibre du marché mondial du lithium allait passer d’une situation de déficit à un quasi-équilibre dès le quatrième trimestre de l’année en cours, avant de basculer en surplus au cours des deux exercices suivants. Goldman Sachs attribue cette évolution à une croissance sous-jacente plus faible que prévu dans les secteurs des véhicules électriques et du stockage d’énergie, ainsi qu’à une moindre nécessité pour les acteurs de la filière de constituer des stocks préventifs dans un marché mieux approvisionné. Ces projections de surplus structurel constituent un signal négatif puissant pour les prix à terme, qui anticipent désormais une période prolongée d’excès d’offre par rapport à la demande.
Un matériau stratégique sous pression pour toute la filière automobile électrique
La dépréciation accélérée du lithium sur les marchés à terme envoie des signaux ambivalents à l’ensemble de la chaîne de valeur automobile électrique. Pour les constructeurs de véhicules électriques et les fabricants de batteries, une baisse des prix du lithium représente en théorie une bonne nouvelle sur le plan des coûts de production. Le lithium est l’un des composants les plus coûteux des cellules de batteries lithium-ion, et sa dépréciation pourrait contribuer à rendre les véhicules électriques plus compétitifs en prix face aux motorisations thermiques.
Mais cette perspective positive pour les acheteurs de lithium est la face sombre d’une réalité préoccupante pour les producteurs et les extracteurs du métal. Une correction aussi rapide et aussi profonde des prix — un quart de la valeur perdu en un mois, puis encore 10 % en une journée — fragilise la viabilité économique de nombreux projets miniers et de transformation, dont certains avaient été lancés ou développés dans l’anticipation de prix durablement élevés. Cette instabilité tarifaire complique par ailleurs la planification industrielle de l’ensemble des acteurs de la filière, des mineurs jusqu’aux constructeurs automobiles qui cherchent à sécuriser leurs approvisionnements à long terme.
Notre avis, par leblogauto.com
La conjonction d’un accord commercial UE-Chine sur les hybrides, de prévisions de surplus structurel par Goldman Sachs et d’un ralentissement de la demande en VE crée un environnement particulièrement défavorable pour le lithium, dont la correction actuelle s’annonce plus longue et plus profonde que les ajustements cycliques habituels. L’utilisation du segment hybride comme contournement des tarifs sur les véhicules électriques par les constructeurs chinois illustre la réactivité commerciale de ces acteurs face aux barrières réglementaires, mais aussi la difficulté pour Bruxelles de concevoir des dispositifs de protection tarifaire suffisamment étanches. Pour les constructeurs automobiles européens, la baisse du lithium est une bouffée d’air sur les coûts des batteries, mais elle ne résout pas les enjeux de compétitivité face aux véhicules électriques chinois dont les avantages structurels dépassent le seul coût des matériaux. Enfin, les projections de surplus du marché du lithium pour les deux prochaines années pourraient paradoxalement freiner les investissements dans de nouvelles capacités d’extraction, semant les graines d’une future tension sur l’approvisionnement si la demande en véhicules électriques reprend plus vigoureusement que prévu.

