VE chinois au Canada : un accord commercial qui bouscule l’équilibre

Le Canada ouvre son marché aux véhicules électriques chinois en échange d’allègements tarifaires chinois sur le canola et d’autres produits.

Le Canada et la Chine ont annoncé un nouvel accord commercial présenté comme « historique » par le premier ministre Mark Carney. Celui-ci prévoit une ouverture progressive du marché canadien aux véhicules électriques chinois, tandis que Pékin s’engage à réduire significativement plusieurs barrières tarifaires frappant des exportations canadiennes clés. L’annonce a été faite à Pékin, quelques heures après une rencontre entre Mark Carney et le président chinois Xi Jinping, marquant un tournant notable dans les relations économiques entre les deux pays.

Un rééquilibrage commercial entre Ottawa et Pékin

S’exprimant devant les médias depuis un parc du quartier commercial de la capitale chinoise, le premier ministre a détaillé les contours de cet accord bilatéral qui vise à lever certaines restrictions commerciales mises en place ces dernières années. Selon Mark Carney, l’objectif stratégique est clair : accroître de 50 % les exportations canadiennes vers la Chine d’ici 2030. La Chine est déjà le deuxième partenaire commercial du Canada, derrière les États-Unis.

L’accord s’inscrit également dans une évolution diplomatique assumée. Le chef du gouvernement canadien a souligné que la relation avec la Chine lui paraissait « plus prévisible » que celle entretenue avec les États-Unis, traduisant une volonté de diversification des partenariats économiques. Cette orientation marque une rupture avec l’alignement traditionnel du Canada sur la politique commerciale américaine, notamment dans le secteur industriel et automobile.

Au cœur du compromis figure la levée progressive de droits de douane chinois sur plusieurs produits canadiens. Pékin a accepté de réduire les tarifs sur les graines de canola, qui passeraient d’environ 85 % à 15 % à compter du mois de mars. Ces droits avaient été instaurés à la suite d’une enquête antidumping lancée par la Chine en août. En parallèle, les autorités chinoises se sont engagées à suspendre, au moins jusqu’à la fin de l’année, les droits de 100 % sur le tourteau de canola et les pois, ainsi que les prélèvements de 25 % sur le homard et le crabe canadiens. En revanche, aucune réduction n’est prévue pour l’huile de canola, toujours soumise à un tarif de 100 %.

Les véhicules électriques chinois entrent sur le marché canadien

En contrepartie, le Canada autorisera l’importation d’un contingent limité mais croissant de véhicules électriques chinois à un taux tarifaire préférentiel. Jusqu’à 49 000 voitures électriques pourront ainsi entrer sur le territoire canadien avec un droit de douane réduit à 6,1 %. Cette mesure tranche avec la politique adoptée en 2024 par l’ancien premier ministre Justin Trudeau, qui avait imposé une taxe frontalière de 100 % afin de protéger l’industrie nationale des véhicules électriques, jugée vulnérable face à des modèles chinois fortement subventionnés.

Le quota augmentera d’environ 6 % par an pour atteindre 70 000 unités dans les prochaines années. La moitié du contingent prévu pour 2030 sera réservée à des véhicules électriques affichant un prix maximal de 35 000 dollars au moment de l’importation, un seuil qui vise à stimuler l’offre de voitures électriques abordables sur le marché canadien.

Selon Mark Carney, ces volumes restent limités, représentant moins de 3 % des achats annuels totaux de véhicules au Canada. Le gouvernement mise sur une ouverture contrôlée afin de favoriser la concurrence, tout en évitant une saturation rapide du marché automobile.

Investissements industriels et enjeux géopolitiques

L’accord comporte également une dimension industrielle à long terme. Le Canada espère attirer des investissements chinois dans la production de véhicules électriques sur son sol, avec en ligne de mire la construction éventuelle d’une usine. Le quota préférentiel fera l’objet d’un réexamen dans trois ans et sera ajusté en fonction de l’ampleur des investissements réalisés par les constructeurs chinois dans le secteur automobile canadien.

Mark Carney a salué le savoir-faire de l’industrie chinoise, estimant qu’elle produit certains des véhicules électriques « les plus avancés, abordables et économes en énergie au monde ». Il a également souligné que le développement d’un secteur canadien compétitif passera par l’accès aux chaînes d’approvisionnement mondiales et par une montée en puissance de la demande locale.

Cette décision pourrait toutefois provoquer des tensions avec les États-Unis, qui ont eux-mêmes instauré des droits de douane de 100 % sur les véhicules électriques chinois afin de protéger leurs constructeurs nationaux. Sur le plan agricole, la levée de certains tarifs est accueillie favorablement par les producteurs canadiens, notamment dans le secteur des légumineuses, à l’approche de la saison des semis.

Notre avis, par leblogauto.com

Cet accord marque une inflexion significative de la politique commerciale canadienne dans le domaine de l’automobile électrique. L’ouverture mesurée aux véhicules chinois pourrait enrichir l’offre et accélérer la transition vers des modèles zéro émission. Toutefois, l’équilibre entre attractivité économique et protection de l’industrie locale devra être suivi de près. Les retombées industrielles promises dépendront largement de la concrétisation des investissements annoncés.

Crédit illustration : Xiaomi.

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