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    Accueil » On a lu : Fenaille et Despeaux, l’ancêtre de Esso
    Histoire

    On a lu : Fenaille et Despeaux, l’ancêtre de Esso

    Nicolas AnderbeganiNicolas Anderbegani18 octobre 20204 commentaires
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    Née de l’association d’Alphonse Fenaille, brillant hommes d’affaires et du chimiste Charles Despeaux, l’entreprise accompagne l’entrée de la France dans l’ère du pétrole, dans un premier temps avec les « huiles lampantes » dédiées à l’éclairage, incarnées par le produit phare Saxoléine, puis épouse le formidable essor de l’automobile à la fin du XIXème siècle avec la commercialisation des essences Benzo-Moteur, Gazo-Moteur et des lubrifiants comme le Saxol.

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    Une histoire de l’or noir

    Fenaille et Despeaux est une entreprise dynamique, solide, qui innove dans le raffinage et s’implante aux Etats-Unis dès les années 1870, via une filiale à New York, afin de traiter au plus près des majors naissantes des Etats-Unis, comme la redoutable Standard Oil de Rockfeller. Mais au-delà de l’histoire familiale et de celle de cette entreprise, l’ouvrage nous replonge pleinement dans les débuts de l’ère du pétrole. Source de méfiance initialement dans nos contrées en raison d’une tenace réputation de « dangerosité » mais aussi de préjugés politiques (le pétrole « lampant » servi lors de la Commune à déclencher les incendies lors de la semaine sanglante), le pétrole s’impose peu à peu en raison de sa praticité, de son rendement, de son prix attractif et de la qualité des produits raffinés en France.

    La France se caractérise longtemps par une résistance aux Américains, qui n’arrivent pas, malgré la puissance de frappe du trust de Rockfeller, à pénétrer et dominer le marché de produits raffinés jalousement gardé par des compagnies françaises. Le raffinage à la française est protégé par une politique fiscale avantageuse, une protection étatique et le choix du « premium ». Mais l’Etat commence à y mettre son grain de sel, à la fois pour y ponctionner une manne financière juteuse mais aussi essayer d’en prendre le contrôle. La question du monopole d’État est un véritable serpent de mer qui suscite des débats passionnés tout au long de ces années, avec des arguments qui font écho à notre époque sur les profits éhontés des compagnies pétrolières.

    C’est la guerre de 14-18 qui change radicalement la donne. Avec des besoins en pétrole croissants pour répondre à la mécanisation de la guerre moderne, l’état français profite du contexte de mobilisation pour prendre en main la filière du pétrole et surtout les approvisionnements venant essentiellement des Etats-Unis, faisant perdre ainsi aux compagnies privées une grande partie de leurs prérogatives. L’état ne compte pas lâcher la « poule aux yeux d’or » et maintient après la guerre un contrôle étatique rigoureux, tout en essayant, à la faveur des traités, d’obtenir sa « part du gâteau » notamment en Irak. Toutefois, l’après-guerre finit par marquer le triomphe des majors anglo-saxonnes, qui tirent profit de la libéralisation progressive du secteur et de leur capacité à casser les prix pour prendre d’assaut le marché français et fragiliser les indépendants. Fenaille et Despeaux est renommée La Pétroléenne mais se voit obligée, pour survivre et faire les investissements nécessaires, notamment dans le développement d’un réseaux de pompes à essence, d’ouvrir son capital à la Standard Oil. Une prise de participation progressive qui finit par être totale à la fin des années 20. L’entreprise devient alors la Standard des Pétoles en 1936, puis Esso en 1952, qui est issu de « Eastern States Standard Oil ».

    Un travail de documentation admirable

    Le livre est d’une grande richesse. Le récit, très détaillé, abondamment sourcé et soucieux de replacer l’histoire de cette entreprise dans le contexte national et international, s’accompagne d’une abondante iconographie et documentation, joliment mise en page dans un style graphique très « belle époque » : photographies d’usines et de matériel, affiches publicitaires, objets, documents d’archives, statistiques, plans et cartes, tout est là pour nous replonger dans cet âge d’or du pétrole, qui ne symbolisait pas encore à cette époque les excès et les ravages de la société industrielle. L’entreprise Fenaille et Despeaux proposa une grande variété de produits qui couvraient toute la gamme des dérivés du pétrole, des huiles de lampe aux lubrifiants en passant par les paraffines et la vaseline. Elle fait montre pour l’époque d’un sens marketing très moderne, avec une intense propagande publicitaire, du « merchandising » et la vente au détail de bidons en métal de 5 litres avec bouchon, qui furent longtemps une « exception culturelle » française dans la distribution du pétrole.

    320 pages et 750 illustrations retracent brillamment cette aventure industrielle qui accompagna l’essor de la civilisation automobile. Présenté dans un beau coffret, l’ouvrage est affiché au prix de 129 euros.

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    Nicolas Anderbegani
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    Petit-fils de "Citroëniste" et fils de "Béhémiste", je suis tombé dans la potion magique automobile tout petit. Charmé avant tout par les belles Italiennes, je suis passionné par les sports mécaniques, Formule 1 en pole position évidemment. Toujours prompt à dégainer mon appareil photo, je suis de près l'actualité sous toutes ses formes, aimant "shooter" des bolides en mouvement et faire des montages vidéos. Mes champs de prédilection sont l'actualité produit des marques Italiennes et des sportives en général, le sport automobile et les évènements historiques, qui recoupent ma profession d'enseignant d'Histoire. Je retranscris ma passion enfin dans l'écriture d'ouvrages.

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    4 commentaires

    1. emma__ on 18 octobre 2020 10h09

      ah, la fameuse poule aux yeux d’or ! 😉

      Reply
    2. Mwouais on 18 octobre 2020 11h12

      Merci de monter cet ouvrage à la vue de beaucoup, ce livre semble être une intéressante saga complexe plus intéressante à lire qu’un Bussi dans le RER.

      Reply
      • emma__ on 18 octobre 2020 12h54

        @ Mwouais – Tout à fait, et surtout sur la ligne A du RER, qui passe par Chatou, où vécu Charles Despeaux. c’est une belle idée de cadeau pour des catoviens (même si c’est un beau cadeau) .

        Reply
      • Nicolas Anderbegani on 18 octobre 2020 13h57

        la mise en page est superbe, un bel objet

        Reply
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