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Rétromobile 2020 : trois TOJ à l’honneur chez Artcurial

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Comme d’habitude, l’éclectisme est de mise dans les lots proposés à la vente aux enchères Artcurial Motorcars de Rétromobile. Cette année, ce sont trois autos de course conçues par le constructeur allemand TOJ qui ont attiré notre attention. Une bonne occasion pour se pencher sur l’histoire de cette petite marque dont l’histoire a débuté en 1974, et plus particulièrement sur ses premiers modèles.

Entrepreneur allemand spécialisé dans les équipements électriques, Jörg Obermoser est également amateur de sports mécaniques. Et c’est en 1971 qu’il fait ses débuts en tant que pilote dans le cadre du championnat allemand de Formule 3, au volant d’une Brabbham BT35 à moteur BMW. Il ne dispute cette année-là que l’avant-dernière course de la saison à Kassen-Caden, où il termine septième. En parallèle, Obermoser s’engage aussi dans le championnat allemand des voitures de tourisme au volant d’une BMW 2002, où il obtient ses premiers podiums. Pour le dernier round du championnat, à Hockenheim, la petite 2002 est remplacée par une puis puissante 2800 CS et Obermoser accroche la quatrième place dans la catégorie des plus de 2000 cm3.

Dès l’année suivante, l’homme crée sa propre structure, baptisée Obermoser Getriebemotoren, qui engage en Formule 3 une Brabbham BT35C toujours motorisée par un bloc BMW. Philipp Gantner, qui pilote cette année-là la monoplace, termine 15ème du championnat en ayant disputé sept des huit courses de la saison, remplacé au Nürburgring par Obermoser lui-même. Ce dernier dispute également cette même année le championnat allemand des voitures de tourisme (DRM, Deutsche Rennsport Meisterschaft, l’ancêtre du DTM) en division 2 au volant d’une Ford Escort RS1600. Il y obtient plusieurs podiums, notamment lors de la manche d’Hockenheim où il se classe second derrière la bien plus puissante Ford Capri RS 2800 de Hans-Joachim Stuck. Enfin, toujours en 1972, Jörg Obermoser s’engage aux 500 kilomètres du Nürburgring. Pilotant une Lola T290 Ford de l’écurie Bonnier, il franchit la ligne d’arrivée en septième position.

SS02 : les débuts de la marque TOJ

L’année 1973 marque la création d’une nouvelle écurie, baptisée Jörg Obermoser Eurorace. Deux barquettes GRD S73 sont engagées, pour Obermoser et pour René Herzog dans le championnat européen des voitures de sport 2 litres. Motorisées par un bloc Ford dans la première partie de saison, les GRD se voient ensuite équipée d’un 4 cylindres d’origine BMW à compter du trophée d’Auvergne. Les résultats ne sont pas fameux, et c’est finalement à Zeltweg lors de la septième manche du championnat que le Jörg Obermoser Eurorace obtient son meilleur résultat avec une cinquième place pour Obermoser et une septième pour Herzog. C’est en 1974 que l’aventure de Jörg Obermoser prend un tournant décisif puisque l’entrepreneur-pilote fonde sa propre marque, qu’il baptise TOJ (l’acronyme de « Team Obermoser Jörg »). Afin de ne pas partir d’une feuille vierge pour sa première création, Obermoser se base sur la GRD S73 de la saison précédente et élabore la SS02 (SS pour Super Sports) elle aussi motorisée par un bloc 2.0 litres BMW Schnitzer. Deux exemplaires sont fabriqués et alignés en championnat d’Europe, arborant alors la livrée blanche et or de la brasserie Warsteiner. Le premier est toujours piloté par Obermoser tandis que l’autre est partagé entre Dave Walker et Peter Scharmann.

Pour leur première course au Paul Ricard, les deux TOJ SS02 doivent renoncer suite à un accident aux essais pour Walker et une collision en course pour Obermoser. La situation s’améliore au trophée d’Auvergne, deuxième épreuve de la saison, où Obermoser termine huitième tandis que Walker doit abandonner suite à un problème de boîte de vitesses. En août, à Hockenheim, ce dernier prend sa revanche en montant sur la troisième place du podium et c’est cette fois Obermoser qui abandonne après trois tours sur ennuis mécaniques. Le mois suivant, c’est sur le circuit de Mugello que les SS02 réalisent un joli tir groupé en terminant aux cinquièmes (Walker) et sixièmes places (Obermoser). Et en novembre, au Grand-Prix de l’Avus disputé hors-championnat, TOJ brille encore avec Peter Schramann qui accroche une belle troisième place tandis qu’Obermoser se classe cinquième, non sans avoir signé le meilleur temps des essais. Si l’une des deux SS02 construites a été plus tard détruite, l’autre (châssis numéro 2) a en revanche continué de courir et a participé à plusieurs courses de côte en Grande-Bretagne. Elle est depuis 2013 en la possession de son propriétaire actuel, lequel la met aujourd’hui à l’encan. En état de marche et toujours prête à prendre le départ d’une course, la SS02 est estimée entre 265 et 285 000 euros.

SC03 : éphémère montée en puissance

En 1975, il est temps pour la TOJ SS02 d’évoluer. Et Obermoser demande au spécialiste en aérodynamisme Achim Storz de se pencher sur le dessin de la nouvelle voiture, qui se nomme SC03 (Sports Car) et qui est réalisée par Jo Marquard. Warsteiner prend un rôle encore plus prépondérant dans l’écurie, puisque celle-ci change de nom pour Team Warsteiner Eurorace. En revanche, rien ne bouge sur le capot puisque c’est à nouveau un moteur BMW qui y est présent. Toujours aux couleurs de la brasserie allemande, les deux SC03 sont engagées dans le championnat européen des voitures de sport en catégorie 2 litres, avec pour pilotes Jörg Obermoser bien sûr, et Peter Keller. Au premier rendez-vous de la saison à Brands-Hatch, Obermoser qui porte le numéro 35 gagne la course devant la Lola T390 de Guy Edwards et la Chevron B31 de Ian Grob. Pour Peter Keller en revanche les choses se passent mal puisqu’il doit abandonner au neuvième tour suite à un accident.

Keller se rattrape toutefois lors de la seconde manche à Hockenheim en terminant deuxième, Obermoser se contentant pour sa part d’une discrète onzième place. Les SC03 n’auront cependant pas le loisir de confirmer leurs bonnes dispositions puisque le championnat est cette année-là écourté après seulement deux courses disputées… Portant le numéro de châssis 004, l’exemplaire proposé par Artcurial Motorcars est celui victorieux à la course de Brands-Hatch en 1975 aux mains de Jörg Obermoser (le nom de celui-ci figure d’ailleurs sur la carrosserie). Suite à un accident, son châssis a fait l’objet d’une réfection complète en 1976, puis d’une restauration totale en 2015, incluant la réfection de la mécanique. Il y a quelques temps, ce modèle était proposé à la vente par une société anglaise à un prix inconnu. Dans l’annonce, il y était précisé également que la voiture était pourvue de son passeport historique FIA lui permettant de participer à des épreuves historiques, chose non précisée par Artcurial Motorcars de son côté. Quoiqu’il en soit, le modèle qui passera ces prochains jours sous le marteau est estimé entre 180 000 et 240 000 euros.

SC204 : une occasion manquée des 24 heures du Mans

Pour l’année 1976, Jörg Obermoser se lance dans la construction d’un nouveau modèle. Baptisé SC204, celui-ci est équipé d’un moteur ROC Simca de 2.0 litres de cylindrée associé à une boîte de vitesses Hewland FG400 à cinq rapports. Deux châssis sont assemblés, numérotés 204/12 et 204/13. Le premier nommé débute sa carrière en compétition lors d’une course hors-championnat à Mainz. Pilotée par Klaus Oestreich, elle revêt une livrée multicolore blanche, bleue et rouge de la marque de jeans Lucky Star. Pour cette première sortie, SC204/12 termine à la deuxième position de sa catégorie (2.0 litres) et sixième au général. A priori, il semble que ce soit la seule course à laquelle ce châssis aura participé durant l’année 1976. C’est lui qui est proposé à la vente Artcurial Motorcars cette année, et il est estimé entre 180 et 240 000 euros, tout comme la SC03. Sa spécificité est d’être équipée d’un châssis de couleur anodisée or et d’avoir été initialement prévue pour être l’exemplaire personnel d’Obermeister de façon éphémère avant d’être vendue à Oestreich. Elle a participé à de nombreuses courses et a notamment terminé troisième à Hockenheim en avril 1978, toujours avec Klaus Oestreich comme pilote et derrière deux TOJ SC301 de conception plus moderne et à moteur 3.0 litres DFV Cosworth. Plus récemment, en 2019, SC204/12 a participé aux 24 heures historiques de Daytona, qu’elle a terminé en sixième position aux mains de deux gentlemen drivers français, Romain Belleteste et Christopher Gadais.

S’agissant de SC204/13, qui semble avoir été récemment en vente chez le garage belge Gipimotor, il a été initialement commandé par le distributeur suisse de TOJ, Hans Schulthess. Ce dernier souhaitait engager deux voitures pour l’édition 1976 des 24 heures du Mans. Aussi, en plus de la SC204, l’usine TOJ fournit également à Schulthess une SC301. Les deux autos sont toutes deux inscrites en Groupe 6, la SC301 dans la catégorie des 3.0 litres et la SC204 dans celle des moins de 2.0 litres. Malheureusement pour le team Schulthess, l’aventure mancelle va virer à la déconfiture : livrées peu de temps avant le début des essais, les deux machines manquent cruellement de mise au point. En effet, alors que la SC301 est victime de nombreuses fuites moteur, la SC204 est de son côté admise aux vérifications techniques mais ses temps aux essais sont mauvais. De plus, l’étagement de la boîte de vitesses ne permet pas d’atteindre une vitesse de pointe suffisante dans la ligne droite des Hunaudières. Au final, aucune des deux TOJ ne prendra le départ des 24 heures.

Des sports-prototypes, mais pas que…

A côté des barquettes, TOJ développe également dès 1975 des monoplaces, comme la F201 à moteur BMW M12 4cylindres. Destinée à courir en Formule 2, la voiture est équipée d’un aileron avant positionné au-dessus du nez, ce qui lui donne une certaine ressemblance avec la Ferrari 312 T apparue l’année précédente en Formule 1. Toujours aux couleurs de Warsteiner, la voiture est engagée en championnat d’Europe de Formule 2  en 1976. Aux commandes de la TOJ F201 se trouve un jeune pilote nordique à l’avenir prometteur, un certain Keke Rosberg Le natif de Stockholm terminera la saison à la dixième place dans une saison dominée par les français puisque Jean-Pierre Jabouille coiffe la couronne devant René Arnoux et Patrick Tambay. Les deux meilleurs résultats de Rosberg et de la TOJ F201 cette année-là seront une quatrième place au Grand Prix de Rouen et une cinquième à Hockenheim.

Jörg Obermeiser, de son côté, met de côté son activité de pilote après la course d’Intersérie en août 1978 à Ulm. Revendue, la marque TOJ construira encore plusieurs modèles de compétition qui seront utilisés sur circuit, mais aussi en courses de côte (notamment avec Bernard Chamberod en France) ainsi qu’aux 24 heures du Mans jusqu’en 1980. La marque changera plusieurs fois de mains, puis finira par disparaître… Quant à Herr Obermeiser, il s’est ensuite fait discret dans le monde de la compétition automobile. Néanmoins, dans les années 90, il créait et commercialisait sous la marque TOJdrom des kits en résine au 1/24ème reproduisant notamment les premiers modèles de TOJ comme la SS02 et d’autres sport-prototypes comme l’Alfa-Romeo 33 SC 12.

Les trois modèles proposé à l’encan portent respectivement les numéros de lots 129 pour la SS02, 128 pour la SC203 et 127 pour la SC204. Ils passeront sous le marteau demain après-midi, la vente aux enchères Artcurial Motorcars débutant à 14 heures.

Illustrations : Le Blog Auto

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1 Commentaire sur "Rétromobile 2020 : trois TOJ à l’honneur chez Artcurial"

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gigi4lm
Invité

Très bon article riche en détail.

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