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Au Pont de Vaux Trophy SSV, Axel Alletru assomme la concurrence

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Voici 5 ans, quand les organisateurs du Mondial du quad -12 heures de Pont de Vaux- invitèrent les SSV à venir courir chez eux, ils faisaient figure de pionniers. Cette année, le pilote Axel Alletru donne une sacrée leçon de vie à tout le monde.

De sérieux clients

Cette année, on peut mesurer le chemin parcouru avec la notoriété de l’épreuve, courue le week-end dernier. En effet, les trois marques dominantes du marché sont présentes de manière quasi officielle et l’internationalisation du plateau s’est encore étendue, même si certains pilotes italiens ont été réticents à investir dans le kit sécurité imposé par la FFSA et que, des portugais ont préféré disputer une course dans leur pays. Français, Belges, Canadiens, Anglais et Italiens constituent le plateau au sein duquel émergent les noms de trois favoris : Anthony Jurado sur Can-Am, Adrien Van Beveren sur Yamaha et Sébastien Guyette sur Polaris.

Le Belge Sébastien Guyette a de solides atouts à faire valoir. N’a-t-il pas remporté haut la main le championnat de France des rallyes tout-terrain 2017 avec 6 victoires sur 8 courses ?

On ne présente pas Adrien Van Beveren, triple vainqueur de l’EnduroPale du Touquet, héros malheureux du dernier Dakar avec une sale chute et un poumon perforé et surtout, pour ce qui nous concerne, vainqueur de la course SSV 2016 ici à Pont de Vaux alors qu’il n’avait disposé que d’un quart d’heure pour se mettre en main la machine.

Anthony Jurado, ayant quasiment survolé l’épreuve de Pont de Vaux en 2017 (3 manches gagnées et la victoire au général), on le sent prêt à dynamiter le peloton dans son style généreux et spectaculaire.

4 manches de sprint-endurance

L’équation pour la victoire se présente manière simple et complexe à la fois. 4 manches de 45 minutes chacune avec addition de points selon le classement voilà pour le côté rationnel des choses. Par contre, marquer le maximum de points dans chaque manche n’est pas forcément chose évidente avec les incidents de course et la fiabilité mécanique mise à rude épreuve sur un tracé exigeant (sauts, enchaînements serrés, ligne droite, freinages sévères). A ce petit jeu, il faut savoir choisir ses trajectoires, doser la sollicitation de sa machine, éviter les autres furieux, en un mot, dominer son sujet.

Dès la première manche une évidence saute aux yeux. Jurado et Van Beveren ne disposent pas de l’outil performant, dont ils rêvent. Leurs équipes se montrent réservées quant au diagnostic et concentrées sur des tentatives de résolution.

Le turbo du Yam de Van Beveren est débranché pour la seconde manche mais la boîte casse. Aussi, Van Beveren quitte Pont de Vaux sans plus attendre la 3ème manche.

Sébastien Guyette nous confie ne pas avoir les meilleurs sensations au volant et décidé à ne pas tenter le diable.

Anthony Jurado peste contre les problèmes de freins, avant de régaler le public par un véritable festival d’attaques lors de la troisième manche, remontant de nulle part en tête de course, avant de rentrer au stand, le pont avant pissant l’huile.

La « révélation » Axel Alletru

Pendant ce temps-là, le public écarquille les yeux. Manche après manche, comme imperturbable aux difficultés de la piste, aux aléas du trafic, Axel Alletru sur son Polaris, qui semble lui obéir au doigt et à l’œil, enchaîne virages, sauts, doublages… en empruntant des trajectoires tirées au cordeau et ne sollicitant pas exagérément la mécanique. On pourrait penser que tout est facile quand, à l’arrivée de chaque manche gagnante (4/4), le visage d’Axel ne reflète que joie et satisfaction d’avoir réussi un challenge de plus dans un parcours de vie, qui impose respect et admiration.

Au classement général final, Polaris avec Alletru et Guyette voient Sébastien Mercier sur son Can-Am les rejoindre sur le podium.

 

Axel Alletru : une leçon de vie

Simon Penz, le responsable marketing Polaris, nous avait parlé de ce garçon hors normes, paraplégique après un accident sportif, qui s’étant battu contre la fatalité et les idées reçues avec une force mentale extraordinaire, avait voulu-en roulant en SSV- retrouver les sensations éprouvées quand il était champion de moto-cross.

Suite à une première rencontre à Pont de Vaux voici 3 ans, Polaris a décidé d’accompagner et d’aider Axel dans son défi de rouler comme les « valides ». La fourniture par le concessionnaire nordiste d’une machine et l’octroi de pièces, permettent au papa d’Axel de préparer le SSV et au champion d’Europe et vice-champion du monde de moto cross sur KTM, d’éprouver à nouveau un vrai plaisir en piste avec les sauts, la glisse, les virages….

Après cette chute en Lettonie en 2010, les deux opérations et les deux longues années de rééducation bien d’autres personnes auraient sans doute intégré, malgré eux, le fait qu’ils étaient effectivement porteurs de handicap. Pour Axel, pas question de se résigner à cette fatalité. Il se lance à fond dans la natation et réalise des prouesses, au point d’être contesté par certaines fédérations quant à sa sélection pour les jeux paralympiques de Rio. Sa volonté d’acier bouscule les certitudes médicales ou celles des rééducateurs. La rencontre que nous avons eue avec lui avant la troisième manche restera comme une vraie leçon de vie.

Vous êtes à Pont de Vaux pour la 3ème année, les choses ne vont pas mal ?

« Oui, effectivement. La première fois je pouvais gagner mais j’ai connu quelques ennuis mécaniques, je termine second. L’an dernier, ce n’était pas pour moi. Personnellement je ne me sentais pas bien, j’ai commis quelques erreurs. Cette année, bon voilà, je mets le paquet pour essayer de tout gagner. Je retrouve cette adrénaline comme j’e l’ai connue en moto-cross. »

J’ai parlé avec Simon Penz, alors des projets dans l’air ?

« Il y a ce projet du Dakar pour 2020. Je suis quelqu’un qui aime bien se lancer des challenges, là c’en est un gros. Il y a eu celui de la natation et maintenant c’est une participation avec les valides. En fait, pour moi il n’y a pas de différence entre handicapé et valide, la preuve aujourd’hui. Cela doit pouvoir inspirer les personnes handicapées, qui doivent se dire, qu’au-delà du handicap, on peut persévérer, gagner et être comme les autres. »

Que pensez-vous de cette épreuve de Pont de Vaux ?

« La première année où je suis venu j’étais très impressionné par l’envergure de l’épreuve : public, organisation du paddock, nombre de concurrents. Une telle organisation permet de bien faire connaître les sports mécaniques. Ici, l’organisation est impeccable. On voit qu’on a affaire à des professionnels (erreur, ce sont une de nombreux bénévoles qui œuvrent un mois avant et une semaine après l’épreuve). Incorporer les SSV c’est important car c’est l’occasion pour le public de découvrir un véhicule d’avenir. »

Vous étouffez la concurrence, Can Am, Yamaha ?

« La première année Polaris était tout seul, la concurrence arrive. C’est une bonne chose, cela permet de faire évoluer les machines. Pour l’instant ce sont 2 Polaris aux avant-postes, on va tout faire pour essayer de concrétiser cela au général. »

Alors qu’Axel nous demande quelques instants pour se préparer en vue de la troisième manche nous détaillons un pédalier adapté et découvrons que pour monter à bord, notre ami pilote va devoir se livrer à un bel exercice physique.

Sanglé dans sa combinaison, tout sourire, il arrive avec ses béquilles. Il se met en place pour réaliser un premier exploit, celui de se hisser seul à bord. Il confie ses béquilles à un membre de sa famille, s’assied face à la route sur le capot de son Polaris frappé du N°1 et, comme par enchantement et sans doute grâce à l’énorme force qu’il a développée dans ses bras par la pratique de la natation, le voici qu’il entre dans son véhicule par l’ouverture du pare-brise (inexistant sur les SSV NDLA). Le volant ayant été déposé, il se laisse choir dans le baquet en installant ses jambes équipées de prothèses en carbone, de manière à pouvoir-grâce à un pédalier adapté-, piloter le plus naturellement du monde, si l’on peut dire !

Durant 45 minutes nous suivons Axel des yeux en bien des endroits du circuit superbement tracé par les équipes techniques dirigées par Bernard Maingret avec les conseils de Thierry Viardot, fins connaisseurs du Dakar avec les 12 victoires Mitsubishi auxquelles ils ont largement contribué tant pour la préparation que la logistique. Le pilotage s’avère coulé, régulier. Il semblerait que le leader de l’épreuve veille à toujours bénéficier de la meilleure motricité, en tout cas l’efficacité est maximale et le contrôle de la situation optimal.

A l’arrivée, le visage du pilote rayonne. Il a réussi, encore une fois une course parfaite. Le papa, le parrain n’en attendaient pas moins, ils ont une confiance absolue en Axel et lui préparent sa machine « aux petits oignons ».

La quatrième manche sera équivalente aux précédentes et lors de la remise des prix, les concurrents, les commissaires et les organisateurs félicitaient copieusement Axel Alletru pour ce véritable exploit.

Notre pote le journaliste canadien Martin Horik, producteur d’une émission Octane consacrée aux sports mécaniques, roulait également à Pont de Vaux, tout à la fois pour son plaisir mais aussi pour préparer une émission de 2 fois 24 minutes. Il saluait la grande classe du jeune homme, louait la qualité de l’organisation, et avec philosophie regrettait son propre manque de réussite cette année. Pour autant, cela ne l’empêchera pas de vanter l’épreuve de Pont de Vaux mais aussi les charmes touristiques et économiques du département de l’Ain, dont il a pu profiter grâce au Conseil départemental.

Au fil des années, Pont de Vaux acquiert ses lettres de noblesse dans ce monde nouveau du SSV de compétition. Nous avons observé que la puissance des machines augmentait sensiblement chaque année et la piste, agressée par autant de « furieux » peine à subir ces assauts de plus en plus sévères.

On peut s’attendre l’an prochain à une nouvelle évolution avec nécessairement plus de puissance encore, des cardans renforcés et des freins évolués. Les trois mêmes constructeurs devraient se retrouver pour une nouvelle confrontation. Nous serons curieux de découvrir la machine préfigurant celle du Dakar 2020, qu’Axel Alletru ne manquera de venir tester …à Pont de Vaux, bien sûr.

En attendant, il faut savoir qu’Axel se consacre avant tout à son métier de conférencier, avec pour credo ce genre de maxime :

« Un échec, un accident de la vie, ne serait-ce pas la chance de notre vie ? ».

Il nous a administré la preuve qu’il savait parler vrai et si pour un séminaire d’entreprise par exemple, vous aviez besoin de dynamiser vos troupes, nul doute que son exemple en remotivera plus d’un.

SSV Trophy - Manche 4 - Ranking after Heat 1, 2, 3 & 4 (1)

Alain Monnot

Crédit photo : Anthony Brebant, Jean-Jacques Pauget et Alain Monnot

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1 Commentaire sur "Au Pont de Vaux Trophy SSV, Axel Alletru assomme la concurrence"

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Thibaut Emme
Admin

Sacrée leçon de vie en effet que donne Axel Alletru !
Et de pilotage par la même occasion 😀

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