Il y a des voitures qui transportent simplement leur propriétaire d’un point A à un point B, et il y a celles qui portent en elles une histoire. La Jensen Interceptor III de 1972 appartenant à John Bonham, batteur légendaire de Led Zeppelin, appartient résolument à la seconde catégorie. Après des décennies dans l’ombre et une restauration colossale, ce coupé britannique à moteur américain s’apprête à changer de mains lors d’une vente aux enchères très attendue au circuit de Silverstone.

Une muscle car britannique pour un titan du rock
La Jensen Interceptor occupe une place à part dans l’histoire automobile. Lancée en 1966, deux ans seulement après la Ford Mustang qui avait posé les bases d’un genre, cette grand tourisme britannique réussissait le tour de force d’allier la carrosserie assemblée en Angleterre à un moteur V8 fourni par Chrysler. Le résultat : une machine puissante, élégante, qui développait une identité propre tout en empruntant ce qui faisait la force des muscle cars américaines. Elle sera même commercialisée aux États-Unis, sans jamais détrôner ses rivales locales, mais en construisant une réputation solide auprès des amateurs de caractère.
C’est cette combinaison de raffinement européen et de puissance brute américaine qui a séduit John Bonham. Le batteur de Led Zeppelin, reconnu comme l’un des musiciens les plus puissants et les plus influents de l’histoire du rock, prend livraison de son Interceptor III en mars 1972. À cette époque, Led Zeppelin est au sommet. La même année verra paraître Houses of the Holy, et le groupe enchaîne les tournées triomphales des deux côtés de l’Atlantique. Bonham, connu pour son jeu physique et son tempérament volcanique autant que pour son talent hors norme, choisit une voiture à son image : massive, sonore, et parfaitement capable de faire forte impression.
L’exemplaire qu’il commande est une version H-Series, habillée en Reef Blue avec un intérieur en cuir cramoisi. Une combinaison de couleurs qui ne passe pas inaperçue, à l’image de l’homme qui la conduisait. Sous le capot repose un V8 de 6,3 litres développant 330 chevaux et 410 livres-pied de couple à sa sortie d’usine. La transmission est assurée par une boîte automatique trois rapports TorqueFlite, signature de l’époque et parfaitement adaptée aux longs trajets comme aux accélérations franches. Ce moteur sera remplacé par une unité encore plus volumineuse de 7,2 litres plus tard dans l’année 1972, faisant de l’exemplaire de Bonham l’une des dernières incarnations de cette configuration initiale.


Des décennies d’ombre, puis une renaissance à 110 000 dollars
La trajectoire de cette Jensen après la mort de John Bonham en septembre 1980 reste en partie mystérieuse. Ce qui est documenté, en revanche, c’est l’état dans lequel elle a été retrouvée : lorsque son propriétaire actuel en fait l’acquisition en 2020, la voiture est décrite comme une véritable épave de grange, un barn find dans le jargon des collectionneurs. Un terme qui désigne ces automobiles oubliées, stockées pendant des années dans des conditions précaires, souvent recouvertes de poussière et de rouille, attendant qu’un passionné leur redonne vie.
Ce passionné a mis les moyens. La restauration, confiée à trois ateliers spécialisés reconnus dans leur domaine, a duré trois ans et coûté 83 000 livres sterling, soit l’équivalent d’environ 110 000 dollars. Les ateliers Martin Robey, Prestige Panels et Riverbourne Classics se sont partagé le travail, chacun intervenant sur des aspects précis de la remise en état. Le résultat est une voiture revenue à ses couleurs et finitions d’origine, aussi bien en extérieur qu’en habitacle. Le Reef Blue retrouve tout son éclat, le cuir cramoisi a été restitué à l’identique, et l’ensemble est accompagné d’un dossier historique complet.
Ce dossier constitue l’un des atouts majeurs du lot. Il retrace non seulement la période pendant laquelle John Bonham a possédé et conduit la voiture, mais documente également avec précision chaque étape de la restauration. Pour un acheteur potentiel, cette traçabilité est précieuse : elle atteste de l’authenticité du véhicule et garantit la qualité du travail effectué. Dans le marché des voitures de collection liées à des personnalités du rock, la provenance documentée est souvent ce qui fait la différence entre une pièce de valeur et une simple automobile ancienne bien restaurée.

Silverstone, le 25 juillet : le rendez-vous des collectionneurs
La Jensen Interceptor III de John Bonham sera présentée lors de l’Iconic Sale, la vente organisée par Iconic Auctioneers dans le cadre du BRDC Classic. L’événement se tiendra au circuit de Silverstone, dans le Northamptonshire en Angleterre, le samedi 25 juillet 2026. Silverstone, temple de la vitesse et haut lieu du sport automobile britannique, constitue un cadre particulièrement approprié pour une telle pièce.
La maison de ventes Iconic Auctioneers estime que la voiture devrait partir à partir de 67 000 dollars. Une estimation qui, compte tenu de l’état de la restauration et de la provenance exceptionnelle du véhicule, pourrait bien être dépassée. Les voitures ayant appartenu à des figures emblématiques du rock atteignent régulièrement des montants très supérieurs à leur valeur mécanique intrinsèque. L’objet acquiert une dimension de relique culturelle qui transcende le simple marché automobile.

La Jensen Interceptor, dans sa version III de 1972, se négocie habituellement sur le marché des collectionneurs dans une fourchette variable selon l’état de conservation et l’historique. Mais un exemplaire aussi bien documenté, aussi soigneusement restauré, et surtout ayant appartenu à l’un des musiciens les plus emblématiques de l’âge d’or du rock britannique, constitue une opportunité rare. Led Zeppelin reste l’un des groupes les plus vendus et les plus étudiés de l’histoire de la musique, et la fascination pour ses membres, leurs objets personnels et leurs voitures ne faiblit pas.
John Bonham lui-même est entré dans la légende bien au-delà du cercle des fans de rock. Son jeu de batterie, caractérisé par une puissance et une précision rarement égalées, continue d’influencer des générations de musiciens. Des morceaux comme When the Levee Breaks ou Moby Dick sont devenus des références absolues dans l’histoire de la percussion. Sa disparition prématurée, à 32 ans, a mis fin à Led Zeppelin mais a aussi figé son image dans une forme d’éternité rock.
Posséder la Jensen Interceptor qu’il conduisait en 1972, au cœur de la période la plus créative du groupe, c’est donc détenir un fragment concret de cette histoire. Une voiture qui a parcouru les routes anglaises avec l’un des plus grands batteurs de tous les temps au volant, et qui a traversé le temps pour revenir dans un état proche du neuf. La question qui se pose désormais est simple : combien un collectionneur est-il prêt à payer pour une telle pièce ? La réponse sera connue le 25 juillet à Silverstone.


Un commentaire
Et bien Jean Leclerc, je vois qu’on est adepte du couple en livres-pied et des prix en livre-dollar!
va falloir qu’on se mette à jour sur les conversions Imperial/métrique.
en tout cas, les jensen interceptor sont de magnifiques voitures, construites à la main. j’ai eu l’occasion de faire un tour de qq miles en tant que passager, une ambiance incroyable