Il existe des voitures de collection, et il existe des voitures que le temps semble avoir oubliées. La Honda S2000 AP1 de l’an 2000 mise aux enchères à Tokyo ce week-end appartient clairement à la seconde catégorie. Avec seulement 1 092 kilomètres parcourus depuis sa sortie d’usine – soit 679 miles -, ce roadster japonais se présentait dans un état que la plupart des collectionneurs pensaient impossible à trouver en 2026 : quasi neuf, pour une voiture qui allait sur ses 26 ans. La vente, organisée par la maison japonaise Bingo lors d’une session aux enchères tenue à Tokyo ce week-end, affichait une estimation officielle comprise entre 9 et 11 millions de yens, soit approximativement 52 000 à 64 000 euros au cours actuel. Pour une Honda, ces chiffres peuvent surprendre. Pour une S2000 dans cet état, ils traduisent surtout la réalité d’un marché en pleine revalorisation des sportives japonaises des années 2000.

Une préservation exceptionnelle née d’une histoire mélancolique
L’origine de cet état de conservation hors norme est à la fois simple et teintée de tristesse. Le premier propriétaire de la voiture est décédé peu de temps après son achat, laissant le roadster stationné pendant de nombreuses années sans être utilisé. Le véhicule n’a donc jamais connu de kilométrage quotidien, jamais été modifié, jamais été engagé sur circuit ou emmené lors d’une sortie sportive. Il a simplement dormi, préservé par les circonstances plutôt que par une démarche volontaire de collection.
Il y a environ cinq ans, un nouveau propriétaire a acquis cette S2000 dans sa configuration d’origine. Conscient de la rareté de ce qu’il avait entre les mains, il a choisi de maintenir la voiture en l’état plutôt que de l’utiliser régulièrement. Ce choix s’est avéré déterminant : l’exemplaire est aujourd’hui considéré comme l’une des AP1 les mieux préservées au monde.
La livrée est en Silverstone Metallic, accompagnée d’une sellerie en cuir rouge, combinaison proposée sur les premières versions Base Grade de la série AP1. Un seul signe visible du temps qui passe mérite d’être mentionné : la lunette arrière en vinyle souple, caractéristique des modèles de première production, a légèrement jauni. C’est la seule concession à l’âge sur un exemplaire qui, pour le reste, donne l’impression de sortir tout juste de chez le concessionnaire. Tout le reste – carrosserie, intérieur, mécanique – est resté dans sa configuration d’usine originale, sans aucune modification aftermarket.

Le moteur F20C : un quatre cylindres atmosphérique à 9 000 tr/min
Si la S2000 occupe une place aussi particulière dans l’histoire de l’automobile, c’est avant tout grâce à son moteur. Le bloc F20C, un quatre cylindres atmosphérique de 2,0 litres développé par Honda spécifiquement pour ce modèle, est devenu une référence absolue parmi les amateurs de mécanique haute performance. Sa caractéristique la plus remarquable est sa capacité à monter jusqu’à 9 000 tours par minute, un régime maximal que très peu de moteurs de série ont atteint avant ou depuis.
Honda a conçu ce moteur comme une démonstration de ce que le motorisme atmosphérique pouvait accomplir sans recourir à la suralimentation. Chaque composant interne a été travaillé pour supporter des régimes extrêmes en usage prolongé. La distribution à calage variable VTEC entre en action à mi-régime et transforme radicalement le comportement du moteur : là où un bloc ordinaire commencerait à plafonner, le F20C continue sa montée en puissance vers une zone rouge qui semblait inaccessible pour un moteur de série. Le son produit lorsque le bloc dépasse les 7 000 tours est devenu légendaire dans la communauté des passionnés – une montée en puissance linéaire qui culmine dans une manière bien à elle de hurler.
La transmission est assurée par une boîte manuelle à six rapports, aux passages courts et précis, qui contribue à faire de la S2000 une machine entièrement tournée vers le plaisir de conduite. La direction hydraulique, non assistée électroniquement, offre au conducteur un retour d’informations que beaucoup de voitures contemporaines ont sacrifié au profit du confort. Le châssis propulsion avec un centre de gravité très bas complète une formule qui a peu d’équivalents dans l’histoire des roadsters accessibles. La S2000 a été produite de 1999 à 2009, avec deux générations principales : l’AP1 sur les premières années, et l’AP2, introduite à partir de 2003-2004, avec des révisions mécaniques et d’amortissement. Les puristes s’accordent souvent à reconnaître que l’AP1, avec son moteur F20C d’origine et son comportement plus tranchant, représente la version la plus fidèle à la philosophie qui a présidé à la création du modèle.

Les sportives japonaises des années 2000 dans une nouvelle ère de collection
La mise aux enchères de cette S2000 ne constitue pas un événement isolé. Elle s’inscrit dans un mouvement de fond qui touche l’ensemble des sportives japonaises produites entre la fin des années 1990 et le début des années 2000. Des modèles comme la Mazda RX-7, la Toyota Supra, la Nissan Skyline GT-R ou la Honda NSX ont connu des hausses de valeur notables au cours des dernières années, portées par une génération d’acheteurs qui a grandi avec ces voitures et dispose aujourd’hui des moyens de les acquérir.
La S2000 suit cette trajectoire, mais avec une particularité notable : contrairement à la Supra ou à la Skyline, qui ont bénéficié d’une popularité culturelle massive notamment grâce aux films et aux jeux vidéo, la S2000 a toujours été davantage appréciée des conducteurs que des spectateurs. Sa réputation repose sur des qualités dynamiques que seul le volant permet de comprendre pleinement. Ce positionnement de « voiture de pilote » lui confère aujourd’hui une crédibilité particulière sur le marché de la collection, dans un contexte où les acheteurs savent précisément pourquoi ils paient le prix fort.
Le fait que la grande majorité des S2000 en circulation aient été modifiées au fil des années rend les exemplaires d’origine de plus en plus rares. Abaisser la garde, monter des jantes aftermarket, reprogrammer le calculateur ou installer un échappement sport : ces interventions, souvent réalisées dans un esprit de performance, ont eu pour effet secondaire de réduire considérablement le nombre de S2000 restées dans leur configuration d’usine. Un exemplaire non touché, avec un kilométrage aussi bas que celui-ci, représente aujourd’hui une anomalie statistique sur un marché mondial où chaque transaction comparable devient une référence de prix.
La communauté des collectionneurs suit d’ailleurs de près les résultats des ventes aux enchères pour des exemplaires de ce niveau. Les prix atteints ces dernières années ont régulièrement dépassé les estimations initiales lorsque l’état de la voiture était jugé exceptionnel, ce qui place cette AP1 en position favorable au regard du marché actuel.
Collection ou conduite : la question que pose chaque S2000 à faible kilométrage
Ce qui rend cette S2000 particulièrement intéressante pour un acheteur potentiel, c’est la dualité qu’elle incarne. D’un côté, un objet de collection à l’état de préservation rarissime, dont la valeur marchande a toutes les chances de continuer à progresser. De l’autre, une voiture réellement utilisable, dotée d’une mécanique conçue pour durer, et qui pourrait techniquement être sortie du garage sans trahir ce pour quoi elle a été construite. La S2000 n’est pas une supercar fragile réservée aux musées privés : c’est un roadster taillé pour la route, avec un moteur qui n’exprime son plein potentiel qu’en régime élevé, capote baissée.
Cette tension entre usage et conservation est au cœur de ce que représentent les voitures de collection à faible kilométrage. Elle se pose avec une acuité particulière sur une voiture comme la S2000, dont toute la philosophie repose sur l’interaction entre le conducteur et la machine. Laisser le compteur figé à 1 092 kilomètres, c’est préserver une capsule temporelle d’une valeur croissante. Accepter de rouler, c’est faire exister cette voiture pour ce qu’elle est fondamentalement : un roadster à moteur haute-révolution, conçu pour être conduit jusqu’à la limite.
Le résultat final de la vente Bingo à Tokyo donnera une nouvelle mesure de ce que le marché est prêt à payer pour une S2000 AP1 dans cet état en 2026, avec une fourchette d’estimation initiale comprise entre 9 et 11 millions de yens, soit environ 52 000 à 64 000 euros.


4 commentaires
Grosse côte cette S2000. Il n y qu à voir la côte des japonaises de ces année la. Skyline supra , 350z, civil, cru….
La règle des 25ans des impôrts jdm aux us est en train de deglinger le marché et de créer une bulle hyperspeculative.
On avait 20 ans a l époque, on est en âge de se faire un plaisir désormais à 40ans quand on voit qu on oblige la plupart des gens à rouler en mixers insipides bourrés d assistanat.
La côte des allemandes des années la est en train de monter également. 996 booster , mercos amg et BMW m. Sans parler des R32 , passât w8… de bons investissements
Superbe auto
🙏
Ah celle-là j’ai failli l’acheter. Après essai j’ai renoncé – je venais il faut dire de planter un roadster de 1 an et 13 000 km parti direct à la casse.
Les S2000 c’était le sport absolu ; design, moteur, tenue de route, roadster. Et une belle faiseur se veuve, car on roulait encore vite à cette époque là. J’ai acheté un SLK MK1, je n’ai jamais regretté tant cette voiture était plaisante.
Je me souviens à l’époque des services « analyse concurrence » chez Citronopipeau….
De la science fiction pour eux….
😉