« Cette Ferrari F92A représente un morceau de ma vie » précise Jean Alesi, « un symbole de ma passion pour Ferrari et de l’époque où tout était fait pour aller vite. J’espère qu’entre les mains d’un vrai passionné, elle retrouvera la piste. Elle sera quoi qu’il en soit toujours la bienvenue au Circuit Paul Ricard, ce qui me permettra de la revoir, cette fois en pleine action ! » Revivre et rouler : la vocation d’une voiture de course, c’est ce que Jean Alesi souhaite plus que tout, en décidant de s’en séparer.
Un cadeau de reconnaissance
Fin 1992, la Scuderia Ferrari annonce l’arrivée de Gerhard Berger en remplacement d’Ivan Capelli, aux côtés de Jean Alesi, pour la saison 1993. Mais la manière dont les choses sont présentées, et le contrat même de Berger, laissent presque penser que l’autrichien arriverait avec un statut de numéro 1. Le coup est rude pour Jean Alesi, qui est arrivé au sein de la Scuderia en 1991 et a porté à bout de bras l’écurie en 1992 lors d’une saison très difficile. C’est en quelque sorte un affront, que l’avignonnais ne veut pas laisser passer. Il s’en émeut auprès de Niki Lauda, alors conseiller de l’ombre de la Scuderia, et du président de Ferrari. Alesi sera rassuré sur l’équité de traitement avec Berger et recevra, en guise de reconnaissance, un exemplaire de la F92 A !
« La voiture était révisée, j’ai fait deux tours sur le circuit de Fiorano puis suis rentré au stand, les pneus ont été changés et j’ai installé la voiture dans le camion, moteur encore chaud, » raconte Jean Alesi. « Une fois arrivé chez moi, je l’ai déchargée et mise en exposition. Depuis, elle n’a plus bougé. » Ainsi, après avoir terminé la saison, cette Ferrari F92A est passée directement au pilote qui l’avait utilisée sur plusieurs Grands Prix, et ensuite elle est restée pendant 30 ans telle quelle, sans aucune intervention extérieure ni modification. L’essence qu’il reste dans son réservoir est donc celle mise à Fiorano en 1992 ! Cette monoplace est parfaitement complète et intouchée, telle que Jean Alesi l’a reçue en 1992, en cadeau de la Scuderia.
Une F92A née dans un contexte bien particulier
Si la nouvelle monoplace Ferrari de la saison 1992, remplaçante de l’ancienne 643, est alors désignée F92A, c’est pour souligner la phase de renouveau impulsée à la Scuderia. Luca di Montezemolo est revenu au bercail comme directeur général de Ferrari depuis l’hiver précédent, et s’est lancé dans une restructuration pour faire oublier la catastrophique saison précédente, marquée par le départ de Cesare Fiorio et le renvoi d’Alain Prost. Il rappelle Harvey Postlethwaite à la direction technique pour épauler Jean-Claude Migeot aux châssis et Claudio Lombardi aux moteurs. Di Montezemolo fait également venir Niki Lauda en renfort, comme conseiller.
Née dans un contexte de crise, la F92A est novatrice. Elle présente un nez surélevé et surtout un système de double fond plat avec deux pontons légèrement écartés de la coque, à la façon des tuyères d’un avion de chasse. Elle reçoit une nouvelle suspension avant à simple ressort-amortisseur et, à l’arrière, un V12 doté de cinq soupapes et de deux injecteurs par cylindre, développant près de 750 ch à 14 800 tr/mn ! Sa forme fuselée en fait une des monoplaces les plus élégantes de la grille.
Une saison mi-figues mi-raisins
La monoplace connait pourtant une année mitigée : sa conception aérodynamique génère un effet de sol important, mais qui semble difficile à régler pour une stabilité idéale. Côté moteur, le V12 n’est pas aussi puissant que le V10 Renault qui équipe les Williams et, de plus, il souffre de problèmes de lubrification. La fiabilité est très capricieuse et provoquent de nombreux abandons. En dehors des incidents de course, Alesi sera victime de six pannes mécaniques en course ! Pourtant, il réalisera quelques belles performances, notamment sous la pluie où ce châssis est particulièrement à l’aise, avec deux troisièmes places en Espagne et au Canada.
La F92A, châssis 136, que Jean Alesi met en vente débute sa carrière en juillet 1992 au Grand Prix de France puis se produit à Silverstone et à Hockenheim , où Alesi connaît une course régulière qui lui permet de terminer cinquième, dans les points, résultat qui a de quoi redonner le moral à l’équipe. Cette voiture est à nouveau utilisée fin août à Spa pour le GP de Belgique où il décroche le cinquième temps aux essais mais, au terme d’un duel avec Mansell au huitième tour, sort de piste et abandonne après avoir été percuté par le britannique. C’est ensuite à Ivan Capelli que cette F92A est confiée, pour les Grands Prix de Monza et Estoril. Mais ce n’est pas le dernier mot de cette voiture, qui prend part avec Alesi au Grand Prix qui clôt la saison, en novembre en Australie.
Une époque de bruit et de fureur
Cette F92A est donc unique, à la fois par sa conception et son histoire post-course, en ayant été directement donné à son pilote qui l’a gardée dans son jus depuis 33 ans. C’est aussi un témoignage d’une époque révolue de la F1, où la quête de performance n’était pas encore vraiment entravée par des contraintes budgétaires, techniques ou environnementales. Le V12 de cette époque hurle et donne la chair de poule. Les monoplaces de cette époque roulent peut-être 7-8 secondes moins vite que celles d’aujourd’hui, mais l’émotion qu’elles dégagent est totalement décuplée.
L’estimation Artcurial a fixé une fourchette de vente comprise entre 3 et 5 millions d’euros.
Photos Artcurial






La Ferrari de Jean Alesi !?
Sûr !?
Où sont les graviers sur les pneus ?
… Désolé 😌