Le mythe Yellowbird
À la fin des années 1980, une drôle de Porsche déchaîne les passions des lecteurs de Road and Track et de ceux qui ont pu voir la vidéo Faszination Nurburgring. Nous ne sommes pas encore à l’ère d’Internet et des réseaux sociaux, où tout se visionne si facilement. A l’époque, une Porsche 911 jaune met la pâtée à toutes les supercars du moment lors d’un concours de vitesse organisé par le magazine.
La CTR biturbo éclipse à la surprise générale les Diablo, 959 et autres Testarossa et propulse sur le devant de la scène le préparateur RUF , qui construit ses propres automobiles à partir de carrosseries et de composants Porsche, mais avec une philosophie radicalement différente. Avec ses 469 ch, son poids contenu et son aérodynamique , elle atteint 339,8 km/hsur la piste Ehra-Lessien de ce concours de vitesse. Les journalistes américains lui donnent bientôt son surnom : Yellow Bird.
RUF, un constructeur à part entière
Presque quarante ans plus tard, la Ruf Ehra dévoilée au Monterey Car Week 2026 rend un hommage direct à ce lieu qui a construit la légende de RUF, le circuit d’essais d’Ehra-Lessien, théâtre en 1987 de l’exploit de la CTR « Yellow Bird ». La nouvelle EHRA est une véritable RUF, construite autour de l’architecture développée par le constructeur allemand de Pfaffenhausen. Dévoilée le 14 août 2026 à The Quail, pendant la Monterey Car Week, elle s’inscrit dans cette tradition très particulière qui consiste à reprendre l’ADN de la 911 tout en allant beaucoup plus loin que Porsche elle-même.
Techniquement, l’EHRA n’est pas une voiture entièrement nouvelle. Elle reprend l’architecture de la CTR Anniversary, présentée en 2017 pour célébrer les trente ans de la CTR originale. C’était un jalon historique important pour RUF car pour la première fois, la firme présentait une automobile reposant sur un monocoque en fibre de carbone conçu en interne et non simplement une Porsche profondément transformée.
La Porsche maximisée
L’EHRA conserve cette architecture mais apporte une évolution esthétique et dynamique importante. Les voies sont considérablement élargies : +5,8 cm à l’avant et +5,3 cm à l’arrière. Cette augmentation donne à la voiture une assise beaucoup plus spectaculaire tout en permettant d’accueillir une carrosserie élargie.
Les boucliers avant et arrière ont eux aussi été redessinés, mais RUF a évité l’escalade stylistique de certaines supercars contemporaines. Sous le capot arrière se trouve un flat-six 3,6 litres biturbo, développant 650 ch et environ 900 Nm. Ces chiffres sont impressionnants, mais ils ne constituent pas l’essentiel du projet.
La technologie au service d’une philosophie puriste
Car RUF a fait un choix presque provocateur à l’heure des transmissions à double embrayage et des boîtes robotisées ultrarapides : l’EHRA reçoit une boîte manuelle à sept rapports.
L’association entre moteur biturbo, transmission intégrale et commande manuelle lui permet de conserver un caractère mécanique particulièrement direct, à l’image de la Yellowbird de 1987, qui était domptée sur la Nordschleife sans aucun artifice ! Outre la transmission intégrale, cette Ehra est également équipé d’un différentiel arrière à glissement limité ainsi que d’une suspension à double triangulation aux quatre roues, incluant des amortisseurs adaptatifs horizontaux à poussoirs.
L’autre grande évolution concerne l’aérodynamique. Contrairement à la Yellowbird de 1987 qui embarquait un énorme spoiler fixe, l’EHRA reçoit un aileron actif en fibre de carbone, qui peut se déployer automatiquement à vitesse élevée, mais également être commandé manuellement par le conducteur.
Style élégant et rétro
Tout est pensé pour remonter dans le temps et ressentir l’atmopshère des supercars d’antan, mais avec une finition irréprochable et des matériaux de grande qualité. À bord, RUF a choisi une approche beaucoup plus chaleureuse que celle d’une supercar contemporaine. L’intérieur présenté à Monterey associe un cuir brun à un revêtement à motif Pasha, clin d’œil évident à l’univers Porsche des années 1970 et 1980.
Les instruments adoptent quant à eux la traditionnelle teinte verte associée aux RUF. Les sièges baquets à dossier en fibre de carbone, revêtus de cuir brun naturel à motif à carreaux Pasha, s’associent à des inserts en fibre de carbone satinée sur le tableau de bord et la console centrale, ainsi que des cadrans classiques et un volant à trois branches.
Les roues sont elles aussi spécifiques. RUF a choisi des jantes forgées à écrou central, reconnaissables immédiatement à leur dessin et à leur finition métallique. La voiture présentée à Monterey est peinte en Liquid Silver, une teinte qui renforce encore son aspect technique.








