Buenos Aires accueille son premier salon automobile dédié aux marques chinoises, alors que ces dernières ont bondi à 10 % des ventes de voitures neuves en Argentine en août, contre seulement 2 % fin 2025.
L’industrie automobile argentine connaît une transformation accélérée sous la présidence de Javier Milei, le marché étant passé d’un fort protectionnisme historique à un environnement nettement plus ouvert et compétitif. Buenos Aires a accueilli vendredi son tout premier salon automobile entièrement dédié aux constructeurs chinois, symbole de cette percée commerciale fulgurante sur le marché sud-américain.
Une percée commerciale favorisée par l’ouverture tarifaire
Les marques automobiles chinoises profitent directement d’une mesure gouvernementale autorisant l’entrée de jusqu’à 50 000 véhicules électriques et hybrides sans droits de douane en 2026. Cette ouverture commerciale s’est traduite par une progression spectaculaire des ventes : les constructeurs automobiles chinois représentaient 10 % des ventes de voitures et de véhicules utilitaires légers en Argentine au mois d’août, contre environ 2 % seulement fin de l’année dernière. Depuis son lancement en Argentine fin 2025, le constructeur chinois de véhicules électriques BYD est ainsi devenu la neuvième marque automobile la plus vendue du pays, confirmant par ailleurs sa domination sur les ventes de véhicules électriques au Brésil, en Colombie, en Équateur et en Uruguay.
Plus de 20 marques chinoises étaient exposées lors de ce salon inaugural, parmi lesquelles Geely, Chery, GWM et Dongfeng. German Molina, designer 3D déjà propriétaire d’une voiture chinoise et souhaitant en acquérir une seconde, a visité l’événement en famille, soulignant la présence massive de véhicules chinois dans les grandes avenues comme dans les quartiers résidentiels, avec une diversité de marques qui ne se limite plus à un seul acteur isolé.
Une industrie locale contrainte de réagir
Sebastian Beato, président de l’association des concessionnaires automobiles d’Argentine ACARA, a souligné que cette croissance « impressionnante » des marques chinoises avait directement poussé l’industrie nationale à développer de nouveaux modèles pour rester compétitive, à l’image du pick-up Renault Niagara dévoilé en septembre dernier. Plus tôt cette semaine, le gouvernement argentin a par ailleurs annoncé que le constructeur automobile japonais Toyota Motor investirait 1,34 milliard de dollars pour développer une usine de véhicules électriques sur le territoire argentin, une réponse industrielle directe à cette montée en puissance de la concurrence chinoise. Selon Beato, si l’industrie automobile argentine ne parvient pas à se transformer rapidement, elle risque de se retrouver avec des modèles de véhicules obsolètes face à cette nouvelle donne concurrentielle.
Milei assume un positionnement libéral face aux inquiétudes régionales
Les constructeurs automobiles chinois poursuivent leur expansion progressive à travers l’Amérique latine, commercialisant aussi bien des véhicules thermiques traditionnels que des modèles électriques, à un rythme qui a suscité des inquiétudes sur plusieurs marchés locaux du continent. Le Brésil et le Mexique ont ainsi instauré des droits de douane spécifiques destinés à ralentir cet afflux de véhicules chinois et à protéger leurs emplois industriels nationaux. Javier Milei, président argentin se revendiquant libertaire, a toutefois affiché une position radicalement différente, déclarant ne pas être inquiet par la croissance rapide de BYD et rejetant les suggestions selon lesquelles cette situation pourrait compliquer ses relations diplomatiques étroites avec les États-Unis, lors d’une interview accordée le mois dernier au Economic Club de New York : « Ce que les Argentins achètent est le problème des Argentins », a-t-il déclaré à Bloomberg.
Dans ce contexte d’ouverture commerciale, Tesla a lancé ses opérations en Uruguay dès juillet, et plusieurs signes indiquent que le constructeur automobile américain pourrait prochainement faire son entrée sur le marché argentin. L’enregistrement de l’entité Tesla Argentina est apparu dans le bulletin officiel du pays en avril, tandis que la société d’État YPF a annoncé en juin avoir signé une lettre d’intention avec Tesla pour explorer des opportunités de stockage d’énergie. Tesla n’a pas répondu aux demandes de commentaires formulées à ce sujet.
Un marché automobile argentin en phase d’ajustement
Les ventes de voitures en Argentine ont chuté de 13 % depuis le début de l’année par rapport à la même période en 2025, une baisse que les analystes du secteur attribuent à un ajustement naturel du marché après la forte croissance enregistrée l’année précédente, elle-même alimentée par la réduction des barrières commerciales. Les taux d’intérêt élevés ont également dissuadé de nombreux consommateurs argentins de contracter des prêts automobiles pour financer leurs achats.
Andres Civetta, économiste au cabinet de conseil Abeceb, estime que l’industrie automobile argentine devrait concentrer ses efforts sur le segment des pick-up, où le pays a déjà établi une solide position à l’exportation et ne fait pas encore directement face à la concurrence des marques chinoises. Fernando Rodriguez Canedo, directeur exécutif de l’association des usines automobiles d’Argentine, a salué le retrait progressif des droits d’exportation nationaux engagé par Milei, précisant que l’industrie pressait également les gouvernements provinciaux de réduire leurs taxes locales, une mesure qui donnerait selon lui à l’industrie argentine une véritable possibilité de concurrencer efficacement ces nouveaux entrants.
Notre avis, par leblogauto.com
L’ouverture de ce premier salon automobile chinois à Buenos Aires illustre la rapidité avec laquelle une politique commerciale libérale peut bouleverser les équilibres d’un marché automobile national, la part des constructeurs chinois ayant quintuplé en moins d’un an. Le positionnement assumé de Milei, en net contraste avec les mesures protectionnistes adoptées par le Brésil et le Mexique, constitue un cas d’étude intéressant sur les différentes stratégies régionales face à l’expansion commerciale chinoise en Amérique latine. L’investissement annoncé de Toyota, à hauteur de 1,34 milliard de dollars pour une usine de véhicules électriques, suggère que les constructeurs historiques ne comptent pas abandonner le marché argentin sans réagir à cette nouvelle concurrence. L’intérêt croissant manifesté par Tesla pour l’Argentine, après son implantation en Uruguay, pourrait par ailleurs intensifier davantage la compétition sur le segment des véhicules électriques dans un marché sud-américain déjà en pleine recomposition.

