La Formule 1 a dévoilé son calendrier de 24 courses pour la saison 2027, et l’inflation continue. Le chiffre à retenir, ce sont les 10 sprints qui s’ajoutent désormais aux 24 courses officielles. 34 départs en une saison !
Retour à la normale ?
La saison 2027 doit débuter le 14 mars avec le Grand Prix de Bahreïn, qui retrouve sa place habituelle de manche d’ouverture suivi de l’Arabie saoudite, tandis que le Grand Prix d’Australie à Melbourne devient la troisième épreuve du calendrier. Evidemment, cela reste fragile et tributaire de la situation géopolitique dans le Golfe Persique, qui demeure compliquée.
Après les Grands Prix du Japon et de Chine, la F1 se rendra à Miami et à Montréal en mai. Les deux courses seront espacées de trois semaines, mais la date du 23 mai au Canada permettra d’éviter toute concurrence avec les 500 Miles d’Indianapolis d’IndyCar. De quoi sans doute faire plein d’opérations promotionnelles chez l’Oncle Sam !
Le retour de deux circuits appréciés
La F1 fera ses premiers pas en Europe avec le Grand Prix de Monaco le 6 juin. Le Portugal fait son retour au calendrier pour la première fois depuis 2021 avec une course sur le circuit de l’Algarve à Portimao, qui se déroulera le 20 juin.
Portimao avait fait son apparition en 2020, au moment du Covid, et propose un beau tracé vallonné. Le Grand Prix de Grande-Bretagne suivra le 4 juillet à Silverstone, puis les manches en Autriche, en Belgique et en Hongrie, cette dernière clôturant la première moitié de la saison le 1er août. Barcelone disparaît, étant désormais en rotation avec Spa.
Après la trêve estivale, la compétition reprend en Italie le 5 septembre, suivie de Madrid. Le circuit espagnol sera attendu au tournant, après une première édition décevante qui a proposé une course soporifique à cause d’un tracé ne permettant quasiment aucun dépassement.
Outre le Portugal, la Turquie fait également son retour au calendrier le 3 octobre, dans le cadre d’un triptyque avec Bakou et Singapour. Le circuit d’Istanbul, qui avait refait surface au moment du Covid, est un des meilleurs tracés dessinés par Tilke et pourrait offrir un joli spectacle.
Un autre triple rendez-vous suivra en Amérique avec Austin, le Mexique et le Brésil, tandis que le Grand Prix de Las Vegas deviendra une course indépendante le 20 novembre. La saison devrait se terminer par une double confrontation au Qatar et à Abou Dhabi, les deux courses se déroulant au format sprint. Là aussi, tout dépendra de la situation géopolitique…
Un sprint à Monaco !
Monaco fait partie des dix Grands Prix sprint du calendrier, contre six auparavant, la direction de la F1 souhaitant en augmenter le nombre pour des raisons commerciales. Bahreïn, l’Australie, le Japon et Abou Dhabi accueilleront également leur premier Grand Prix sprint, tandis que ce format fera son retour au Canada, en Grande-Bretagne, en Italie, au Brésil et au Qatar.
Le choix de Monaco comme course sprint interroge, tant le circuit de la Principauté est connu (et critiqué) pour le manque de spectacle des courses qui s’y déroulent, le plus souvent des processions où l’on ne peut quasiment pas dépasser. Un sprint ne peut à priori rien apporter, mais la F1 ajoute ainsi une séance de qualification, ce qui est en général le moment le plus fort et spectaculaire d’un weekend monégasque. Au moins, à Monaco, la qualif peut se faire à fond, sans se soucier de la batterie…

La dictature des chiffres
« En raison du succès continu et de la forte demande pour ce format, le nombre d’épreuves Sprint est passé de six à dix pour 2027, offrant ainsi encore plus de compétitions tout au long de la saison aux fans, aux promoteurs, aux diffuseurs et aux partenaires », a déclaré la F1 dans un communiqué.
« Depuis l’introduction du Sprint en 2021, les données montrent que l’audience totale des week-ends Sprint est supérieure de 12 % à celle des week-ends sans Sprint, que les qualifications Sprint sont jusqu’à trois fois plus populaires auprès des fans que les essais libres, que 82 % des spectateurs présents aux week-ends Sprint affirment que cela ajoute de la valeur à leur billet et que 75 % des fans de F1 pensent que les événements Sprint ajoutent une plus grande valeur au calendrier de la saison. »
Bref, on l’a bien compris, ce n’est pas le sport qui motive l’inflation des sprints : la F1 vise plus de billetterie en proposant un week-end plus rempli, plus d’audience et donc plus de visibilité pour les annonceurs. C’est un moyen de rentabiliser et de contourner le problème des weekends classiques, où le vendredi des essais libres est logiquement peu suivi.
« Le calendrier 2027 réunit certains des circuits les plus emblématiques et des villes les plus dynamiques du monde, offrant un cadre exceptionnel pour une nouvelle saison de Formule 1 inoubliable », a déclaré Stefano Domenicali, PDG et président de la F1. « Nous sommes ravis d’accueillir le Portugal et la Turquie au sein du championnat et d’étendre les courses sprint à dix épreuves, pour le plus grand plaisir de nos fans, qui pourront ainsi vivre encore plus d’intensité, de suspense et de duels roue contre roue, caractéristiques de notre sport. »
« Le calendrier 2027 du Championnat du monde de Formule 1 de la FIA témoigne de l’attrait mondial et de la croissance continue de notre sport », a ajouté Mohammed Ben Sulayem, président de la FIA. « Avec vingt-quatre Grands Prix répartis sur cinq continents, le retour du Portugal et de la Turquie, et la possibilité d’un programme Sprint élargi, ce calendrier allie tradition, innovation et passion des fans, tout en maintenant les plus hauts standards sportifs. »
L’ajout d’un sprint, et donc d’une qualif, permet en effet de dynamiser un weekend mais sans doute de justifier des tarifs toujours plus prohibitifs.
La F1 à l’ère du contenu et des nouveaux modes de consommation
Derrière ces déclarations triomphalistes, la F1 donne de plus en plus l’impression d’une bulle spéculative géante. Toujours plus de courses, mais la quantité prime sur la qualité, sachant que les sprints ont rarement été agréables à regarder, à quelques exceptions près. Petit à petit, le calendrier se « Nascarise », et se rapproche même du Moto GP qui a déjà systématisé les sprints sur l’ensemble du calendrier. Reste à voir comment cela peut se corréler au plafond budgétaire…
Le sentiment de trop plein est en train de gagner du terrain, mais c’est sans doute un point de vue venant d’un fan “old school”. Les audiences semblent se tasser voire décroître sur les offres TV classiques (payantes ou non), car l’effet Netflix est passé, sans compter les ratés de la nouvelle règlementation 2026 qui ne soulève guère d’enthousiasme.
Toutefois, nous ne sommes plus au temps de « tonton Bernie ». La F1 est de plus en plus marketée pour les streams et les réseaux sociaux : le format sprint est révélateur du triomphe du format court, au même titre que le visionnage de films recule au profit des séries TV. Peu importe que le visionnage entier du GP régresse, le format des “highlights” progresse, en particulier chez les jeunes.
La présence physique du public à qui l’on propose une “expérience” est aussi un levier essentiel, comme dans l’industrie du cinéma ou encore celle de la musique, où les artistes misent plus sur les concerts que sur les ventes d’albums pour générer du profit, alors que le streaming a bouleversé la façon de consommer. Ce remplissage a sans doute été calibré pour un nouveau public friand de “contenus”, quitte à perdre peu à peu le public historique ?

