F1 2026 : premiers enseignements de la première séance d’essais de Bahreïn

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Nouvelles règles, nouveau pilotage ?

Après les roulages de “déverminage” de Barcelone, la F1 est entré dans le vif du sujet avec les premiers esssais hivernaux de Bahrein, à moins de 3 semaines de l’entame de la saison à Melbourne. Cette saison inaugure une révolution technique majeure avec des unités de puissance plus électrifiées, de nouvelles règles aérodynamiques (fin du DRS, aéro active), des monoplaces au gabarit changé (plus courtes, moins larges, allégées de 30 kilos) et des pneus plus étroits. Beaucoup de nouveaux paramètres sont donc à assimiler par les ingénieurs et les pilotes.

Les pilotes doivent s’adapter à des monoplaces très différentes, notamment dans la gestion d’énergie et l’équilibre. Esteban Ocon a même expliqué, tout en soulignant des accélérations “bluffantes”, qu’il fallait « oublier tout ce que nous avons appris depuis le karting sur la façon d’aller vite ». En effet, la gestion de l’énergie va devenir centrale dans la performance et même inciter à adopter un pilotage parfois contre-intuitif pour aller vite.

Les pilotes expérimentent ainsi des techniques pour trouver le bon compromis entre récupération d’énergie et maintient de l’équilibre sur des F1 aux appuis réduits. Afin de récupérer davantage d’énergie,Max Verstappen a ainsi testé une approche agressive consistant à rétrograder jusqu’en première vitesse dans des virages lents, tout en maintenant un régime moteur très élevé pour maximiser la récupération. Hamilton explique la démarche :  « Les rapports très courts dans lesquels nous devons descendre sont liés au fait que nous ne récupérons pas assez d’énergie, donc nous devons faire monter le moteur très, très haut dans les tours. » 

Une hiérachie se dessine, mais tout le monde cache son jeu

Les chronos restent difficiles à interpréter car les équipes ont roulé avec des programmes différents. Néanmoins, une hiérarchie peut se dégager.

Ferrari a affiché une bonne productivité avec un gros kilométrage et une bonne fiabilité. Sur les relais longs typés course, la SF-26 semble être l’une des plus efficaces si ce n’est la meilleure. Hamilton et Leclerc ont signé les 3e et 4e meilleurs temps absolus.

Mercedes était très observé, depuis que le paddock s’est enflammé avec l’affaire du taux de compression et du supposé avantage de puissance dont disposerait le bloc allemand grâce à une astuce (faille) trouvée dans la règlementation. Les flèches d’argent ont confirmé leur vélocité, puisque Kimi Antonelli et George Russell sont les deux seuls pilotes à être descendus sous la 1’34 (1’33″669 et 1’33″918). Leur roulage a cependant été moins important que Ferrari, en raison de davantage de petits pépins techniques.

Red Bull est aussi très observé, puisque l’écurie exploite pour la première fois ses propres moteurs, développés en partenariat technique avec Ford. L’impression est très favorable concernant le groupe propulseur et la compétitivité globale. Toto Wolff et George Russell ont même évoqué un avantage « effrayant » potentiel de Red Bull, qui pourrait approcher la seconde au tour. Des propos corroborés par Carlos Sainz (Williams) qui estime que le déploiement d’énergie du moteur Red Bull est « très impressionnant ». A cela, Verstappen a rétorqué, surtout par rapport aux déclas de Mercedes, que c’était de la diversion pour détourner les regards du moteur de l’étoile…

De l’autre côté, c’est Aston Martin qui inquiète. La monoplace est la première conçue sous l’ère Adrian Newey mais c’est surtout le moteur Honda qui semble très en retard sur la concurrence. Lance Stroll et Fernando Alonso ferment la marche de la feuille des temps, à plus de 4’’ des Mercedes. Le spectre du “GP2 engine” semble refaire surface pour Alonso. Stroll a ironisé en affirmant que les points positifs des essais de Bahreïn étaient « le climat” et “la livrée qui est jolie”. Ambiance…

Douche froide pour le spectacle ?

Outre ces indications de performance, un premier bilan s’impose aussi pour ces F1 nouvelle génération. Et ce qui ressort de certaines déclarations n’est pas rassurant.

Lewis Hamilton a déclaré que « les règles sont ridiculement complexes ». L’anglais craint que ces F1, dont le pilotage est très axé sur la gestion, ne soient pas très captivantes à voir évoluer pour le public…d’autant que le bruit des V6, dont la puissance thermique a diminué au profit de la part électrique, n’est pas transcendant. Certes, les V6 hybrides précédents n’étaient pas très enthousiasmants. Les nouveaux V6 sont plus divers dans leurs sonorités, d’un constructeur à l’autre, mais la part électrique, qui grimpe désormais à 50%, a un impact notable.

Max Verstappen y est allé encore plus fort et n’a pas caché qu’il ne prenait pas beaucoup de plaisir. « La voiture n’est pas très amusante à conduire » et le néerlandais compare la F1 2026 à « une Formule E sous stéroïdes », critiquant la gestion énergétique omniprésente qui n’incite plus à attaquer.

Charles Leclerc a été plus mesuré : « Ces voitures sont étranges à piloter mais motivantes à comprendre »

L’autre sujet, ce sera la capacité à se battre en piste. Les F1 2026 voient leur appui aéro fortement diminuer, de près de 40% par rapport aux F1 à effet de sol. Moins d’appui, c’est donc moins de traînée, moins de turbulences et de “dirty air” pour la voiture suiveuse. Sur le papier, cela doit donc faciliter le “suivi” dans le sillage d’une autre monoplace et donc permettre de plus de baston. George Russell semble penser qu’il est plus facile de se suivre dans les grandes courbes.

La gestion va-t-elle tuer l’ADN de la F1 ?

Reste à savoir ce que les pneus vont donner en termes de dégradation et surtout à quel point la gestion de l’énergie risque d’handicaper et de dissuader un pilote d’attaquer très fort. La fin du DRS, qui avait rendu le dépassement quasiment “automatique”, est compensée par un “mode Overtake” pour faciliter les dépassements. Les avis sont pour le moment partagés sur le sujet. De même, les images embarquées montrent que le “lift and coast”, cette pratique qui consiste à lever le pied et à faire de la roue libre avant la zone de freinage pour économiser l’énergie, s’accentue sur les F1 2026. Même sur un seul tour, la gestion est primordiale. En cas de batterie vide, la monoplace bascule uniquement sur le moteur thermique, avec une perte immédiate de performance en sortie de virage et en ligne droite.

« Si vous regardez un endroit comme Barcelone, nous faisons 600 mètres en levant le pied sur un tour de qualification, donc ce n’est pas ça, la course. » explique Hamilton.

Risque-t-on ainsi de voir des qualifications “à la gestion” ? Les pilotes vont-ils être freinés dans leur volonté d’attaquer en course ? Selon certains retours, le dépassement va devenir beaucoup plus stratégique et être vraiment calculé en termes de ratio gain de position / perte d’énergie. Risque-t-on de voir des pilotes obliger de lever le pied en pleine ligne droite, pour récupérer de la charge ? Les courses de gestion vont-elles nous infliger des processions ? Ces éléments laissent peser des inquiétudes sur le spectacle en piste et même la sécurité, car des voitures à niveau de charge très différents pourraient avoir des vitesses différentielles importantes, surtout en ligne droite, et donc créer des situations dangereuses.

Attendons de voir

Plus globalement, les fans s’inquiètent de voir l’ADN de la F1 se perdre dans des considérations techniques qui relèvent plus des courses d’Endurance, alors que la discipline reine du sport auto doit demeurer, pour beaucoup, axée sur l’attaque et le sprint effréné. Cet esprit pur est déjà édulcoré depuis quelques années avec l’hybridation et surtout la gestion des gommes, mais il devrait s’accentuer nettement à l’ère des nouveaux moteurs très électrifiés. Pour l’instant, ce ne sont que des supputations. Il faut attendre de voir les premières confrontations, les prmeières qualifications et les premières courses pour se faire une idée. Nous aurons peut-être quelque chose de passionnant. Les F1 2026 sont pour l’instant plus lentes (à 4″ de la pole 2025 de Bahreïn) mais nous n’en sommes qu’au début du développement. Les courses de WEC font aussi la part belle à la gestion et pourtant le spectacle a été souvent au rendez-vous. Restons optimistes !

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