C’est l’une des plus anciennes légendes du sport automobile qui vient de nous quitter. Hans Herrmann, premier vainqueur de Porsche aux 24 Heures du Mans et dernier pilote de Formule 1 encore en vie à avoir terminé sur le podium dans les années 1950, est décédé à l’âge de 97 ans. La nouvelle a été annoncée par Porsche vendredi soir, avant l’ E-Prix de Mexico, où une livrée spéciale avait déjà été dévoilée en hommage à sa carrière.
Un destin lié à Porsche
Né en 1928, il était boulanger de formation. Ses idoles d’enfance étaient Rudolf Caracciola et Bernd Rosemeyer, deux pilotes et icônes germaniques qu’il rêvait d’imiter. Sa mère, sensible à sa passion, décide de lui offrir une chance en 1951. Elle se sépare du bracelet en or offert par le père de Hans, assassiné en 1936. L’argent récolté doit lui permettre de s’acheter une voiture. Ce sera une Porsche 356 1100cc: c’est ainsi, en 1952, que débute sa vie sur les circuits.
L’enfant de Stuttgart est repéré par Porsche. La firme lui donne sa chance aux 24 Heures du Mans 1953, sans attendre une année de plus. Les deux seuls modèles engagés monopolisent les deux premières places de la catégorie Sport 1.5 L. Sa carrière n’en est qu’à ses balbutiements, mais déjà, Herrmann accumule les bons points.
Aux côtés des géants
En 1954 et 1955, Hans Herrmann est membre de l’écurie officielle Mercedes-Benz en Formule 1, comme pilote junior aux côtés de Juan-Manuel Fangio et Stirling Moss. Le podium du Grand Prix de Suisse 1954 sera son meilleur résultat. Engagé aux Mille Miglia 1955 sur une Mercedes-Benz 300 SLR, il soutient le rythme de Stirling Moss, mais, moins chanceux, il doit abandonner la course.
Un an plus tôt, Herrmann avait réalisé un geste audacieux aux Mille Miglia. Les barrières d’un passage à niveau furent abaissées au dernier moment avant le passage du train à grande vitesse pour Rome. Au volant de sa Porsche 550 Spyder très basse, Herrmann, jugeant qu’il était de toute façon trop tard pour freiner, tapota l’arrière du casque de son copilote Herbert Linge pour l’inciter à se baisser. Ils passèrent ainsi de justesse sous les barrières, juste avant le train, à la grande surprise des spectateurs.
Insuccès en F1, réussite en voitures de sport
Les années suivantes, il court pour beaucoup de marques en Formule 1 comme Cooper, Maserati et BRM, mais sans succès. Au grand prix de l’AVUS de Berlin en 1959, la défaillance des freins de sa BRM lui font faire un accident spectaculaire. Il est éjecté de sa voiture et glisse le long de la piste, alors que sa voiture part dans une série de tonneaux. Les nombreux accidents grave dont il réchappa à chaque fois lui valurent le surnom de “Hermann le chanceux”.
Hermann pilote de nouveau pour Porsche sur la 718, dans sa version F2 comme sa version de Sport, avec laquelle il remporte notamment les 12 Heures de Sebring et la Targa Florio en 1960 Il quitte néanmoins Porsche au début de la saison 1962 car il estime être moins privilégié chez Porsche par rapport au Californien Dan Gurney et au Suédois Joakim Bonnier. Avec Abarth, il participe de 1962 à 1965 à des courses mineures et des courses de côte. Hermann revient chez Porsche en 1966. Après plusieurs podiums avec la Porsche 906 de deux litres, il remporte les 24 Heures de Daytona 1968 au volant d’une 907, ainsi que les 12 Heures de Sebring , cette fois-ci avec le Suisse Jo Siffert.
Un départ en beauté !
Il manque la victoire aux 24 Heures du Mans 1969 pour seulement 120 mètres, après un final d’anthologie face à Jacky Ickx. Mais c’est lui qui, en 1970, offrit enfin à Porsche sa première victoire tant attendue au classement général des 24 Heures du Mans. Au volant d’une 917K, qu’il avait contribué à peaufiner, il s’impose en surmontant les conditions dantesques et les oreillons dont souffrait son équipier ! Son plus grand succès fut aussi son ultime course. Comme il l’avait promis à son épouse, mais aussi affecté par la perte de nombreux amis, il prit sa retraite sportive à l’issue du Mans 1970.

