Le constructeur suédois Polestar vient de prendre une décision surprenante : reporter le développement de sa voiture de sport électrique, le Polestar 6, alors que le projet touchait pourtant au but. Cette annonce intervient dans un contexte où la marque privilégie ses modèles de série comme les Polestar 2, 3 et 4, disponibles en France à partir de 46 800 euros.
Le Polestar 6 était incarne l’ambition sportive de la marque suédoise, un roadster électrique conçu pour rivaliser avec la future Porsche 718 électrique. Pourtant, alors que son développement semble presque terminé, Polestar a choisi de mettre le projet en pause, remettant en question les priorités du constructeur dans un marché automobile en pleine mutation.

Un projet techniquement abouti mais relégué au second plan
Selon Graeme Lambert, responsable de la communication mondiale chez Polestar, le développement du roadster 6 est proche de la finalisation. « Il est si étroitement lié au Polestar 5 », explique-t-il dans une récente interview. « La plateforme sous l’architecture du Polestar 5 est essentiellement conçue pour être évolutive. Si vous considérez le 6 comme le Polestar 5 à deux portes, les composants sont essentiellement déjà là. »
Cette proximité technique facilite grandement le développement. Le Polestar 6 partage sa plateforme PPA (Polestar Performance Architecture) avec la berline Polestar 5, dont il constitue une version raccourcie et décapotable. Les deux modèles partagent la même batterie de 112 kWh, les mêmes moteurs électriques et une architecture de suspension identique. Cette mutualisation des composants devrait théoriquement accélérer la mise sur le marché.
Les derniers éléments nécessitant encore un développement concernent principalement le toit rigide escamotable et les sièges arrière. Lambert précise que Polestar dispose des ressources nécessaires pour finaliser leur conception en interne, ce qui confirme l’état d’avancement très poussé du projet.
L’accueil commercial initial du concept a été très encourageant. Les 500 exemplaires de l’édition de lancement mis en prévente se sont écoulés rapidement, démontrant l’existence d’une demande réelle pour ce type de véhicule sportif électrique. Face à ce succès, Polestar avait même envisagé de passer d’une production limitée à un modèle de production à la demande.

Une stratégie commerciale centrée sur la rentabilité
La mise en pause du Polestar 6 s’explique par une stratégie commerciale pragmatique. Polestar dispose d’un pipeline produit déjà bien rempli avec quatre nouveaux modèles prévus d’ici 2028. La marque mise désormais sur des véhicules au potentiel commercial plus large : la berline Polestar 5, une nouvelle version du SUV Polestar 4, la prochaine génération de la Polestar 2 et le crossover compact Polestar 7.
Cette approche reflète une réalité économique incontournable. Un roadster comme le Polestar 6, avec un prix d’entrée attendu autour de 200 000 dollars aux États-Unis, s’adresse nécessairement à une clientèle de niche. À l’inverse, les modèles actuellement commercialisés en France visent un marché beaucoup plus large : la Polestar 2 débute à 46 800 euros, la Polestar 4 à partir de 61 800 euros, et la Polestar 3 est attendue autour de 80 000 euros.
Cette hiérarchisation des priorités commerciales s’inscrit dans une stratégie de consolidation. Polestar, filiale du groupe chinois Geely, cherche à établir solidement sa position sur les segments les plus porteurs avant de s’aventurer sur des créneaux plus confidentiels. La marque doit également composer avec la concurrence croissante sur le marché des véhicules électriques premium, où Tesla, BMW, Audi et Mercedes-Benz se disputent les parts de marché.
Lambert souligne cette approche : « L’essentiel pour nous est de livrer correctement [les modèles 7 et 2], de faire avancer l’entreprise, puis d’être en mesure de faire autre chose après. » Cette déclaration confirme que le Polestar 6 n’a pas disparu des plans de la marque, mais qu’il passe après les priorités commerciales immédiates.
Les défis tarifaires et géopolitiques qui compliquent la donne
Au-delà des considérations purement commerciales, le Polestar 6 fait face à des défis géopolitiques majeurs, particulièrement sur le marché américain. Si le roadster entre en production, il devrait être fabriqué en Chine aux côtés de la Polestar 5. Cette localisation pose un problème majeur dans le contexte actuel des relations commerciales sino-américaines.
Les véhicules électriques fabriqués en Chine sont soumis à des droits de douane de 100 % aux États-Unis, ce qui doublerait mécaniquement le prix de vente. Pour un véhicule attendu autour de 200 000 dollars, l’application de ces tarifs le ferait grimper à 400 000 dollars, le plaçant dans une catégorie de prix totalement irréaliste pour la majorité des acheteurs potentiels.
Cette problématique tarifaire affecte également la Polestar 5, dont le prix de base de 140 000 dollars aux États-Unis deviendrait prohibitif après application des droits de douane. La situation européenne est moins dramatique, mais les constructeurs chinois font néanmoins face à des taxes additionnelles qui compliquent leur positionnement tarifaire.
En France et en Europe, Polestar doit également naviguer dans un environnement réglementaire en évolution, avec des normes d’émissions de plus en plus strictes et des incitations gouvernementales qui privilégient certains types de véhicules électriques. La marque suédoise bénéficie actuellement du bonus écologique français pour ses modèles les moins chers, un avantage qu’elle perdrait sur un roadster haut de gamme.
Ces contraintes tarifaires et réglementaires renforcent la logique de Polestar de se concentrer sur des modèles plus accessibles et moins exposés aux tensions géopolitiques. La stratégie consiste à consolider les positions acquises sur les segments porteurs avant de s’aventurer sur des créneaux plus risqués.
La date de production du Polestar 6 reste donc incertaine, même si le projet n’est pas abandonné. La marque explore également d’autres options, notamment un SUV basé sur la même plateforme PPA qui pourrait concurrencer le futur Porsche Cayenne électrique. Ce type de véhicule présenterait un potentiel commercial bien supérieur à celui d’un roadster, tout en capitalisant sur les investissements déjà réalisés dans la plateforme.
Le report du développement du Polestar 6 illustre les défis auxquels font face les constructeurs automobiles dans leur transition vers l’électrique. Entre les contraintes techniques, les enjeux commerciaux et les tensions géopolitiques, les priorités peuvent rapidement évoluer, même pour des projets techniquement aboutis et commercialement prometteurs.


3 commentaires
Il n’y a surtout pas de marché pour un roadster sportif VE : MG en a fait les frais, et Porsche a reculé aussi.
Les voitures d’image c’est bien, mais quand ça devient un gouffre financier, mieux vaut jeter l’éponge.
Et bien, je dis qu’il fallait y penser avant.
Les voitures images ne sont directement pas toujours rentables, Audi aurait toujours perdu de l’argent avec sa R8 !?
Mais c’est très bon pour l’effet de locomotive du reste de la gamme.
Là, l’image en prend un coup.
Ou il fallait dire que ce n’était qu’un concept.
c’est le principe des flagship. ils ne sont pas là pour gagner de l’argent mais pour faire briller la marque.
pour Porsche leur image de marque n’a pas besoin d’un roadster VE pour l’instant, mais en 2035 ils seront bien obligés d’y passer, sauf modification du règlement européen.
Polestar n’a aucune antériorité de roadster sportif, et les polestar ne sont pas réputées pour leur légèreté, donc le cab sportif n’est pas un porteur d’image, contrairement à MG qui a fait 60 ans de cab 2 places avant de tomber dans les mains chinoises.
Alpine est partie pour avoir son coupé/cab sportif élec
BMW va sortir une série 3 sportive en VE (et pas seulement une débauche de KW à la chinoise mais une voiture homogène et aboutie), même Stellantis propose des GTi elec, pour pouvoir vendre des « gtline » de 120kw.
les VEs sont l’avenir de la mobilité individuelle, donc le retour en arrière n’est plus possible, et il y aura tjs des clients pour se différencier de la masse.