
Pourquoi ce modèle fait rêver
Avant la Golf GTi, avant le mythe allemand, il y avait la Renault 5 Alpine. Arrivée deux mois avant la Volkswagen sur le marché européen, la petite française a posé les fondations du genre que l’on appellera plus tard la « hot hatch ». La Régie Renault avait compris quelque chose d’essentiel : pour rendre une voiture rapide, il n’est pas indispensable d’augmenter la puissance. Il suffit, parfois, de réduire le poids. C’est précisément la philosophie héritée d’Alpine que Renault a appliquée à sa citadine populaire.
La version « Atmospheric » (ou atmosphérique, par opposition à la version turbo qui suivra) embarquait un quatre-cylindres essence de 1 397 cm³ dans un format compact et léger. Elle était moins puissante que sa rivale d’Ingolstadt, mais elle compensait largement par son agilité, son naturel et un comportement qui récompensait vraiment le pilote. Sur les routes sinueuses, les spéciales de rallye et les cols alpins, la R5 Alpine s’est taillé une réputation solide.
Aujourd’hui, les exemplaires en bon état se font rares. La rouille, les accidents, les préparations sauvages et le temps ont décimé le parc survivant. C’est précisément ce qui rend l’exemplaire actuellement proposé à la vente si intéressant : il a survécu, a été préservé, et a même été perfectionné dans le respect de l’esprit originel de la voiture.

Ce qui rend ce modèle vraiment spécial
Design et identité
La Renault 5 Alpine ne cherche pas à séduire par l’excès. Ses extensions d’ailes, ses phares auxiliaires et ses jantes alliage constituent un vocabulaire visuel sobre, presque austère, que les amateurs de voitures sportives des années 1970 reconnaissent immédiatement. La teinte bleue métallisée dite « Bleu Alpine », associée au capot noir, est l’une des combinaisons chromatiques les plus emblématiques de la production Renault de cette époque. Elle rappelle à la fois les livrées de compétition et l’esthétique tranchante de la marque Alpine, partenaire technique de Renault.
Ce n’est pas une voiture qui cherche à en imposer dans un parking. C’est une voiture qui parle à ceux qui savent. Et c’est exactement ce qui lui confère ce statut particulier parmi les collectionneurs : une discrétion qui cache une réalité mécanique bien plus engagée que l’apparence ne le laisse supposer.

Témoignages
La place de la R5 Alpine dans l’histoire de l’automobile n’est pas contestée. La revue Autocar, qui l’a essayée à sa sortie, la décrivait comme « une petite voiture avec un caractère de grande routière sportive ». Du côté des propriétaires, le sentiment dominant est celui d’une complicité rare. Un possesseur de longue date, interrogé sur un forum spécialisé français consacré aux Renault de collection, résumait ainsi son expérience : « Elle fait tout ce qu’on lui demande, elle pardonne peu mais elle récompense beaucoup. C’est une voiture honnête. » Cette honnêteté mécanique, conjuguée à un châssis qui communique en permanence avec le conducteur, est ce qui fidélise les amateurs depuis près de cinquante ans.

Mécanique et fiche technique en clair
Moteur et caractère
Dans sa version d’origine, le quatre-cylindres atmosphérique de 1 397 cm³ de la R5 Alpine développait une puissance modeste mais suffisante pour animer les 730 kg de la voiture avec conviction. Sur l’exemplaire proposé ici, ce moteur a été profondément modifié. L’arbre à cames a été remplacé par une pièce à profil sportif, le vilebrequin et les bielles ont été renforcés, la culasse a été retravaillée, et le système d’alimentation en carburant a été amélioré. L’échappement a également été revu. Le résultat : une puissance annoncée de 130 chevaux, soit une augmentation très significative par rapport à la définition d’origine.
Ce niveau de préparation place clairement la voiture hors du cadre de la collection pure. Elle est construite pour rouler, pour attaquer des spéciales chronométrées, pour chauffer des freins. Son moteur est un outil de travail, pas un objet de musée.
Châssis et tenue de route
La suspension et les freins ont été portés aux spécifications du Groupe II, ce qui correspond aux exigences techniques des compétitions de rallye historique. Concrètement, cela signifie des débattements adaptés aux revêtements irréguliers, des réglages qui tolèrent les variations de charge en virage serré, et un freinage capable d’encaisser les descentes répétées à vitesse élevée. La R5 Alpine d’origine était déjà réputée pour son comportement sain et prévisible ; cette préparation l’a amplifiée dans cette direction sans transformer la voiture en quelque chose d’inconduisible sur route ouverte.
Le contrôle technique, valide jusqu’au 24 février 2028 avec quelques remarques, confirme que la voiture est légalement utilisable sur route en France. Les remarques notées concernent une légère déformation d’un longeron de châssis (code 6.1.1.a.1) et une légère corrosion de châssis (code 6.1.1.c.1). Ces points sont à surveiller mais ne mettent pas en cause l’aptitude à circuler.

Vie à bord aujourd’hui
L’habitacle ne trompe pas sur les intentions de la voiture. Les sièges baquets ont remplacé les sièges d’origine, les ceintures de sécurité ont cédé la place à des harnais, et les panneaux de portes ont été refaits en fibre de carbone. Les vitres latérales sont en polycarbonate Makrolon, matériau léger utilisé en compétition automobile. La banquette arrière a disparu, remplacée par un casier à casques et un logement pour la roue de secours. Le tableau de bord a été enrichi d’un compte-tours et d’un manomètre de pression d’huile, deux instruments indispensables en usage sportif.
Il ne faut pas s’attendre au confort d’une berline familiale. La R5 Alpine préparée est bruyante, ferme, et demande un engagement physique. Mais pour un pilote de régularité historique ou simplement pour quelqu’un qui veut conduire une voiture qui répond vraiment, c’est précisément ce que recherche l’acheteur de ce type d’objet.

Les raisons de s’y intéresser aujourd’hui
La R5 Alpine traverse une période de réévaluation sérieuse sur le marché des voitures anciennes. Le cinquantième anniversaire du modèle approche, et la nouvelle Renault 5 électrique a remis en lumière la carrière de l’ancienne. Les amateurs qui ignoraient ou négligeaient la version Alpine se montrent aujourd’hui nettement plus attentifs. Les exemplaires bien conservés ou préparés de manière cohérente partent plus rapidement qu’il y a cinq ans, et à des prix en progression.
La préparation Groupe II de cet exemplaire lui confère une double utilité : elle peut participer aux rallyes de régularité historique VHR et VHRS, deux cadres compétitifs en plein développement en France et en Europe. Pour un acheteur qui souhaite rouler et non simplement exposer, c’est un atout considérable.

Les points à connaître avant d’acheter
Faiblesses connues
La R5 Alpine de cette génération est vulnérable à la corrosion, notamment dans les soubassements, les bas de caisse et les passages de roues. C’est une caractéristique commune à toutes les petites françaises de la fin des années 1970, construites sans protection anticorrosion élaborée. Sur cet exemplaire, le contrôle technique signale une légère corrosion de châssis et une légère déformation de longeron. Ces points doivent être inspectés de visu par un spécialiste avant toute décision d’achat. Par ailleurs, le vendeur précise que les numéros de série signalés ne correspondent pas, ce qui mérite une vérification approfondie de l’historique administratif du véhicule.

Coûts d’entretien réalistes
Une R5 Alpine préparée à ce niveau n’est pas un objet bon marché à entretenir. Les pièces d’origine se trouvent encore, mais les délais peuvent être longs et les prix ont augmenté avec la demande croissante. Un moteur modifié avec arbre à cames sportif et bielles renforcées demande un suivi régulier et des réglages que seul un mécanicien connaissant ce type de préparation peut réaliser correctement. Prévoir également un budget pour les consommables de compétition (plaquettes, fluides, pneumatiques adaptés) si la voiture participe à des événements VHR.
Points à vérifier avant achat
En dehors de la corrosion et de la déformation de longeron déjà mentionnées, l’acheteur potentiel devra vérifier la cohérence de la préparation mécanique avec les spécifications annoncées, examiner l’état des soudures et renforts de châssis, contrôler le bon fonctionnement du freinage Groupe II, et s’assurer que la documentation de compétition (palmarès, carnets de bord d’événements) est disponible et exploitable. Le kilométrage affiché de 50 000 km n’est pas garanti par le vendeur, l’odomètre ayant potentiellement fait le tour ou été remplacé.

Cote actuelle et tendances de marché
Selon les données observées sur les plateformes spécialisées comme lesAnciennes et Collecting Cars, ainsi que les résultats des ventes Artcurial et RM Sotheby’s Europe des dernières saisons, la R5 Alpine atmosphérique connaît une progression régulière de sa cote. Les exemplaires d’origine bien conservés atteignent des niveaux que peu d’observateurs anticipaient il y a dix ans. Les voitures préparées pour la compétition historique constituent un sous-marché à part, dont la valeur dépend largement de la cohérence et de la qualité de la préparation.
| Génération / État | Fourchette basse | Fourchette haute | Tendance |
|---|---|---|---|
| R5 Alpine Atmospheric (1976-1981), état courant | 6 000 € | 12 000 € | ↗ Hausse modérée |
| R5 Alpine Atmospheric, très bon état d’origine | 12 000 € | 22 000 € | ↗↗ Hausse marquée |
| R5 Alpine préparée compétition historique | 15 000 € | 30 000 € | ↗ Variable selon préparation |
| R5 Turbo (1980-1985), référence du marché R5 sportive | 40 000 € | 90 000 € | ↗↗ Forte demande |
Sources : lesAnciennes, Collecting Cars, observations de marché 2025-2026.


L’exemplaire actuellement à vendre
Cette R5 Alpine de 1977 se présente dans sa robe bleue métallisée d’époque, avec le capot noir caractéristique, les extensions d’ailes et les phares auxiliaires qui signent immédiatement la version sportive. Les jantes alliage sont peintes en gris Alpine, un détail de cohérence visuelle qui témoigne du soin apporté à la préparation. Les décalcomanies et écussons sont en bon état pour une voiture de cet âge et de cet usage.
La voiture appartient à son propriétaire actuel depuis plus de onze ans. Elle a été achetée à Malte, pays au climat sec, ce qui explique en partie l’état de conservation général jugé très bon par le vendeur, malgré les légères traces de corrosion et le point de rouille relevés sur une porte lors du dernier contrôle technique.
À l’intérieur, la transformation est complète et assumée. Les sièges baquets, les harnais, les panneaux en fibre de carbone et les vitres en polycarbonate Makrolon témoignent d’une préparation pensée pour l’usage en compétition. La suppression de la banquette arrière, remplacée par un casier à casques, place définitivement la voiture dans la catégorie des outils de pilotage plutôt que des voitures de promenade.
Le moteur modifié développe 130 chevaux et la transmission est assurée par une boîte manuelle cinq vitesses. La suspension et les freins sont aux normes du Groupe II. Le vendeur précise que la voiture a un « palmarès éprouvé » en rallyes de régularité historiques et qu’elle est prête à participer aux événements VHR et VHRS. Le contrôle technique est valide jusqu’au 24 février 2028.
Un point administratif important : les numéros de série sont signalés comme ne correspondant pas. Cette anomalie ne disqualifie pas la voiture de facto, mais elle impose une vérification juridique et historique sérieuse avant toute transaction. C’est une condition non négociable pour sécuriser l’achat.
Les enchères se déroulent jusqu’au 17 septembre 2026. Au moment où nous écrivions cet article, le prix atteignait 6 500 €, le prix de réserve n’étant pas encore atteint.

Notre avis
Cette R5 Alpine 1977 ne s’adresse pas à tout le monde, et c’est précisément ce qui en fait un objet pertinent. Pour un amateur de rallyes historiques disposant des compétences techniques pour exploiter une voiture à ce niveau de préparation, elle représente un point d’entrée cohérent dans la compétition VHR/VHRS, avec une préparation déjà réalisée et un palmarès existant. Pour un collectionneur pur, en revanche, les modifications apportées à l’habitacle et à la mécanique l’éloignent de l’état d’origine, et l’anomalie sur les numéros de série devra impérativement être élucidée.
La transparence du vendeur sur les points faibles, notamment la déformation de longeron et la corrosion notées au contrôle technique, est appréciable et contribue à la lisibilité de l’annonce. Une inspection physique par un expert spécialisé en véhicules de compétition historiques reste indispensable avant d’enchérir.
Lien vers l’annonce de cette Renault 5 Alpine 1977 sur lesAnciennes


En résumé
La Renault 5 Alpine ‘Atmospheric’ de 1977 est l’une des premières hot hatches de l’histoire, née d’une philosophie sportive fondée sur la légèreté plutôt que sur la puissance brute. L’exemplaire proposé aux enchères sur lesAnciennes a été profondément préparé pour les rallyes de régularité historiques, avec un moteur porté à 130 chevaux, des freins et une suspension aux normes Groupe II, et un habitacle entièrement orienté vers l’usage sportif. Son propriétaire l’a conservée plus de onze ans après l’avoir achetée à Malte, dans un pays au climat favorable à la préservation des carrosseries. L’anomalie sur les numéros de série et les remarques du contrôle technique imposent une diligence raisonnable avant achat, mais la voiture est légalement circulable jusqu’en février 2028. Pour un pilote de régularité en quête d’une machine prête à l’emploi avec un historique de compétition, cette R5 Alpine mérite une attention sérieuse.

