Selon T&E, la majorité des pays de l’UE n’offrent pas d’incitations fiscales suffisantes pour accélérer l’électrification des flottes d’entreprise.
Les flottes d’entreprise jouent un rôle central dans la transition vers une mobilité plus durable en Europe. Pourtant, selon une étude publiée par l’organisation Transport & Environment (T&E), une large majorité des États membres de l’Union européenne ne met pas en place les leviers fiscaux nécessaires pour encourager les entreprises à adopter davantage de véhicules électriques. Cette situation pourrait freiner les objectifs d’électrification du parc automobile européen et ralentir la réduction des émissions liées au transport routier.
Les véhicules de société représentent un segment stratégique du marché automobile. Ils comptent pour environ 60 % des nouvelles immatriculations dans l’Union européenne et parcourent généralement deux fois plus de kilomètres que les véhicules particuliers avant d’être revendus sur le marché de l’occasion. Leur renouvellement constitue donc un levier majeur pour accélérer la diffusion des technologies électriques auprès des particuliers et soutenir la transformation du secteur automobile.
Malgré cet enjeu, T&E estime que les dispositifs fiscaux actuellement en vigueur dans une majorité de pays européens restent insuffisants pour rendre les véhicules électriques véritablement compétitifs face aux modèles à moteur thermique. Le coût d’acquisition plus élevé des voitures électriques continue de représenter un frein important pour de nombreuses entreprises, en particulier lorsque les avantages fiscaux accordés ne compensent pas cet écart.
Des incitations fiscales jugées insuffisantes
Selon l’étude, 18 des 27 États membres de l’Union européenne n’offrent pas un avantage fiscal suffisamment important pour encourager massivement le passage des flottes professionnelles vers des véhicules électriques. Si les voitures zéro émission bénéficient souvent d’une fiscalité plus favorable que les modèles à essence ou diesel, l’écart reste trop faible dans de nombreux pays pour influencer réellement les décisions d’achat des entreprises.
Cette situation complique la mise en œuvre des objectifs européens en matière de décarbonation des transports. Les autorités communautaires souhaitent réduire les émissions de dioxyde de carbone tout en soutenant l’industrie automobile européenne dans sa transition vers l’électrification. Or, l’absence d’incitations fortes ralentit l’adoption de nouveaux modèles électriques, qu’il s’agisse de berlines, de SUV, de véhicules premium ou de modèles destinés aux usages professionnels.
T&E souligne néanmoins que certains pays ont adopté des politiques plus volontaristes. La France et la Belgique figurent parmi les exemples mis en avant pour avoir instauré des dispositifs fiscaux favorables qui ont contribué à stimuler les immatriculations de véhicules électriques d’entreprise. Ces mesures ont permis d’améliorer l’attractivité des motorisations électriques face aux modèles thermiques traditionnels.
L’Allemagne pointée du doigt par T&E
À l’inverse, plusieurs grands marchés automobiles européens sont critiqués pour leur manque de réformes. L’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et la Pologne figurent parmi les pays où les incitations restent jugées insuffisantes pour accélérer la transition énergétique des flottes.
Le cas allemand est particulièrement mis en avant par l’organisation. Selon T&E, près de la moitié des États membres de l’Union européenne continuent d’accorder un avantage financier aux entreprises qui utilisent des véhicules à moteur thermique. En Allemagne, cet avantage représenterait un montant net pouvant atteindre 10 000 euros par véhicule.
Le pays constitue un marché particulièrement stratégique puisqu’il représente à lui seul 28 % des nouvelles immatriculations de voitures de société à carburant fossile dans l’Union européenne. Pour T&E, cette situation crée un paradoxe alors que l’Europe cherche à réduire sa dépendance énergétique aux produits pétroliers.
À l’opposé, la France applique une taxation pouvant atteindre 25 000 euros pour les voitures de société équipées d’un moteur à combustion, tandis que le Danemark impose une charge fiscale pouvant atteindre 37 000 euros. Ces écarts illustrent les différences d’approche entre les États membres dans leur politique de mobilité et leur soutien à l’électrification.
Entre transition écologique et enjeux industriels
Au-delà de la question environnementale, le débat s’inscrit également dans un contexte économique et industriel sensible. L’Union européenne cherche simultanément à réduire les émissions du secteur automobile et à renforcer sa base industrielle face à une concurrence internationale de plus en plus forte.
Selon T&E, les avantages fiscaux accordés aux véhicules de société pourraient devenir un outil de politique industrielle en favorisant les modèles électriques produits en Europe. L’objectif serait de soutenir l’emploi local, de limiter les importations énergétiques et de renforcer la compétitivité des constructeurs européens dans un marché mondial en pleine transformation.
Cette question intervient alors que les constructeurs automobiles européens font face à plusieurs défis. La demande pour les véhicules électriques demeure inégale selon les marchés et la concurrence de nouveaux acteurs internationaux, notamment asiatiques, s’intensifie. Dans ce contexte, certains gouvernements se montrent prudents face à toute mesure susceptible d’augmenter la fiscalité automobile.
L’Allemagne illustre cette complexité politique. Le gouvernement cherche à soutenir son industrie automobile tout en demandant davantage de flexibilité concernant les objectifs d’émissions. Berlin s’est également opposé aux propositions européennes visant à imposer une part plus importante de véhicules électriques dans les flottes d’entreprise.
Pour T&E, les différences de traitement fiscal observées entre les États membres montrent que l’Union européenne ne dispose pas encore d’une stratégie harmonisée pour accélérer la transition des flottes professionnelles. L’organisation estime que des signaux fiscaux plus forts pourraient contribuer à accélérer le renouvellement du parc automobile et à renforcer l’adoption des véhicules électriques sur l’ensemble du continent.
Notre avis, par leblogauto.com
L’étude de T&E met en lumière le rôle déterminant des flottes d’entreprise dans la transition vers la mobilité électrique. Les écarts de fiscalité entre les États membres montrent que les stratégies nationales restent très disparates malgré des objectifs européens communs. La France et la Belgique apparaissent comme des exemples plus avancés en matière d’incitation fiscale, tandis que l’Allemagne demeure au centre des critiques du secteur. Le débat illustre également les tensions persistantes entre ambitions environnementales, compétitivité industrielle et acceptabilité politique des réformes fiscales.


12 commentaires
C’est vraiment étonnant cette propension qu’ont les allemands à donner des conseils aux autres sans se les appliquer à eux-mêmes.
A part l’arrêt du nucléaire qui a été un choix fort et entièrement respecté (choix douteux d’un point de vue bilan CO2 mais justifiable si l’on considère les peurs infondées des usagers/électeurs), pour ce qui est de la réductions des GES c’est vraiment pas la joie en Allemagne:
Nucléaire arrêté, éolien et solaire backupé par charbon et gaz, aides aux voitures de sociétés thermiques, les allemands ne font pas trop d’efforts.
leur mix électrique est déplorable techniquement et met en danger la santé économique de la production élec en Europe, et ils continuent de subventionner l’industrie auto allemande thermique…
C’est au contraire cohérent : si chez eux un VE est un gazogène déporté autant continuer dans le VT c’est toujours moins dégueulasse que brûler de la houille…
Notez que c’est le cas a peu près partout dans le monde et qu’en conséquence c’est surtout de pousser au tout VE la connerie. On ne devrait les imposer que pour des citadines en l’état des densités énergétiques batteries et modes de production électrique.
le KWh allemand est en moyenne à 350 g de CO2 (2025)
si on regarde les valeurs WLTP:
un VE consomme en moyenne 16 kWh au 100
cela fait une moyenne de 56 g de CO2/km en Allemagne, 5 g CO2/km en France.
La moyenne du parc thermique allemand est à 130 g/km.
cqfd
correction, du précédent message
le KWh allemand est en moyenne à 350 g de CO2 (2025)
Si on regarde les valeurs WLTP:
un VE consomme en moyenne 16 kWh au 100
cela fait une moyenne de 56 g de CO2/km en Allemagne, 5 g CO2/km en France.
La moyenne du parc thermique allemand est à 165 g/km au roulage, auquel il faut ajouter bien entendu les émissions à l’extraction, transport, production.
cqfd
Niveau émissions extraction/raffinage, ce n’est pas compté pour tout ce qui entre dans une batterie de VE non plus… Ni la mine ouverte vs le petit trou dans la croûte terrestre.
Niveau émissions CO2/kWh, la houille/Lignite on est en moyenne au delà des 1000g. Et c’est ce à quoi ils poussent pour leur indépendance énergétique car ils ont plus de 2 siècles de réserve. Bref, si la moyenne est meilleure et se rapproche du gaz/fioul c’est probablement plus (surtout l’hiver) en raison du nucléaire qu’on leur vend que leurs « renouvelables ». Bref, retour à la case départ que j’évoque! Puis on ne vendra plus quand on n’aura plus d’excédents…
Alors faut pas noircir le tableau d’un côté et l’enjoliver de l’autre, surtout que le CO2 est un pb très secondaire devant les particules que ce mode de production électrique de porcif génère.
Messieurs, n’oubliez pas qu’avec les chargeurs bidirectionnels, une flotte de VE + des ENR fonctionnent très bien ensemble théoriquement.
Normalement, c’est une bénédiction pour soulager le réseau électrique.
Les incitations fiscales c’est bien, les normes et les règlements qui entravent le commerce c’est nettement moins bien.
Pour inciter les entreprises il faut rendre l’achat de véhicule thermique moins intéressant qu’en électrique pas, en donnant des € mais en prenant des €, ça coute bien moins cher à l’état et ça permet de financer des aides données ailleurs.
Bien sur ça ne peut pas s’appliquer sur tout.
Je vais répéter ce que j’ai dis il y a quelques années
L’erreur est de penser que la Chine mise uniquement sur l’électrique.
La Chine massivement électrifié en ville pour des raisons :
-de santé publique (les métropoles chinoises sont devenues respirables)
-et donc d’ordre public (pollution devenait un problème sérieux)
-strategique (moins dépendre des fossiles)
-industrielles (aller directement à des technologies de rupture au lieu de courrir derrière un tdi et y laisser trop d’effort)
-d’ecosteme et de sécurité : diversifier au maximum les énergies pour la première puissance industrielle mondiale est une nécessité
-De projection : développer la filière électrique va au delà de l’automobile. Ça concerne par exemple les robots (qui ont besoins de grande autonomie). Ils ont également une puissante industrie de drones. L’industrie auto s’inscrit dans cet écosystème.
La Chine ne développe pas uniquement la mobilité électrique. On vs vite stopper ce mythe. C’est un géant du thermique. Les distances en chine sont énorme.
Ils ont une puissante industrie thermique pour les hybrides, les poids lourds, les engins industriels, l’armée etc.
C’est une vision beaucoup plus globale qu’une stratégie uniquement axée sur la filière automobile.
Comme c’est une économie planifiée, tout ceci est lisible et vérifiable
Mais il faut se taper les sempiternels regrets d’avoir électrifié
Le paradoxe.
Les chinois n’ont pas fixé une ligne idéologique. La question n’a jamais été électrique oui ou non. La question q toujours été =montée technologique globale et économie tournée vers le futur répondant à des impératifs internes et stratégiques.
Le paradoxe est que l’UE a fixé une ligne idéologique certes louable mais trop idéologique.
On a un plan en chine établi par des scientifiques. En Europe, la vision est trop bureaucratique.
Et c’est un grand paradoxe j’allais dire.
Nb : par avance la réponse de sgl d’éternels questionnement victimaire illustrera la pensée.
Effectivement, les Allemands sont « bien gentils ».
Avant 2022, à fond pour le gaz et le pétrole russes… antinucléaires… le charbon pour compenser l’intermittence des EnR (une aberration écolo).
Ils ont du pain sur la planche pour donner l’exemple… même si nous aussi, 60 % des énergies consommées en France sont encore des énergies fossiles… bref, on est loin de pouvoir donner des leçons.
Maintenant, en 2026, quel intérêt pour les entreprises d’acheter des VT dans l’avenir !?
Pour les taxis, depuis au moins cinq ans (voire 10 ans), la question se posait déjà naturellement !
Maintenant, pour les poids lourds, même si le prix d’acquisition est triplé, la question se pose pour l’avenir immédiat.
Après, pour le plaisir de rouler en sportives thermiques… c’est une autre histoire, mais les patrons seront obligés d’assumer que les charges de l’entreprise sont pour leur plaisir… difficile a tenir en temps de crise.
Ici au Luxembourg l avantage en nature pour un ve est tres intéressant pour les employés. Le coefficient d imposition est de 0.6. Pour les vt et hybrides 2 depuis le debut d année.
Et les marques chinoises proposent des produits intéressants, vis a vis des certains généralistes européens.