Conduite niveau 3 : pari risqué pour l’auto

Les constructeurs accélèrent sur la conduite autonome niveau 3, permettant de quitter la route des yeux, malgré des doutes sur la sécurité.

Les constructeurs automobiles franchissent une nouvelle étape dans la course à la voiture autonome. Leur objectif : déployer des systèmes dits « les yeux fermés », permettant au conducteur de détourner le regard de la route pour envoyer un message ou utiliser un ordinateur portable, jusqu’à ce que le véhicule demande de reprendre le contrôle. Cette technologie, classée comme conduite autonome de niveau 3, marque un jalon intermédiaire vers l’autonomie complète, mais soulève d’importantes questions de sécurité routière, de responsabilité juridique et de viabilité économique.

Depuis plusieurs années, l’industrie automobile perfectionne les systèmes d’assistance à la conduite. Régulateur de vitesse adaptatif, maintien dans la voie, freinage d’urgence automatique : ces aides électroniques pilotent déjà la vitesse et la direction sous supervision humaine constante. Le niveau 3 ambitionne d’aller plus loin en autorisant le conducteur à se désengager temporairement de la surveillance active du trafic, sur certaines portions comme l’autoroute.

Pour les constructeurs, cette évolution représente une opportunité stratégique. Elle permettrait de valoriser les investissements massifs consentis dans les logiciels embarqués, les capteurs, les calculateurs et les architectures électroniques dédiées à la conduite automatisée.

Une nouvelle étape vers l’autonomie complète

Le niveau 3 s’inscrit dans une classification industrielle allant du niveau 1 — fonctions de base comme le régulateur de vitesse — au niveau 5, correspondant à une conduite totalement autonome dans toutes les conditions. Aujourd’hui, la quasi-totalité des véhicules équipés de systèmes avancés d’aide à la conduite sont classés niveau 2. Cela inclut notamment le dispositif Full Self-Driving proposé par Tesla, qui exige toujours que le conducteur garde les yeux sur la route.

Plusieurs constructeurs ont annoncé leur intention d’introduire la conduite autonome de niveau 3. Ford Motor prévoit ainsi d’équiper des modèles électriques abordables d’un système sans surveillance visuelle à partir de 2028. Doug Field, en charge des véhicules électriques, du numérique et du design chez Ford, estime que cette technologie permettra de faire gagner du temps aux automobilistes à un coût jugé accessible.

D’autres groupes comme General Motors et Honda Motor ont également dévoilé des projets similaires. L’objectif est clair : proposer une expérience de conduite plus confortable et semi-autonome, notamment sur autoroute, tout en maintenant une capacité d’intervention humaine.

Débat sur la sécurité et la responsabilité

Malgré cet engouement, le niveau 3 fait l’objet d’un débat croissant au sein du secteur automobile. Certains dirigeants et experts estiment que l’alternance du contrôle entre la machine et le conducteur pourrait s’avérer impraticable, voire dangereuse. Le moment où le véhicule demande au conducteur de reprendre la main constitue un point critique en matière de sécurité active.

Les enjeux de responsabilité juridique sont également au cœur des interrogations. En cas d’accident, la détermination de la responsabilité — constructeur, équipementier ou conducteur — devient plus complexe lorsque la conduite est partagée entre intelligence artificielle et supervision humaine intermittente.

Le développement de ces systèmes représente par ailleurs un investissement considérable. Selon une enquête récente du cabinet de conseil McKinsey & Company, le coût de mise au point d’un système de niveau 3 destiné à une utilisation autoroutière peut atteindre 1,5 milliard de dollars. Ce montant est environ deux fois supérieur à celui nécessaire pour des systèmes de niveau 2 capables d’opérer aussi en milieu urbain.

Paul Thomas, président de l’activité Amérique du Nord chez l’équipementier automobile Bosch, a déclaré ne pas savoir si le niveau 3 présente un intérêt financier suffisant. La question de l’acceptation par les consommateurs reste ouverte : la demande sera-t-elle au rendez-vous pour justifier ces investissements élevés en recherche et développement ?

Rentabilité et retour sur investissement en question

Il y a une décennie, l’industrie automobile prévoyait une généralisation rapide des voitures entièrement autonomes. Toutefois, les défis technologiques, les dépassements budgétaires et l’incertitude réglementaire ont freiné leur déploiement à grande échelle. En attendant le niveau 5, les constructeurs ont intégré progressivement des briques technologiques d’automatisation dans leurs gammes, améliorant les aides à la conduite tout en maintenant une surveillance humaine constante.

Certains acteurs remettent aujourd’hui en cause la pertinence du niveau 3. John Krafcik, ancien dirigeant de Waymo et membre du conseil d’administration du constructeur de véhicules électriques Rivian, estime que l’expérience ne justifie pas nécessairement les coûts engagés.

D’après McKinsey, plusieurs entreprises ont déjà réduit leurs ambitions dans ce domaine en raison des coûts élevés et des interrogations sur la sécurité. Elles privilégient désormais l’amélioration des systèmes de niveau 2, moins onéreux et déjà largement diffusés sur le marché automobile.

La conduite autonome de niveau 3 apparaît ainsi comme une étape intermédiaire stratégique mais incertaine. Entre innovation technologique, sécurité routière, cadre réglementaire et modèle économique, les constructeurs automobiles avancent sur un terrain complexe. La promesse d’une mobilité plus confortable et connectée devra convaincre à la fois les consommateurs et les régulateurs pour transformer l’essai industriel.

Notre avis, par leblogauto.com

Le niveau 3 représente une avancée technologique significative dans l’automatisation de la conduite. Toutefois, les interrogations sur la sécurité et la responsabilité restent centrales. Le coût de développement élevé pose également la question de la rentabilité pour les constructeurs. Le choix entre perfectionner le niveau 2 ou investir massivement dans le niveau 3 pourrait structurer la prochaine phase de la transformation automobile.

(3 commentaires)

  1. Quitter la route des yeux serait la panacée… c’est sans doute couteux en plus que d’être inutile.
    Des autos avec toujours plus d’assistants pour des conducteurs assistés et déresponsabilisés. Tout un programme qui devrait trouver un certain écho.

    ;

    1. L’idée étant que le conducteur soit en voiture comme dans le train, du moins dans certains environnement particulièrement adaptée au début, tel que les autoroute parce que c’est beaucoup plus facile.
      – Ségrégation du trafic, pas de vélo ou de piéton.
      – Sens unique, et personne à contre sens normalement.
      – Pas d’intersection ou d’arrêt, feu, stop, priorité

      Le conducteur pourrait donc faire autre chose, ce qui lui ferait gagner du temps.
      – faire la sieste.
      – avoir une conversation au téléphone ou en vidéo
      – utiliser le systeme multimédia pour un moment loisir.
      – travailler sur une tablette, ou un laptop.
      – …

      C’est ce temps gagnable qui doit être monétisé, à supposer bien sur qu’on gagne du temps, et pas seulement un peu de confort concernant le niveau d’attention nécessaire.

      Si c’est juste pour gagner un peu de confort, les systèmes de bonne qualité niveau 2 sur autoroutes peuvent bien suffire. On a juste a surveiller que la voiture suit bien le programme qui consiste à rester dans sa voie et a ne pas rentrer dans un obstacle devant elle.

      Pour le navéteur qui tape 1h aller 1h retour pour aller au taf, et dont le gros du trajet et sur autoroute ou voie semblable … pouvoir faire autre chose que regarder la route c’est gagner quasiment 2h par jours.
      – remplir son caddy pour le drive.
      – trouver un voyage au meilleur prix pour les vacances.
      – prendre des notes pour le projet du WE.
      – finir quelques mail avant de rentrer.
      – passer un peu de temps en visio avec ses gosses.
      – faire une petite sieste.
      – méditer
      – lire un bouquin
      – …
      Le genre de truc qui n’a pas de prix si ça marche vraiment.

      Et a terme avec les niveaux suivant, ta bagnole pourra toute seule aller chercher ton gosse à l’école, passer prendre tes courses au drive, et ramener tout ce petit monde à la maison.

      Puis plus tard venir te chercher au boulot …

  2. « Le moment où le véhicule demande au conducteur de reprendre la main constitue un point critique en matière de sécurité active ».
    Pas de problème si c’est au moment de sortir de l’autoroute de manière prévisible, avec un ou plusieurs message au préalable et un compte à rebours final.
    Mais si c’est en mode « Oulah je ne sais pas gérer la situation, reprenez immédiatement le volant ! » une seconde avant le crash pour que la voiture ne soit pas en mode autonome au moment de l’impact… Il va falloir être sacrément fort pour gérer la transition entre la constitution de la liste des courses du drive et la vraie vie 😭

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