L’UE pourrait remplacer les droits de douane sur les véhicules électriques chinois par un prix minimum à l’importation.
Les constructeurs automobiles chinois spécialisés dans les véhicules électriques ont enregistré une nette progression en Bourse après l’annonce de la Commission européenne concernant un possible changement de politique commerciale. Bruxelles envisage en effet la mise en place d’un système de prix minimum à l’importation, destiné à remplacer les droits de douane imposés depuis 2024 sur les véhicules électriques fabriqués en Chine. Cette perspective est perçue comme favorable par les marchés, notamment en raison de ses effets potentiels sur les marges, la compétitivité et la croissance des ventes des constructeurs concernés.
Une réaction immédiate des marchés financiers
L’annonce européenne a rapidement eu un impact sur les valeurs automobiles chinoises. À Hong Kong, l’action BYD Inc. a progressé jusqu’à 4,8 % lors des échanges, tandis que Xpeng Inc. a enregistré une hausse de 5,3 %. À Shanghai, les titres de SAIC Motor Corp. ont gagné jusqu’à 3,6 %. Cette dynamique traduit l’anticipation positive des investisseurs face à un environnement commercial potentiellement plus prévisible et moins pénalisant que le régime actuel de droits de douane, lesquels peuvent atteindre jusqu’à 35 % sur les véhicules électriques importés depuis la Chine.
Selon le projet présenté lundi par l’Union européenne, les exportateurs chinois seraient invités à soumettre une proposition incluant un prix minimum d’importation, des plafonds de volumes annuels ainsi que des engagements d’investissements futurs sur le marché européen. La Commission évaluerait ensuite ces propositions avant d’adopter le nouveau cadre. Ce mécanisme viserait à remplacer les droits antisubventions en vigueur, instaurés à l’issue d’une enquête d’un an menée par Bruxelles.
Un dispositif pensé pour remplacer les droits de douane
Les droits de douane supplémentaires imposés en 2024 visaient les véhicules électriques fabriqués en Chine, y compris ceux produits par des marques non chinoises telles que Tesla. L’Union européenne accusait alors les constructeurs de bénéficier d’avantages concurrentiels liés aux subventions accordées par Pékin. En réponse, la Chine avait ciblé plusieurs secteurs européens, notamment les produits laitiers, le porc et le brandy, faisant craindre une escalade commerciale.
Le système de prix minimum envisagé devrait toutefois être flexible afin de tenir compte de la diversité des modèles, des segments de marché et des catégories de véhicules. Cette flexibilité est jugée nécessaire pour s’adapter aux réalités du marché automobile électrique, caractérisé par une large gamme de citadines, berlines, SUV et véhicules premium. Pour certains constructeurs chinois, cette évolution pourrait représenter à la fois une opportunité et un défi, dans un contexte où la pression pour localiser la production en Europe reste forte afin d’éviter les barrières tarifaires.
Enjeux géopolitiques et concurrence sur le marché européen
Cette initiative s’inscrit dans un contexte géopolitique plus large. L’Union européenne cherche à renforcer ses relations commerciales avec d’autres partenaires alors que les tensions avec les États-Unis s’intensifient, notamment après les déclarations du président Donald Trump concernant le Groenland. Parallèlement, Bruxelles subit une pression croissante pour protéger son industrie automobile, confrontée à la montée en puissance de concurrents chinois proposant des véhicules électriques à des prix attractifs sur de nombreux marchés internationaux.
Les analystes estiment néanmoins que cette orientation pourrait soutenir l’expansion des ventes de véhicules électriques chinois en Europe. Selon Morgan Stanley, des acteurs majeurs comme BYD, SAIC et Geely devraient en bénéficier. Les chiffres d’exportation illustrent déjà l’importance du marché européen pour l’industrie automobile chinoise : au cours des onze premiers mois de 2025, la Chine a exporté 579 000 véhicules électriques à batterie vers l’Europe. BYD, SAIC et Zhejiang Geely Holding Group représentent chacun environ 10 % à 15 % de ces volumes.
Le positionnement tarifaire joue également un rôle clé. Le prix moyen des véhicules électriques fabriqués en Chine et vendus en Europe s’établissait autour de 25 000 euros l’an dernier, contre environ 30 000 euros pour la moyenne globale des importations de véhicules électriques à batterie. Cet écart explique en partie l’attrait des modèles chinois auprès des consommateurs européens et la vigilance accrue des autorités communautaires.
Notre avis, par leblogauto.com
Le projet de prix minimum à l’importation marque une évolution notable de la stratégie européenne face aux véhicules électriques chinois. Il pourrait offrir une alternative plus souple aux droits de douane, tout en cherchant à préserver l’équilibre concurrentiel du marché automobile. Cette approche semble également traduire une volonté d’apaisement commercial entre Bruxelles et Pékin, sans renoncer à la protection de l’industrie européenne. Reste à voir si les modalités concrètes du dispositif permettront de concilier compétitivité, investissements locaux et objectifs industriels à long terme.
Crédit illustration : leblogauto.
