Stellantis : les héritiers Peugeot en quête d’influence au conseil

Deux héritiers Peugeot se disputent un siège au conseil de Stellantis, symbole du recul progressif de l’influence française face aux Agnelli.

Deux héritiers de la dynastie industrielle Peugeot se retrouvent aujourd’hui en concurrence directe pour un siège au conseil d’administration de Stellantis NV, dans un contexte où l’influence historique de la famille française au sein du groupe automobile s’érode progressivement. Cette rivalité interne, rendue publique, constitue un événement inédit pour l’une des familles fondatrices du constructeur, plus d’un siècle après son entrée dans l’industrie automobile. Elle intervient alors que Stellantis traverse une période de turbulences stratégiques et de recomposition de ses équilibres de pouvoir.

Une rivalité familiale inédite au sommet de Stellantis

Robert Peugeot et Xavier Peugeot, deux représentants de la huitième génération de la famille, briguent le même poste d’administrateur. Cette situation contraste avec les pratiques traditionnelles du clan, historiquement attaché à une gestion discrète et consensuelle de ses intérêts industriels. Elle met en lumière les divisions anciennes de la famille, déjà visibles lors des épisodes qui ont marqué l’histoire récente de PSA avant la fusion avec Fiat Chrysler. Selon les observateurs, ces fractures internes ont contribué, au fil des décennies, à affaiblir la capacité des Peugeot à peser durablement sur la gouvernance du groupe automobile.

Cette concurrence intervient près de cinq ans après la fusion entre PSA Group et Fiat Chrysler, une opération présentée à l’époque comme une « fusion entre égaux ». Le nouvel ensemble, devenu Stellantis, regroupe aujourd’hui 14 marques automobiles, couvrant un large spectre allant des véhicules généralistes aux marques premium et de luxe comme Maserati. Dans les faits, l’équilibre des pouvoirs s’est progressivement déplacé en faveur des dirigeants italiens, notamment après l’éviction de l’ancien directeur général Carlos Tavares.

Gouvernance, fusion et basculement des centres de décision

Robert Peugeot, âgé de 75 ans, cherche à renouveler son mandat d’administrateur, qu’il occupe depuis l’accord de fusion de 2021. Vice-président de Stellantis, il a joué un rôle clé dans les négociations ayant conduit au rapprochement avec Fiat Chrysler, aux côtés de John Elkann, héritier de la dynastie Agnelli et président du groupe. Xavier Peugeot, 61 ans, dirige pour sa part la marque DS, dont les performances commerciales sont en retrait, et supervise également le patrimoine historique du constructeur. Son parcours est étroitement lié à l’entreprise, qu’il a intégrée il y a plus de trente ans via la division des concessionnaires de PSA.

Selon des sources proches du dossier, Xavier Peugeot pourrait adopter une posture plus active au sein du conseil, notamment pour défendre les intérêts français et tenter d’enrayer le déclin de certaines marques du groupe, dont Peugeot. Toutefois, le siège en jeu ne serait attribué que pour une durée de deux ans à partir de 2026, Stellantis ayant opté pour des mandats raccourcis afin de gagner en flexibilité dans sa gouvernance. Malgré cette échéance limitée, l’enjeu symbolique reste fort pour la famille Peugeot.

Un rapport de force défavorable face aux Agnelli

Au-delà des querelles familiales, la situation illustre le recul relatif des Peugeot face aux Agnelli dans la structure actionnariale de Stellantis. La holding Exor, contrôlée par la famille italienne, détient 15,5 % du capital et dispose de deux sièges au conseil d’administration. Les Peugeot, via leurs véhicules d’investissement, ne possèdent que 7,7 % des parts et un seul siège. Les accords de fusion prévoient toutefois une exception permettant à la famille française d’augmenter sa participation au-delà de 8 % et d’obtenir un second siège, sous certaines conditions et avec un soutien familial élargi.

Les tensions actuelles chez Stellantis s’inscrivent dans un contexte plus large de fragilisation des grandes dynasties automobiles européennes. Le secteur fait face à des défis majeurs, entre transition coûteuse vers l’électrification, concurrence accrue des constructeurs chinois et remise en question des modèles économiques traditionnels. Des situations comparables se retrouvent chez d’autres groupes, comme Volkswagen, où les familles Porsche et Piech doivent composer avec des intérêts divergents.

Depuis la fusion, l’évolution de la direction générale a renforcé l’influence italienne. Après le départ de Carlos Tavares, John Elkann a piloté la transition avant de nommer Antonio Filosa, vétéran de Fiat Chrysler, au poste de PDG. Ce dernier a engagé un vaste remaniement de la haute direction et lancé une revue approfondie des opérations industrielles et du positionnement des marques, y compris DS, Lancia et Maserati, dont les ventes restent en deçà des attentes.

Notre avis, par leblogauto.com

La rivalité entre Robert et Xavier Peugeot illustre les difficultés des familles fondatrices à conserver leur poids dans des groupes automobiles devenus mondiaux. Malgré leur héritage industriel, les Peugeot apparaissent aujourd’hui en position défensive face aux Agnelli. Les changements de gouvernance et l’évolution de l’actionnariat limitent la portée de cette bataille interne. À court terme, elle devrait surtout avoir une valeur symbolique, sans remise en cause majeure de la stratégie de Stellantis.

Crédit illustration : Peugeot.

(5 commentaires)

  1. C’est marrant parce-que pendant qu’on nous diverti avec une pseudo rivalité franco-italienne au sein de la gouvernance du groupe qui n’existe pas (hormis sur les forums de discussion entre les pro ex-FCA et ex-PSA), c’est bien les US qui prennent petit à petit le lead du groupe.

    J’ai lu récemment le livre de Tavares. Qu’on aime ou non le personnage, il raconte beaucoup de choses très intéressantes sur le groupe, et l’avant fusion. Notamment le fait qu’au moment de la fusion, FCA était largement dirigé depuis l’autre coté de l’Atlantique. Que c’était les américains qui avaient la main sur la grande majorité des décisions de l’ex FCA. La fusion avait selon lui rééquilibré la gouvernance et redonné de l’importance à l’Europe (FCA EU + PSA).

    Aujourd’hui on voit clairement qu’a nouveau les US reprennent la main. C’est dangereux pour les intérêts européens. Avoir un DG avec un nom Italien ne veut absolument rien dire si ce n’est rassurer les fanboys Fiat qui s’imaginent le retour de la « Forza Italia ». Ça fait un an qu’on en a la preuve qu’il ne se passe rien de nouveau si ce n’est ce basculement des forces coté US. Ce n’est pas ex-PSA VS ex-FCA qu’il faut mettre en confrontation. Mais bien PSA-FCA EU VS FCA US.

  2. L’article oubli de préciser que la partie française est à 14% (famille Peugeot + BPI) et sans compter Dongfeng.
    Ensuite, la partie italienne a su tirer parti de l’affaiblissement du gouvernement français (instabilité et faiblesse générale), au contraire de celui de Meloni qui est fort et ferme sur ses positions (les bras de fers successif avec Stellantis, notamment).
    Il y aussi le fait que Robert Peugeot a soutenu la nomination d’Antonio Filosa ce qui a sans doute contribué au départ de Maxime Picat (sentiment de trahison et de faiblesse de la partie française ?).
    On voit bien que toute la partie française est dans une situation de faiblesse totale, symbolisée par le départ de Tavares en décembre 2024 et la crise du Puretech.

    1. Alors Meloni et Stellantis cela ne fonctionne pas … les Agnelli étant plus américains qu’italiens … le gouvernement italien actuel est en profond désaccord avec la politique actuelle du groupe et ce ne sont pas les pauvres rustines qu’ils mettent en Italie. Ils veulent fermer des usines en Italie.

  3. Les Peugeot etaient majoritaires dans PSA mais quand le groupe a traversé sa plus grande crise ils l’ont abandonné à l’Etat français qui a été cherché de l’argent chinois pour maintenir à flot ce groupe. La résurrection de PSA c’est grâce à l’Etat français. Renault souhaite s’allier à FCA et Carlos précipite PSA dans les bras du fourbe PSA. Ben si les Peugeot veulent plus d’influence, qu’ils achètent des actions. Ils pèsent dans le groupe car l’Etat s’aligne sur leurs positions.

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