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Rétro – Le Mans 1970: le premier triomphe de Porsche

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Le Mans

Lors des 24 heures du Mans 1970, Porsche triomphait pour la première fois au classement général de la mythique épreuve d’Endurance, à l’issue d’une difficile course par élimination. Un scénario qui tombait à point nommé pour Steve McQueen !

Montée en puissance

Porsche participe à ses premières 24 heures du Mans en 1950 et collectionne rapidement des victoires dans les catégories inférieures, notamment la classe 1100cc en 1951 et 1952 avec Auguste Veuillet sur une 356. Dans les années 60, les Porsche 904 et 906 remportent plusieurs années de suite la catégorie Prototype 2 Litres puis les modèles 907/908 commencent à chercher la victoire au général. Redoutables sur de nombreuses pistes grâce à leur agilité, leur cylindrée de 3 litres était néanmoins handicapante au Mans face aux puissantes Ford GT40  V8 7 litres et prototype Ferrari 330 4.0 litres à moteur V12. En 1968, le changement de règlementation, qui limite les Prototypes à 3 litres de cylindrée et la catégorie Sport à 5 litres, semble ouvrir une voie royale à Porsche, puisque Ferrari, contraint de remiser ses 330 P4 au musée, boycotte l’épreuve et que la GT40 7 litres ne peut plus courir, mais Ford développe une version 4,9 litres de la GT40 qui rafle la mise face à la Porsche 908, à l’issue d’un final haletant.

917, l’arme absolue

Pour contrer les monstrueuses Ford et Ferrari et enfin décrocher la timbale, Porsche s’est alors engouffré dans une brèche règlementaire. La CSI ayant ajouté un amendement règlementaire ramenant de 50 à 25 exemplaires la production minimale pour obtenir l’homologation en catégorie Sport, Porsche prend le pari, coûteux et risqué, de développer un véritable prototype « déguisé » en voiture de sport et construit à 25 exemplaires : ainsi naquit la Porsche 917, une sorte de super-908 propulsée cette fois-ci par un flat-12 4.5 litres de 580 chevaux, conçue par Ferdinand Piëch et l’ingénieur motoriste Hans Metzger. Seulement, lors de sa première année de compétition, en 1969, la 917 s’avère peu fiable et très délicate à conduire, surtout à haute vitesse.

En 1970, la 917 est améliorée et son aérodynamique revue, avec la contribution de l’ingénieur français Robert Choulet, qui a travaillé sur la Matra M640 et que l’on retrouvera bien plus tard dans la conception de la Peugeot 905. La nouvelle 917 est déclinée en deux versions, une « LH » à longue queue  pour la vitesse de pointe et une courte « K » qui offre un meilleur équilibre, tandis que le V12 passe à 5 litres de cylindrée pou atteindre plus de 600 chevaux. Aux 24 heures 1970, sept Porsche 917 sont engagées, dont les voitures usine courant sous la bannière du John Wyer Racing (équipages Siffert-Redman, P.Rodriguez-Kinnunen et Hobbs-Hailwood) et de Porsche Salzburg. Martini Racing pour sa part engage une 917 à la livrée originale, qualifiée de « psychédélique », pilotée notamment par Gérard Larrousse. L’usine Porsche avait prévu d’engager une 4e voiture pour une sensationnelle paire Steve McQueen-Jackie Setwart, mais les assurances ne suivent pas et font capoter le projet.Porsche 917

Ferrari en challenger

Ford étant parti, seule Ferrari est en mesure de répliquer à Porsche dans la catégorie Sport reine. Renfloué grâce au rachat par FIAT en 1969, Ferrari a pu réinvestir l’Endurance et a développé rapidement une voiture répondant au nouveau Groupe 5, la 512S, dotée d’un V12 5.0 litres de 550 chevaux. 11 voitures du cheval cabré sont engagées en Sport, dont 4 par l’usine avec des paires de pilotes prestigieuses comme Ickx-Schetty, Regazzoni-Merzario et Derek Bell- Ronnie Peterson. Oui, l’Endurance est dans son véritable âge d’or ! Bien née et performante,  la 512S souffre néanmoins de défauts de jeunesse, là où la 917 a déjà une année de développement dans les jambes. Les besoins en refroidissement du V12 sont supérieurs au flat-12 Porsche et surtout, son châssis tubulaire – contrairement à celui de l’allemande entièrement en aluminium – lui vaut un surpoids de 100 kilos. Autre faiblesse, alors que Porsche soutient fortement ses écuries clientes, Ferrari n’apporte pas le même appui technique à ses clients en concentrant tous ses efforts sur les voitures usine.

Ferrari a connu une certaine poisse sur cette course

Hécatombe

Vic Elford a pris la pole position avec la Porsche-Salzburg 917 LH grâce à un chrono en 3’19 « 8, devant Nino Vaccarella, qui a roulé en 3’20″6 avec la Ferrari 512S. Des orages détrempent le circuit dans la nuit du vendredi au samedi, mais le temps est finalement sec et couvert au départ. Suite à l’accident mortel de John Woolfe au premier tour de l’édition 1969, l’ACO a supprimé le traditionnel «départ du Mans» où les pilotes s’élançaient en traversant au pas de course la piste pour sauter dans leur voiture. Cette année là, les voitures sont alignées en épi avec les pilotes entièrement ceinturés et attachés pour le départ. Comme un signe avant coureur, c’est Ferry Porsche qui agite le drapeau du départ pour célébrer la 20e année de participation de Porsche.

A l’issue du 1er tour, un trio Porsche mène la course avec Elford devant Siffert et Rodriguez, suivi par les Ferrari de Merzario et Vaccarella. Mais les 24 heures du Mans 1970 tournent rapidement à la course par élimination. Moins d’une heure après le départ, la Ferrari de Vaccarella et la 917 de Pedro Rodriguez abandonnent sur problème mécanique. Vers 17h30, la pluie commence à tomber sur le circuit du Mans. Au volant de sa 512, Reine Wisell, gêné par un concurrent et son pare-brise maculé d’huile, roule au ralenti aux abords du virage de Maison blanche quand un groupe de Ferrari 512S en bagarre arrive à pleine vitesse. Le différentiel de vitesse, de l’ordre de 160 Km/h, surprend tout le monde. Les voitures de Regazzoni et Parkes s’accrochent violemment avec Wisell et prennent feu, tandis que Derek Bell, qui a évité miraculeusement le crash mais abimé sa boite de vitesses, abandonne peu après. Ferrari est amputé d’un coup de 4 voitures !

Vers 20 heures, la pluie devient un déluge et les figures artistiques se multiplient. La 917 John Wyer de Hobbs-Hailwood est éliminée sur une sortie de piste. Autre évènement incroyable, en l’espace de 9 tours, les trois Matra-Simca (catégorie prototype 3 litres) abandonnent sur un bris de joints de piston, provoqué par une trop forte consommation d’huile ! Pendant la première partie de la nuit, c’est le festival Jacky Ickx. Le belge, réputé pour son talent sous la pluie, réalise une remontée fantastique au volant d’une Ferrari 512S. Entre les dépassements et les soucis des Porsche (crevaison pour Elford et explosion de pneu à haute vitesse pour Van Lennep, qui abandonne), Ickx passe de la 6e position jusqu’à la seconde au cœur de la nuit. Il se rapproche de la 917 de Jo Siffert, mais vers 1 h 45, ses freins arrière lâchent à l’approche du Virage Ford. Ickx percute le mur de sable qui, gorgé d’eau, catapulte la 512S en l’air. Le bolide rouge s’écrase en tuant un commissaire. Le belge est indemne, mais Ferrari est désormais éliminé de la course à la victoire. Quelques boucles plus tard, c’est au tour de Siffert d’abandonner, suite à un mauvais passage de vitesses qui a provoqué une casse moteur.

Au matin, 4 Porsche occupent la tête, avant que Elford ne s’arrête à son tour sur un ennui mécanique. La pluie finit par se calmer et la fin de course a permis de figer les positions. Hans Herrmann et Richard Attwood remportent la course dans leur Porsche Salzburg 917K avec 5 tours d’avance sur la 917 Martini Racing de Gérard Larrousse et Willi Kauhsen. Le podium est complété par une 908 confiée à Rudi Lins et Helmut Marko, qui devance les Ferrari clientes du NART et de l’équipe belge Francorchamps. Le triomphe est total pour Porsche, qui place 12 voitures sur les 16 seulement encore en piste à l’arrivée.

la 917 des vainqueurs

Légendes du cinéma

Les 24 heures du Mans 1970 sont restées célèbres pour la présence de Solar Productions, la société cinématographique de Steve McQueen, qui réalisa un long métrage appelé à devenir culte après sa sotie en 1971, Le Mans.  McQueen était arrivé 2e aux 12 Heures de Sebring plus tôt dans l’année et devait partager une Porsche 917 JWA avec Jackie Stwart, ce qui avait capoté comme expliqué précédemment. John Wyer a cependant fourni deux voitures et un certain nombre de mécaniciens pour réaliser les prises de vue, avec une 908 équipée de trois caméras de 35mm. Porsche a libéré leur conducteur d’usine Herbert Linge pour conduire la caméra-voiture, aux côtés de Jonathan Williams tandis que les Ferrari représentées à l’écran, pour pallier le refus d’Enzo Ferrari, ont été fournies par l’écurie Francorchamps.

La forte pluie et les restrictions de sécurité imposées par l’ACO sur les cameramen ont compliqué le tournage, qui s’est poursuivi après la course, Solar ayant loué la piste pendant 12 semaines, avec plusieurs dizaines de voitures à disposition et la participation de nombreux pilotes comme Attwood, Bell, Elford, Galli, Jabouille, Parkes, ou encore Siffert. Le plus grave incident impliqua David Pipera qui eut un accident à grande vitesse sur une Porsche. La voiture a percuté les barrières des deux côtés de la piste et s’est brisée en deux. Bien que Piper ait survécu, il a dû se faire amputer la jambe inférieure droite.Mans

images : wikimedia, pinterest

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7 Commentaires sur "Rétro – Le Mans 1970: le premier triomphe de Porsche"

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Zak
Invité

Merci pour cette évocation d’une très belle page d’histoire de l’endurance. Des 917, des 512M, Le Mans et un film : que demander de plus ?

Le Mans de Steve McQueen est le premier film consacré à la course automobile que j’ai vu au cinéma : quelle claque à l’époque en terme d’immersion ! Plus récemment j’ai vu le docu Steve McQueen The Man & Le Mans. Indispensable pour ceux qui ont aimé le film et qui veulent en savoir plus.

gigi4lm
Invité

@Zak : »Le Mans de Steve McQueen est le premier film consacré à la course automobile que j’ai vu au cinéma »
N’en regardez pas d’autres, vous serez déçu !

Thibaut Emme
Admin

Rush est pas mal.

Martin Jean
Invité

excellent article, 3 lignes avant la fin il faut lire David Piper (et non pas David Pipera) qui fut amputé du bas de sa jambe gauche (et non pas à droite), ce qui ne l’empêcha pas de courir toute sa vie sans aucune adaptation sur ses voitures. Il a explosé la 917K #013 qui c’est coupée en 2. Sa propre 917 #010 ayant été louée à un autre team.

Nico
Invité

L’ endurance avec un grand « E », voiture et aussi moto, c’est absolument une course qui se vit.
L’histoire du film « le Mans », bien qu’il fût un fiasco économique, est un super film, il vous prend aux tripes, il montre la réalité de la course de l’intérieur…

Nico
Invité

De même que Stewart…

Samuel
Invité

50 annèes plus tard , l’ingénieur français Robert Choulet travaille toujours pour la LMP1 avec Toyota .

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