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Carlos Ghosn is back : ce qu’il faut retenir de la conférence de presse

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Carlos Ghosn Beyrouth 2020

Plus de deux heures de conférence de presse, à Beyrouth, avec une séance de question-réponse. Une chose est certaine, Carlos Ghosn n’a rien perdu de sa gnaque et de sa verve.

Après avoir remercié en anglais, français et en arabe les personnes présentes, Carlos Ghosn a enchaîné en anglais et est revenu sur les pus de 400 jours derniers. Plus de 400 jours depuis sont arrestation fin 2018 à son arrivée au Japon, ses diverses mises en accusation, sa détention en prison, puis son assignation à résidence avant sa rocambolesque évasion.

Point par point, il a tenu à répondre aux accusations de la justice japonaise en fustigeant des points sans fondement selon lui comme sa rémunération indue qui n’aurait ni été encore décidée ni payée. Développant ses arguments, il a décrit un système de justice très dur et qui cherche à tout prix les aveux. Parlant aussi d’acharnement de la part du procureur, Carlos Ghosn a rappelé plusieurs reprises n’avoir rien contre les Japonais avec qui il s’entend très bien, ni contre le pays lui-même.

Pourquoi selon-lui se retrouve-t-il sur le banc des accusés ?

Après avoir réussi à ménager la chèvre et le chou au sein de l’Alliance et l’avoir amené au premier rang mondial automobile, Carlos Ghosn a déploré la situation catastrophique de Nissan, de Mitsubishi, de l’Alliance elle-même et de Renault. Selon lui, tout part de la loi Florange. Cette loi permet aux actionnaires depuis plus de 2 ans de doubler leur droit de vote. Renault a bien tenté comme la loi l’y autorise de bloquer ce droit de vote double, mais l’Etat s’était arrangé pour faire échouer cette tentative en augmentant sa participation dans Renault.

Et pour cause, l’Etat voulait les droits de vote doubles pour lui-même. Or, le partenaire au sein de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi possède grosso-modo autant d’actions de Renault que l’Etat, mais a renoncé à ses droits de vote. Pour les dirigeants japonais de Nissan, la loi Florange a déséquilibré le fragile équilibre de l’Alliance. Dès lors, selon C. Ghosn, il est devenu la cible de la justice japonaise (et du Ministère de l’industrie ?) pour mettre fin à l’Alliance.

Et Carlos Ghosn d’enfoncer le clou en expliquant qu’il avait déjà cédé les rênes de Nissan, qu’il se consacrait au rétablissement de Mitsubishi, et surtout, qu’il négociait en coulisse un rapprochement avec FCA Fiat Chrysler pour donner naissance à un géant à plus de 15 millions de véhicules vendus par an ! Très loin devant VAG ou Toyota.

Désormais, la fusion avec FCA est caduque et l’américano-italien est en train de se marier à PSA Peugeot Citroën. Ghosn a beau jeu de souligner le désastre pour Renault et l’Alliance.

Otage du Japon

Pour justifier sa fuite, « Je pensais que j’allais mourir au Japon, j’ai été l’otage du Japon, j’ai eu l’impression d’être l’otage d’un pays que j’avais servi pendant 17 ans, j’ai redynamisé une entreprise que personne n’avait pu redynamiser » déclare Ghosn.

L’ancien numéro 1 de l’Alliance Renault-Nissan a aussi ironisé sur les frais engagés par Nissan pour enquêter sur les fraudes supposées. Les sommes dépensées par le constructeur japonais dépasseraient les 200 millions d’euros, pour une fraude supposée de quelques dizaines de millions d’euros. L’ironie encore de mise pour parler des capitalisations boursières de Renault ou de Nissan. -34% pour le losange depuis novembre 2018 et le début de l’affaire, -38% pour sa filiale/partenaire Nissan.

Même pour certains dossiers français, c’est l’attaque. Selon lui, il n’aurait pas démissionné de Renault contrairement à ce qui a été dit. En conséquence, il compte bien faire valoir ses droits. Si cela s’avère, cela pourrait coûter cher en indemnités à Renault.

Lors des questions des plus de 150 journalistes présents sur place, Carlos Ghosn a sans doute eu « LA » réponse qui tue. A un journaliste américain qui lui demandait : « Et vous n’avez pas vu venir votre arrestation ? », Carlos Ghosn a répondu du tac au tac : « Et vous, vous avez vu venir Pearl Harbor ? ». Peut-être la seule accroche acerbe de l’ancien patron envers le pays qu’il dit apprécier.

Notre avis, par leblogauto.com

Evidemment, ce n’est qu’une conférence de presse, avec le point de vue d’un seul homme. Ce n’est pas un procès, ce n’est pas « la » vérité. Mais, on peut tout de même souligner le retour au premier plan du bateleur Carlos Ghosn. Loin du Japon, il peut librement s’exprimer et montrer les dents. Cela permet également d’avoir au moins un deuxième point de vue sur l’affaire.

Il n’y a pas que le Japon et le procureur qui en ont pris pour leur grade. En effet, la France, la loi Florange, en pointillé le ministre de l’Économie de l’époque, devenu depuis Président de la France, Emmanuel Macron, et les dirigeants actuels de Renault ont été « rhabillés pour l’hiver ». Ce n’est pas la première fois que la loi Florange et les droits de vote double sont pointés du doigt.

C’est surtout l’obstination du gouvernement d’alors qui a froissé Nissan. Carlos Ghosn voulait fusionner plus avant les deux groupes pour créer plus de synergies. Mais Nissan ne voulait pas être indirectement contrôlé par un état étranger, quitte à faire seppuku. Quant à l’attaque sur l’énorme occasion ratée de fusionner avec FCA, elle éclaire sous un nouveau jour l’épisode de non-fusion qui a suivi.

Chacun peut évidemment avoir sa conviction sur cette affaire, mais, Carlos Ghosn sorti de la cloche médiatique imposée par le Japon relance le tout de manière spectaculaire. Vivement la saison 2 ! (Référence à la rumeur de contrat avec Netflix, ce que C. Ghosn a démenti).

Illustration : Global News (capture d’écran)

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34 Commentaires sur "Carlos Ghosn is back : ce qu’il faut retenir de la conférence de presse"

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SGL
Invité

Carlos Ghosn… le nouveau Dreyfus du 21ème Siècle ? 😉

SGL
Invité

Ah, elle passe mal ma blagounette … Enfin en attendant les accusateurs ont tous au moins autant à se reprocher sinon plus !

beniot9888
Invité

Mon résumé, c’est :
– je suis innocent de toute accusation, c’est la justice qui s’acharne
– d’ailleurs j’ai des preuves, c’est juste que je ne pouvais pas les envoyer depuis le Japon parce que je n’avais plus de forfait, mis maintenant, je peux
– et pis après moi tout s’est effondré parce je suis le meilleur
– et si j’avais été là, j’aurais fait mieux que les autres avec Fiat
– et je ne vois pas le problème avec le fait de me faire offrir le château de Versailles.

Miké
Invité

Et c’est parfaitement résumé.

SGL
Invité

C’est effectivement un très bon résumé @benoit9888.
Là aussi, je ne comprends pas la signification des dislikes, @benoit9888 résume objectivement, il ne prend pas parti dans un sens ou dans un autre.
Je pense comme @Mike, quand il dit : « et c’est parfaitement résumé » par contre je n’ai pas, peut-être, la même conclusion !

Invité
Le chateau de Versailles, ca a été très bien expliqué. La facture montrait bien 0€, de ce qu’il a montré. A savoir qu’il avait payé de son côté 1 million pour restaurer une pièce. C’était donc un geste du chateau. Outre ce « détail », il a clairement aussi expliqué pourquoi il ne pouvait montrer ces preuves: la justice japonaise lui avait privé de tout accès à tout document. Tout (ses mails, ses ordinateurs etc) avait été confisqué. En outre, la juste japonaise l’empêchait, par jeux de chantage, de parler à la press librement. Regardez simplement la conférence. C’est assez clair et… Lire la suite >>
beniot9888
Invité

C’est une conférence de presse. C’est sa version à lui. Honnête ou hypocrite, on ne s’attendait de toute façon pas à ce qu’il confesse une quelconque culpabilité.
Pour Versailles, j’ai cru comprendre que sa défense était plutôt basée sur « c’est un événement professionnel, c’est donc normal que l’alliance Renault-Nissan bénéficie du prêt d’une salle alors que nous sommes de généreux donateurs ». Il nie donc, à mes yeux, avoir bénéficié de cette salle pour une événement privé, ce qui annule les accusations d’abus de bien social.

The Stig
Invité

Ah parce qu’on doit croire sur parole et sur scans de documents un fuyard?

SAM
Invité
« La saison 2 »? Vous êtes sérieux? Vous admirez le Monsieur? 😉 C’est admirable de parler d’injustice dans un pays qui se classe 143ème des pays les plus corrompus. C’est admirable de parler d’injustice alors que le peuple libanais se bat pour combattre les nantis qui ne passent jamais par la case justice. C’est admirable de braquer tous les projecteurs sur sur lui alors que Proche et Moyen Orient ont peur d’un dérapage entre l’Iran et les USA. Le Liban étant un de ces maillons faibles qui peut craindre un embrasement. C’est admirable d’avoir pousser Nissan à solder ses autos pour… Lire la suite >>
patdpau
Invité
Invité

Merci pour cet article qui date de Mars 2019, patdpau. Très pertinent… il y a 1 an, « l’ancien numéro 2 de Renault » était donc déjà capable de qualifier la défense du 08 Janvier 2020? Quel homme!

labradaauto
Invité
Ghosn n’a pas changé pour l’avoir écouté : Il est brillant ! J’ai aussi entendu Eric de Riedmatten, journaliste C news qui a connaissance du dossier. Je crois qu’il dit vrai et Il semble effectivement que Carlos Ghosn soit le fusible Japon/France dans cette affaire . J’ai toujours écrit, pas juge, pas d’avis. Je commence à discerner la rivalité nationaliste du Japon qui a craint que Renault, appuyé par le GVT français allait croquer Nissan au moment où C G avait pris décision d’aider Mitsubishi alors que Nissan ne margeait plus. Pour le Japon et Nissan , CG était le… Lire la suite >>
SAM
Invité
Au royaume de la désinformation, les amnésiques sont rois, nous pouvons citer nombres d’histoires malheureuses qui ont entouré le personnage : – Le Japon lui a donné carte blanche pour licencier, fermer et délocaliser en faisant de lui un demi-dieu. Alors on peut comprendre que le ressenti négatif soit d’autant plus grand si les faits qui lui sont reprochés s’avéraient véridiques. Sans jugement, nous ne savons pas le degré de son innocence ou de sa culpabilité. – Il ne faut pas oublier la période de suicides de 2006-2007 et celle de 2013 à 2017 découlant d’une tyrannie institutionnalisée chez Renault.… Lire la suite >>
greg
Invité

« – Que dire de la volonté d’un autre numéro deux qui souhaitait lui succéder et qui a été remerci »
Dans n’importe quelle entreprise, quand ton nr2 dit publiquement qu’il aimerait bien devenir nr1 chez ton concurrent (GM), tu le vires immédiatement. Sur ce point je ne peux qu’approuver.

Invité
« N’oublions surtout pas qu’il devait prendre sa retraite et qu’il a refusé prétextant qu’il mettrait en place une gouvernance pouvant lui succéder. Est-ce l’appât du gain qui a justifié qu’il joue les prolongations ? » Il est pourtant clair et assez officiel que celui lui a été offert alors qu’il allait partir. Ce n’est pas lui qui en a fait la demande, à priori. Quant à l’actualité au Liban, où est le rapport? C’est un autre domaine, un autre sujet, un autre combat, une autre histoire. Vous êtes en train de dire qu’un homme qui se trouve être immensément riche et… Lire la suite >>
SAM
Invité

Vive Luca de Meo, au revoir Carlos!

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