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Autoroutes : vers une dénonciation des contrats ?

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Les sociétés concessionnaires des autoroutes françaises sont montrées du doigt depuis plusieurs années comme étant des rentiers. Réagissant à une proposition de certains députés, le Premier Ministre n’exclut pas de « racheter » les contrats de concession. Vraiment ?

Des rentiers désignés coupables

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement s’en prend aux autoroutes. On se souvient de la sortie de Mme Royal, Ministre de l’Ecologie, qui proposait de rendre les autoroutes gratuites le dimanche, ou de baisser les prix des péages, fustigeant les milliards d’euros de rente des sociétés comme Vinci, Eiffage ou autre. « L’État, comme les automobilistes, est la vache à lait d’un système qui est une machine à cash pour des entreprises. Celles-ci ne restituent pas suffisamment cette rente en emplois. La solution que nous proposons est sérieuse et praticable » déclare Delphine Batho, ex-ministre de l’Ecologie et députée des Deux-Sèvres, qui a co-signé une proposition de 152 députés PS demandant de racheter les concessions.

Le calendrier est plutôt serré car si le 1er janvier passe, la concession ne peut plus être dénoncée pendant un an, renvoyant alors au 1er janvier 2016. Dans ce contexte, Manuel Valls ne s’est pas montré opposé à une telle éventualité, appelant à une remise à plat totale des conditions de concessions.

Vrai rachat ou moyen de pression ?

Mais il ne faut pas s’y tromper, l’Etat ne cherche pas à racheter les concessions pour ensuite les exploiter lui-même et ainsi en tirer les près de 2 milliards d’euros cumulés de bénéfices annuels (hors dividendes). Non ! L’Etat ne cherche pas non plus à faire baisser le prix des péages pour « redonner du pouvoir d’achat aux Français ». Non ! L’Etat cherche simplement à tordre le bras des sociétés concessionnaires en brandissant la menace d’un rachat de concession pour ensuite mieux les revendre. Pour mieux appuyer sa position, l’Assemblée a voté en première lecture une loi annulant une défiscalisation pour ces sociétés, annulation qui leur coûtera 3,6 milliards d’euros par an. Il ne reste plus qu’à faire voter le parlement et promulguer la loi.

Ainsi en position de force, l’Etat cherche à récupérer une grosse part du gâteau des péages, sans pour autant s’en occuper. D’une rente des sociétés d’autoroute sur le dos des conducteurs, on passerait à une double-rente Etat-privé mais toujours sur le dos des automobilistes. Vous imaginez facilement la suite avec un Etat intéressé directement à cette rente.

Le rachat complet des concessions est estimé à un peu plus de 20 milliards d’euros et les bénéfices cumulés des péages ont atteint plus de 1,8 milliards en 2013 avec, en plus, environ 2 milliards d’euros de dividende (soit 4 milliards au total par an). De quoi faire dire à certains qu’en 5 ans ce rachat est rentabilisé et qu’après cela, l’Etat possède une nouvelle rentrée d’argent modulable de plusieurs milliards d’euros. Mais ce scénario ne semble pas du tout envisagé à Matignon. Il reste 20 jours avant la fin de l’année pour y voir plus clair.

Source : AFP, illustration : Henry Salomé/Wikimedia

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2 Commentaires sur "Autoroutes : vers une dénonciation des contrats ?"

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JL
Invité

Il serait de bon ton également de retrouver les technocrates représentants du gouvernement, qui ont validé les termes de ces concessions. Je serais curieux de connaître quelles contreparties ils ont négocié à titre privé.

Dans un deuxième temps peut-être pourrions nous les guillotiner place de grève.

KifKif
Invité

La Fougue de la Jeunesse !
Guillotiné !!
Trop rapide !!!
Il faut savoir prendre son temps pour prendre son pied 3:-D

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