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Souvenirs, souvenirs: Groupe B

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Le Groupe B restera dans l’histoire du sport automobile comme le sommet du délire du rallye. Un application du règlement « silhouette » à la piste. Et ce qui rajoute à la légende, c’est le côté éphémère: à peine 4 saisons d’activité.A la fin des années 70, le championnat du monde est au milieu du gué. Ce n’est plus les épreuves de régularité et les marathons de la route, mais ce n’est pas encore une discipline professionnelle, avec un plateau stable. Le championnat constructeur existe depuis 1973, mais les marques ont pris l’habitude de ne courir que les épreuves où elles sont à peu près sûres de briller. De plus, il n’est pas rare de voir des privés s’imposer (cf. Ari Vatanen, champion 1981 avec une Ford Escort.)

La Lancia Stratos est l’une des premières voitures taillées sur mesure pour le rallye. En 1979, la FIA autorise les 4 roues motrices et Audi saute le pas. La Quattro sonne le début de la course à l’armement. Mais que faire lorsqu’on n’a pas de 4×4 au catalogue ? En 1982, la FIA remodèle les groupes. Les Groupe N sont des voitures quasiment de série, les Groupe A sont davantage préparées, enfin, en Groupe B, tout est permis -ou presque-. La Lancia Rally 037 n’a qu’un lointain rapport avec la Montecarlo (dont elle dérive théoriquement.) Elle décroche le premier titre de l’ère Groupe B, face à Audi. Opel, trop timoré avec la Manta B, est largué. En 1984, un troisième larron trouble le duel Audi-Lancia: Peugeot. Elle cumule le meilleur de ses deux rivales: 4 roues motrices et moteur central. Elle domine le championnat 1985. De quoi donner des envies à d’autres constructeurs: Citroën, Ford, MG et Toyota se joignent à la danse. Ferrari et Porsche trainent les pieds. Même Skoda et Lada songent à construire des Groupe B !

Les Groupe B ont empattement ultra-court, des ailes boursouflées, des ailerons imposants et surtout de monstrueux moteurs turbo de 400ch. Tout cela avec une nouvelle génération de pilotes au volant. Sans oublier la médiatisation naissante du rallye, avec des hélicoptères équipés de caméras qui donnent des images inédites. De quoi marquer les esprits des spectateurs.

Tout n’est bien sûr pas rose. Le premier problème, c’est l’homologation: la FIA impose 200 exemplaires d’une « street version ». Aucun problème pour Ferrari ou Porsche: les clients se bousculent. Ils sont moins nombreux à vouloir une Quattro ou une Rally 037 de route. D’autant plus qu’elles sont mal « civilisées ». Les rumeurs parlent de comptage « marseillais » ou d’invendus quasiment soldées.

Et il y a surtout la sécurité. A l’époque, tout le monde pense être maitre de ses moyens. Mais vu de 2013, la conception des voitures est très empirique. Ordinateurs et crash-tests sont encore rares. Le temps de réponse des turbos est aléatoire (de quoi créer des surprises…) La médecine d’urgence, la réanimation et l’imagerie sont encore balbutiantes. Quant à l’accidentologie, elle se servira des drames ultérieurs pour progresser.

Puissance maximale et sécurité minimale, les voitures sont un cocktail explosif. Au Tour de Corse 1985, Attilio Bettega (Lancia Rally 037) percute un arbre et se tue sur le coup. Au rallye d’Argentine, Ari Vatanen (Peugeot 205 T16) sort de la route, son baquet se détache et le Finlandais est grièvement blessé. Au rallye du Portugal 1986, Joaquim Santos (Ford RS200) perd le contrôle et fauche 3 spectateurs. Au Tour de Corse, on découvre l’épave calcinée de la Delta S4 d’Henri Toivonen et de Sergio Cresto au fond d’un ravin. A l’Hessen Rally, Marc Surer (Ford RS200) tue son copilote Michel Wyder, devant les caméras. Trop c’est trop; le public dit halte au massacre. Jean-Marie Balestre, le président de la FIA, sent qu’il peut faire une pierre deux coups. En interdisant les Groupe B, il se rendra populaire et en plus, il peut couper l’herbe sous le pied de la jeune fédération des constructeurs (la FOCA lui ayant laissé de mauvais souvenirs.)

Fin 1986, les Groupe B sont donc bannies. Les Groupe S, encore plus radicales, ne verront jamais la piste. De quoi laisser plein de scenarii alternatifs (Ford et MG clamant qu’avec un an de plus, ils jouaient le titre.) Comme prévu, la fédération des constructeurs explose. Peugeot enverra sa 205 T16 au Dakar. Les 405 T16 et ZX rallye-raid en sont directement issues. Audi ira à Pikes Peak (où il sera rejoint par Peugeot), puis il transformera ses Quattro en voitures d’IMSA. Plus généralement, le rallycross et le Trophée Andros accueilleront à bras ouverts les ex-Groupe B. Le plus incroyable est qu’aujourd’hui, près de 30 ans après, les Groupe B continuent d’impressionner. Audi, Lancia et Peugeot surfent encore sur leurs notoriétés!

Souvenirs souvenirs (1) Citroën Visa Lotus 1982Souvenirs souvenirs (2) Lancia Rally 037 1982Souvenirs souvenirs (3) Ferrari 288 GTO 1984Souvenirs souvenirs (4) MG Metro 6R4 1984Souvenirs souvenirs (5) Opel Manta B 400 1984Souvenirs souvenirs (6) Porsche 911 SC RS 1984Souvenirs souvenirs (7) Lancia Delta S4 1985Souvenirs souvenirs (8) Porsche 959 rallye des Pharaons 1985Souvenirs souvenirs (9) Citroën BX 4TC 1986Souvenirs souvenirs (10) Ford RS200 1986Souvenirs souvenirs (11) Toyota Celica Safari 1986Souvenirs souvenirs (12) Nissan Mid4 salon de Tokyo 1987

Crédits photos: Lancia (photo en une et photos N°2 et 7), Citroën (photos N°1 et 9), Ferrari (photo N°3), MG (photo N°4), GM (photo N°5), Porsche (photo N°6 et 8), Ford (photo N°10), Toyota (photo N°11), Nissan (photo N°12), Peugeot (photos N°13 et 17), Audi (photos N°14 et 15) et Renault Sport (photo N°16)

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15 Commentaires sur "Souvenirs, souvenirs: Groupe B"

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Fredditfre
Invité

On en serait au moins au niveau de la 208 t16 si la catégorie existait encore autant dire une folie sur certains rallye comme la corse.

trop
Invité

depuis quand c’est le public qui a demandé l’arret du groupe b ?
depuis quand ça a mis ballestre sur un piédestal ?
pourquoi ne pas avoir supprimer le gr A ou le wrc qui ont connus leurs lots d’accidents ?
on pousse personne a monter dans une voiture de course ou a les regarder du bord de la route alors laissez nous tranquille … des accidents il y en aura malheureusement toujours …

Sam Suphi
Invité

…Et des inconscients comme toi aussi !

T’es encore un soi-disant fan de rallyes qui n’aime voir que des crash et qui n’est surement jamais monté dans une auto de course.

Même si les risques sont acceptés par les pilotes, personne n’a envie de finir en merguez dans son auto de course…

xxx
Invité

Le public n’a pas forcément demandé l’arrêt, c’est une décision de la fédération, faut savoir lire.

Les pilotes n’ont pas été menacés pour conduire en groupe B, donc le risque de finir en chipo il le prenait avec conscience, comme en formule 1. C’était quand même autrement plus spectaculaire que le reste, sans chercher a voir des crashs avant tout …

Sam Suphi
Invité
Non, çà n’était pas plus spectaculaire. C’est totalement faux. Il suffit de regarder les vidéos de Mac Rae avec la Sub Gr A quelques années après pour se rendre compte que le spectacle n’a pas été moindre avec des autos moins puissantes. Le spectacle c’est pas les autos qui le font, ce sont les bons hommes qui sont au volant. C’est le talent de cuax qui tiennent le manche. La seule chose qui était spectaculaire c’était les centaines d’inconscients qui se mettaient au milieu de la route pour les voir de plus près. Si c’est çà que vous aimez dans… Lire la suite >>
trop
Invité
@ Sam Suphi J’adore toujours autant lire ça « T’es encore un soi-disant fan de rallyes qui n’aime voir que des crash et qui n’est surement jamais monté dans une auto de course » Je passe la majeure partie de mes week end dans le milieu du sport mécanique … Clairement les Gr. B ne nous ont pas offert les plus beaux passages ni des temps stratosphériques (leurs temps sur certaines spéciales et circuits ont certainement été tous effacés par des autos plus récentes et oins puissantes) mais il n’y avait rien de mieux a voir passer Sinon en rallycross aujourd’hui on… Lire la suite >>
Allegra
Invité

Ce qui a porté préjudice au Groupe B, à mon avis, ce ne sont pas tellement les voitures qui allaient aussi vite (ou presque) que nos WRC actuelles, c’est … l’inconscience du public amassé sur le bord des spéciales. Il y aurait du y avoir des mesures de prises bien avant les premiers accidents. Quand à la sécurité des voitures, je n’ai pas souvenir que les normes étaient très strictes dans ce domaine à l’époque.

leelabradaauto
Invité
Pour sur que le gr B est ce qu’on a vécu de plus intense ds le monde du rallye. à présent, on prend un champion de play station, on lui fait faire une formation conduite et il est le champion . Le gr. B : ce n’était pas ça.Il fallait savoir être pilote complet. en 2013 bcp de monde prend une licence à l’unique fédé et monte dans une auto de course. Pour mener une groupe B, il fallait des dons , de l’entrainement. NON ! Tout le monde n’était pas capable d’emmener ces autos comme à présent. Pour moi… Lire la suite >>
JiFa
Membre

« à présent, on prend un champion de play station, on lui fait faire une formation conduite et il est le champion « .

L’évennement américain de ce week-end aurait du suffir à te convaincre du contraire. Il y a encore beaucoup de personnes talentueuses qui ont ça dans le sang et qui sont capable de tenir des monstres de puissance tout ayant été victorieux avec une minable 106 rallye à leur début (et qui battait des m3 e30 au passage ^^)

pcur
Invité

Du grand n’importe quoi ce commentaire. Tout juste digne du balto du coin, il faut un talent exceptionnel pour mener une voiture de rallye, même aujourd’hui. On attends que toi pour mener la 208 T16 en 8min au sommet de Pikes Peak, vu que ça a l’air aussi simple que dans Gran Turismo…

zak
Invité

Les années du groupe 4 et du groupe B sont les meilleures que j’ai connues en rallye. Les voitures étaient fabuleuses et les rallyes de vraies épreuves d’endurance. Le WRC n’a jamais été à la hauteur avec des voitures au look banal et trop d’électronique. Les épreuves elles-mêmes sont devenues des simulacres de course : trop courtes et disputées sur de trop bonnes routes. Dommage, mais il reste de fabuleux souvenirs…

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