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Présentation de la Courage-Matis M0.11 électrique et interview d’Yves Courage

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L’ACO a toujours considéré les 24 heures du Mans comme un laboratoire de nouvelles technologies. Cela a permis au fil des ans de voir tourner sur le circuit de la Sarthe des voitures à turbine, à moteur rotatif, au bioéthanol ou encore parmi les premières voitures de compétition carburant au gazole. En 2011, c’est une LMP1 électrique qui fera son apparition. Pas vraiment une nouvelle technologie donc, mais un mode de propulsion très rare en course, contraintes techniques et réglementaires obligent.

Si les préparatifs de l’édition 2010 des 24 heures du Mans battent leur plein, certains pensent déjà à l’année prochaine. C’est le cas d’Yves Courage, qui a présenté vendredi dernier à l’Automobile Club de France les premières informations concernant la M0.11. Pourquoi ce nom ? M est là pour Matis, le partenaire principal de Courage sur ce projet. 0 renvoie à la motorisation « zéro émission » de ce proto d’un genre nouveau alors que 11 indique l’année d’engagement de ce proto.

Exit Courage Competition (absorbé par Oreca en 2007), c’est désormais sous la bannière de Courage Technology qu’est développé la M0.11. Matis, société de conseil en ingénierie dans le domaine des transports, est le partenaire principal de cette aventure. La M0.11 porte d’ailleurs le nom de Courage-Matis.

Ce projet est avant tout un défi de développement. En effet, si des moteurs existent sur le marché, aucun ne correspond exactement aux besoins de Courage. « Un moteur de compétition doit être conçu comme tel, qu’il soit thermique ou électrique » précise Yves Courage. C’est la société Phenix International qui s’occupe de cette partie, avec deux moteurs placés de part et d’autre du réducteur (qui proposera un ou deux rapports, selon les résultats des tests). Le tout développant une puissance nominale de 400ch, pour une puissance maximale de 800ch. De quoi conférer des performances dignes de ce nom à la M0.11, qui vise 315km/h en pointe.

Toutefois, Yves Courage n’espère pas être aux avant-postes dès sa première participation, visant un temps au tour de l’ordre de 3’55’’ sur le circuit de la Sarthe, ce qui correspond au milieu du peloton des LMP2. D’ailleurs, la M0.11 courra hors classement, comme avant elle la Rover-BRM à turbine lors de l’édition 1963, dont le rôle était tout aussi expérimental. Cette première expérience permettra donc à l’ACO de poser les bases d’un règlement spécifique pour ce type de propulsion.

Un point qui ne manque pas de susciter l’interrogation est celui des ravitaillements. La contrainte qui revient sans cesse lorsqu’on parle de voiture électrique est celui de l’autonomie. Courage a choisi la solution de l’échange de batterie. Un pack de 400 à 500kg de batteries lithium-ion (provenant de chez Accuwatt) est placé en position centrale arrière, là où on a plus l’habitude de trouver un V10 Judd. Leur remplacement dure environ 1’30’’ alors que leur autonomie est de 30 minutes en prenant pour référence le circuit de la Sarthe. La recharge est plus longue, une heure, pour des raisons de refroidissement. L’équipe disposera donc de cinq packs par voiture pour la course, de quoi assurer le rechargement plus une marge de sécurité. A noter qu’un système de récupération d’énergie au freinage permet d’augmenter l’autonomie de 10 à 20%.

On guettera donc sur la piste mancelle dès l’an prochain cette électrique, qui ne devrait pas être beaucoup moins bruyante que les diesel actuellement en course. Plus que le bruit, c’est le look qui devrait être remarquable. Hervé Poulain étant un des parrains du projet, on peut espérer une livrée signée par un grand nom de l’art pour cette Courage. Rappelons-nous la Venturi décorée par Arman ou la McLaren enjolivée par César, pour ne citer que quelques initiatives du célèbre commissaire-priseur.

Laissons maintenant la parole à Yves Courage, qui sera le premier à déverminer la M0.11 mais qui est surtout au centre de cette aventure.

Comment est né ce projet électrique ?

J’ai vendu Courage Compétition à Oreca il y a trois ans et depuis, aucun projet ne portait le nom de Courage. Cela a rendu malheureux quelques membres de la famille et l’idée a germé il y a deux ans de lancer un projet de prototype hybride. Mais cela impliquait d’utiliser des composants existants.  Donc on est partis sur de l’électrique. Et à partir de là, on a rencontré un scepticisme énorme. Comme tout le monde disait « Ils n’y arriveront jamais », on s’est dit « on va le faire ». On n’a pas appréhendé ça comme un projet fou. On avait la volonté de construire quelque chose de durable. Ensuite, ça a été une question de rencontres. S’il y a quelque chose que Courage sait très bien faire, c’est s’entourer des bons partenaires et les fédérer pour en faire une famille. C’est le cas avec Matis. Nous avons placé la barre très haut, que ce soit en termes de performance ou de timing. Les premiers tours de roues sont prévus pour la fin de l’année. Pour réussir un défi comme celui-là, il faut une équipe de passionnés. Un esprit commando.

Quelles sont vos ambitions à terme ?

Tout d’abord, l’élaboration du règlement pour la catégorie des voitures électriques, conjointement avec l’ACO (la M0.11 courra hors-classement, NDLR). L’idéal pour une électrique serait une configuration à quatre roues motrices. C’est typiquement le genre de points que nous allons proposer. Question performances, nous espérons être au niveau des LMP2 en 2011. On ne pouvait pas partir d’une feuille blanche, c’est pour ça que nous avons pris un châssis Courage déjà existant.

L’intégration des éléments a donc posé quelques contraintes. Et sur la nouvelle voiture prévue pour 2012, nous voulons contourner ces contraintes. Transformer ce qui sont actuellement des inconvénients en avantages, grâce à une conception spécifique. Et c’est possible, même s’il est encore trop tôt pour en parler.

Pensez-vous que le futur du sport automobile passe par l’électrique ?

J’imagine qu’il y aura une place de plus en plus importante pour les électriques. Mais la solution ne sera pas unique et il faut aussi surveiller de près la pile à combustible. Maintenant, les règlements ont aussi leur importance et auront même une grande part dans le développement de telle ou telle technologie. C’est pour cela que nous voulons travailler avec l’ACO, dont l’ouverture d’esprit nous permettra d’engager un proto totalement électrique dès l’an prochain.

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