Volkswagen suspend le projet d’usine Audi aux États-Unis, pénalisé par les droits de douane américains et un contexte économique incertain.
Volkswagen AG revoit ses ambitions industrielles en Amérique du Nord. Le groupe automobile allemand a confirmé que ses projets de construction d’une usine Audi aux États-Unis étaient actuellement à l’arrêt. En cause : l’impact financier des droits de douane imposés par l’administration du président Donald Trump sur les constructeurs automobiles européens, ainsi que l’absence d’accord satisfaisant concernant d’éventuelles incitations locales. Cette décision illustre les difficultés croissantes rencontrées par les groupes automobiles mondiaux fortement dépendants de chaînes de production internationales.
Un projet ancien fragilisé par le contexte commercial
Volkswagen réfléchit depuis plusieurs années à l’implantation d’un second site de production sur le sol américain. Dès 2018, lors du premier mandat de Donald Trump, le constructeur envisageait déjà une usine destinée à la marque Audi. À l’époque, les discussions avaient été encouragées par la perspective de subventions et d’aides publiques susceptibles de rendre l’investissement économiquement viable.
Selon Oliver Blume, président-directeur général de Volkswagen AG, ce calcul économique a profondément changé. L’instauration de droits de douane sur les importations de véhicules européens a lourdement pesé sur la rentabilité du groupe. Le dirigeant a indiqué que les coûts liés à ces tarifs douaniers ont atteint 2,1 milliards d’euros sur les neuf premiers mois de 2025. Dans ces conditions, la capacité de financement de nouveaux investissements industriels majeurs s’en trouve réduite.
Le dirigeant souligne que, sans évolution du cadre tarifaire, il devient difficile de justifier de lourds engagements financiers. Volkswagen insiste désormais sur la nécessité de réduire les coûts à court terme et d’obtenir des conditions commerciales stables et prévisibles à long terme avant d’envisager toute nouvelle implantation industrielle.
Le marché américain, un enjeu stratégique difficile
Les États-Unis représentent le deuxième plus grand marché automobile mondial et constituent un objectif stratégique pour Volkswagen. Le groupe cherche depuis plusieurs années à y renforcer sa présence, mais peine à rivaliser avec des acteurs bien implantés comme Toyota Motor Corp. Les difficultés sont particulièrement marquées sur le segment des grands SUV de luxe, très prisés par une clientèle aisée américaine, où Audi accuse un certain retard.
Face à ces obstacles, Oliver Blume est revenu sur un objectif antérieur visant une part de marché de 10 % aux États-Unis. Désormais, la stratégie du groupe se veut plus progressive. L’an dernier, la part de marché de Volkswagen aux États-Unis s’élevait à environ 4 %, un niveau qui souligne les défis persistants rencontrés par le constructeur sur ce territoire.
Les droits de douane ont également mis en lumière les vulnérabilités des constructeurs dépendants de réseaux de production mondiaux. Contrairement à BMW et Mercedes-Benz, qui produisent certains SUV directement aux États-Unis, Audi assemble des modèles clés comme le SUV Q5 dans son usine mexicaine. Ces véhicules ne bénéficient pas d’importations en franchise de droits, ce qui réduit leur compétitivité sur le marché américain.
Des options industrielles toujours à l’étude
Malgré la suspension actuelle du projet, Volkswagen n’abandonne pas totalement l’idée d’une usine Audi aux États-Unis. Le groupe dispose déjà d’une présence industrielle dans le pays, notamment avec son site de Chattanooga, dans le Tennessee, où sont produits des véhicules de la marque Volkswagen. Par ailleurs, une nouvelle usine de 2 milliards de dollars est en cours de construction en Caroline du Sud. Ce site sera dédié à la production de véhicules tout-terrain robustes sous la marque relancée South Motors.
Oliver Blume a également mentionné que Volkswagen possède un vaste terrain en Caroline du Sud, qui pourrait potentiellement accueillir une future usine Audi. D’autres États américains auraient également manifesté leur intérêt. Toutefois, aucune décision concrète n’a été prise à ce stade, les discussions n’ayant pas encore abouti à une solution jugée économiquement satisfaisante.
Le dirigeant insiste sur la logique économique qui guide ces choix industriels. Selon lui, les investisseurs qui créent des emplois et de la valeur ajoutée ont besoin d’avantages compétitifs en matière de coûts. Bien que les échanges avec les autorités locales aient été décrits comme équitables et constructifs, aucun compromis n’a encore permis de relancer le projet.
Parallèlement, Volkswagen finalise les détails de son plan quinquennal d’investissement. Celui-ci a été revu à la baisse, passant de 180 milliards d’euros à 160 milliards d’euros par rapport à il y a deux ans. Ce budget couvre les dépenses liées aux usines, au développement de nouveaux modèles et aux technologies émergentes, notamment les logiciels. Le plan devrait être présenté en mars, en même temps que la publication des résultats financiers annuels du groupe.
Notre avis, par leblogauto.com
La suspension du projet d’usine Audi aux États-Unis illustre l’impact direct des politiques commerciales sur les stratégies industrielles des constructeurs automobiles. Volkswagen se retrouve contraint d’arbitrer entre ambition de croissance et discipline financière dans un contexte de droits de douane élevés. Cette situation met également en évidence l’importance croissante de la production locale pour rester compétitif sur le marché américain. À court terme, le groupe semble privilégier la consolidation de ses investissements existants plutôt qu’une expansion industrielle risquée.
Crédit illustration : Audi.
