Subventions auto en Chine : un virage risqué pour 2026

La Chine révise sa prime à la casse pour 2026, favorisant les modèles plus chers et fragilisant les constructeurs automobiles à bas prix.

La Chine a décidé d’ajuster son programme de subvention à la reprise automobile, une mesure qui pourrait profondément influencer le marché des voitures neuves dès 2026. Présentée comme une prolongation d’un dispositif de soutien à la demande, cette évolution introduit néanmoins des conditions plus strictes, susceptibles de pénaliser les constructeurs positionnés sur les véhicules à bas prix, notamment dans le segment des véhicules électriques et hybrides rechargeables.

Une prime à la casse recentrée sur les modèles plus chers

Selon les autorités chinoises, dont le principal organisme de planification économique, les consommateurs achetant un véhicule à énergie nouvelle — une catégorie qui inclut les voitures électriques et les hybrides — pourront bénéficier d’une remise de 12 %, plafonnée à 20 000 yuans, à condition de mettre au rebut un ancien véhicule thermique ou électrique immatriculé avant 2019. Ce dispositif concerne uniquement les véhicules envoyés dans des centres de recyclage agréés par le gouvernement.

Cependant, pour obtenir le montant maximal de la subvention, le prix du véhicule neuf devra atteindre au moins 166 700 yuans. Cette exigence marque un tournant par rapport aux politiques précédentes et pourrait inciter les acheteurs à se tourner vers des modèles plus onéreux. À l’inverse, elle risque de réduire l’attrait des citadines électriques et des modèles d’entrée de gamme, qui constituent pourtant une part majeure des ventes automobiles en Chine.

Les constructeurs à bas prix sous pression

Les fabricants spécialisés dans les véhicules abordables pourraient être les premiers touchés. BYD, Zhejiang Leapmotor Technology et Geely Automobile figurent parmi les marques concernées, leurs modèles affichant des prix moyens inférieurs au seuil requis pour bénéficier pleinement de la prime. À titre d’exemple, le prix de vente moyen de BYD s’élevait à 107 000 yuans en novembre, bien en dessous du niveau nécessaire pour maximiser l’aide publique.

Les réactions des marchés financiers ne se sont pas fait attendre. Les actions de BYD et de Leapmotor ont reculé de plus de 2 % à Hong Kong, tandis que celles de Great Wall Motor et de Xpeng ont progressé de plus de 3 % avant de modérer leurs gains. Cette divergence illustre les inquiétudes des investisseurs face à une politique susceptible de redistribuer les cartes au sein de l’industrie automobile chinoise.

Un soutien à la demande devenu incertain pour 2026

Si la prolongation du programme de reprise est perçue comme un signal positif, son efficacité future reste incertaine. Le retrait anticipé du dispositif dans certaines régions cette année a déjà eu un impact notable sur les ventes de voitures neuves, avec une baisse de 8 % enregistrée en novembre, période traditionnellement favorable aux immatriculations. Cette contraction intervient dans un contexte déjà tendu, marqué par la suppression progressive d’une exonération fiscale sur les achats de véhicules électriques et par une concurrence exacerbée entre constructeurs.

Les analystes soulignent que plus de 60 % des voitures neuves vendues en Chine sont proposées à moins de 200 000 yuans. La réduction des aides pour ces véhicules, tout en maintenant des subventions attractives pour les modèles de milieu et haut de gamme, pourrait donc peser sur le volume global des ventes automobiles. Certains experts anticipent ainsi une baisse annuelle de 5 % des ventes en gros de véhicules de tourisme l’an prochain, en partie en raison du recul des politiques de soutien gouvernementales.

Les nouvelles règles introduisent également une modulation plus marquée de la subvention en fonction du prix du véhicule. Plus le tarif est bas, plus la réduction de l’aide est importante en proportion. À titre d’illustration, un acheteur d’une citadine électrique BYD Seagull, affichée à partir de 69 800 yuans, aurait bénéficié d’une remise de 20 000 yuans en 2025. Avec les conditions prévues pour 2026, cette aide tomberait à environ 8 400 yuans.

Enfin, les autorités espèrent que ces ajustements permettront de limiter certaines pratiques frauduleuses observées ces derniers mois. Des concessionnaires auraient profité du système en immatriculant des véhicules électriques neufs à bas coût pour les revendre comme voitures d’occasion à « kilométrage zéro », afin de capter les subventions. L’épuisement prématuré des fonds dans certaines régions a contribué à la révision du programme.

Notre avis, par leblogauto.com

La révision de la prime à la casse chinoise traduit une volonté de mieux cibler les aides publiques, mais elle introduit un risque réel pour les volumes de ventes. En favorisant les véhicules plus chers, le dispositif pourrait accentuer les difficultés des constructeurs positionnés sur l’entrée de gamme. Dans un marché déjà confronté à une surcapacité et à une guerre des prix, l’impact sur la demande globale reste incertain. La mesure pourrait néanmoins contribuer à assainir certaines dérives observées dans le réseau de distribution.

Crédit illustration : leblogauto.

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