SK On accélère dans les batteries de stockage d’énergie

SK On réoriente sa stratégie vers le stockage d’énergie aux États-Unis et vise 10 GWh de contrats dans un marché porté par l’IA et les renouvelables.

Le groupe sud-coréen SK On, filiale spécialisée dans les batteries de SK Innovation, intensifie son développement sur le marché américain du stockage d’énergie. Dans un contexte de transition plus progressive vers les véhicules électriques, l’entreprise revoit sa stratégie industrielle et commerciale afin de diversifier ses débouchés technologiques. Elle ambitionne désormais de sécuriser au moins 10 gigawattheures de contrats aux États-Unis dès cette année dans le domaine des systèmes de stockage d’énergie, un segment en pleine expansion porté par la croissance des centres de données et l’essor des énergies renouvelables.

Historiquement associé aux batteries destinées à l’automobile, SK On compte parmi ses clients plusieurs constructeurs majeurs, notamment Ford, Hyundai et Kia. Mais face aux évolutions du marché, le groupe adapte son positionnement industriel et accélère la production de cellules lithium-fer-phosphate (LFP), une technologie de batterie largement utilisée dans les systèmes de stockage stationnaire.

Une stratégie industrielle réorientée au-delà de l’automobile

La stratégie de SK On s’inscrit dans un contexte de transformation du marché de la batterie, étroitement lié à celui de l’automobile électrique. Pendant plusieurs années, l’entreprise s’est concentrée sur des batteries haute performance à base de nickel, privilégiées pour leur densité énergétique et leur capacité à alimenter des véhicules électriques performants.

Cependant, la technologie LFP, longtemps considérée par certains industriels sud-coréens comme une solution moins sophistiquée dominée par les fabricants chinois, s’impose aujourd’hui comme un standard pour les systèmes de stockage d’énergie. SK On cherche désormais à combler son retard dans ce segment en forte croissance.

L’entreprise basée à Séoul a signé en septembre dernier son premier contrat dans ce domaine avec Flatiron Energy Development, une société américaine spécialisée dans les infrastructures énergétiques. Selon les responsables du groupe, cet accord a marqué le point de départ d’une dynamique commerciale plus large, avec une augmentation notable des demandes de la part d’acteurs du secteur énergétique.

Les discussions en cours concernent notamment des développeurs privés de systèmes de stockage d’énergie ainsi que des entreprises travaillant pour les grands acteurs du numérique. Une annonce concernant de nouveaux contrats pourrait intervenir dès cet été.

L’essor des centres de données et de l’intelligence artificielle

Le développement rapide des centres de données constitue l’un des principaux moteurs de cette demande énergétique. Les grandes entreprises technologiques, souvent désignées sous le terme d’« hyperscalers », investissent massivement dans des infrastructures informatiques de grande capacité afin de soutenir les services numériques et les applications liées à l’intelligence artificielle.

Dans ce contexte, la demande en électricité et en solutions de stockage fiables et performantes augmente fortement. Les batteries jouent un rôle clé dans l’équilibre des réseaux énergétiques, permettant de stocker l’électricité produite par les énergies renouvelables et de la restituer lors des pics de consommation.

SK On entend profiter de cette dynamique. L’entreprise prévoit de redéployer environ 20 % de sa capacité mondiale de production, actuellement estimée à 100 GWh, vers des cellules spécifiquement destinées aux systèmes de stockage d’énergie.

Les perspectives de croissance du marché sont significatives. Selon certaines prévisions sectorielles, la demande d’électricité provenant des centres de données américains pourrait plus que doubler d’ici 2035 pour atteindre 78 GWh, soit près de 9 % de la consommation totale d’électricité aux États-Unis. Parallèlement, le marché américain des batteries ESS pourrait atteindre environ 130 GWh d’ici 2030.

Réorganisation industrielle et innovations technologiques

Cette évolution stratégique intervient après une période de restructuration pour SK On aux États-Unis. En décembre dernier, l’entreprise a mis fin à sa coentreprise avec Ford, seulement quatre ans après l’annonce d’un projet industriel de 11 milliards de dollars visant à construire plusieurs usines de batteries et une chaîne d’assemblage de pick-up électriques.

Cette décision a entraîné une dépréciation financière importante et une réduction significative des effectifs sur le site industriel de Géorgie. En Corée du Sud, des dispositifs de départ volontaire et de congés non rémunérés ont également été proposés à certains salariés.

Dans le cadre de sa nouvelle stratégie, SK On prévoit de convertir certaines lignes de production initialement dédiées aux batteries pour véhicules électriques en lignes destinées aux systèmes de stockage d’énergie. Des installations situées en Géorgie ainsi que sur le site du Tennessee issu du projet avec Ford devraient ainsi être réorientées vers cette activité.

Par ailleurs, l’entreprise mise sur l’innovation technologique pour renforcer sa compétitivité face à ses rivaux asiatiques. Elle développe notamment une technologie de sécurité appelée spectroscopie d’impédance électrochimique. Ce système permettrait de détecter des anomalies dans une batterie au moins trente minutes avant un événement thermique, contribuant ainsi à prévenir les risques d’incendie dans les installations de stockage.

Cette technologie a déjà permis à SK On de remporter plus de la moitié du volume d’un appel d’offres de systèmes ESS lancé par le gouvernement sud-coréen pour un montant d’environ un trillion de wons. En parallèle, l’entreprise poursuit le développement d’une nouvelle génération de batteries LFP plus performantes, dont la production de masse est envisagée à l’horizon 2028.

Notre avis, par leblogauto.com

La réorientation de SK On vers le stockage d’énergie illustre l’adaptation stratégique des industriels de la batterie face aux évolutions du marché automobile et énergétique. Le ralentissement relatif de la transition vers le véhicule électrique pousse les fabricants à diversifier leurs activités. L’essor des centres de données et de l’intelligence artificielle ouvre de nouvelles opportunités industrielles pour les technologies de batteries. Reste à observer si SK On parviendra à rattraper son retard sur un marché déjà très concurrentiel dominé par plusieurs acteurs asiatiques.

Crédit illustration : SK On.

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