Hyundai face à l’impasse du rachat de son usine russe

Hyundai ne peut pas racheter son ancienne usine russe avant l’échéance, sur fond de guerre en Ukraine et de sanctions pesant sur l’industrie auto.

Hyundai Motor Group se retrouve confronté à une situation délicate en Russie. Selon une source proche du dossier, le constructeur automobile sud-coréen n’est actuellement pas en mesure d’exercer l’option de rachat de son ancienne usine de Saint-Pétersbourg, cédée l’an dernier à un groupe russe. Cette clause contractuelle, incluse lors de la vente du site industriel, arrive à expiration dès le mois prochain, dans un contexte géopolitique toujours marqué par la guerre en Ukraine et les sanctions internationales.

Une usine stratégique cédée à prix symbolique

Avec sa filiale Kia, Hyundai figurait autrefois parmi les principaux constructeurs automobiles étrangers implantés en Russie. L’usine de Saint-Pétersbourg constituait un pilier industriel majeur, capable de produire plus de 200 000 véhicules par an, notamment des modèles Hyundai et Kia destinés au marché local. Les activités avaient toutefois été suspendues dès mars 2022, un mois après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, en raison des sanctions occidentales qui ont fortement perturbé les chaînes d’approvisionnement, les flux financiers et la logistique du secteur automobile.

En 2024, Hyundai a finalement cédé 100 % de cette installation au groupe automobile russe AGR pour la somme symbolique de 140 000 wons, soit environ 97 dollars. Cette transaction incluait une option de rachat valable deux ans, permettant au constructeur sud-coréen d’envisager un retour sur le marché russe en cas d’amélioration de la situation. Lors de cette vente, Hyundai avait indiqué qu’elle enregistrerait une perte financière de 287 milliards de wons liée à la sortie de ses actifs russes.

La guerre en Ukraine, obstacle majeur au rachat

À l’approche de l’échéance de janvier, une source familière des discussions internes de Hyundai affirme que les conditions ne sont pas réunies pour activer cette option de rachat. Sans entrer dans les détails, elle évoque clairement le conflit en Ukraine comme facteur déterminant. Malgré les efforts diplomatiques visant à mettre fin aux hostilités, les combats se poursuivent et les sanctions américaines et européennes contre la Russie restent en vigueur, rendant toute décision industrielle particulièrement complexe pour un constructeur automobile international.

Hyundai, de son côté, a déclaré qu’aucune décision finale n’avait encore été prise concernant l’option de rachat. Le groupe AGR Automotive, désormais propriétaire de l’usine, n’a pas souhaité commenter la situation. Il reste également incertain de savoir si le non-respect de la date limite entraînerait une perte définitive du droit de rachat ou s’il serait possible de négocier une prolongation de cette clause contractuelle.

Un marché automobile russe profondément transformé

Le cas de Hyundai s’inscrit dans un mouvement plus large de retrait des constructeurs automobiles étrangers du marché russe. Confrontés à des sanctions strictes et à des enjeux de réputation, la majorité des groupes occidentaux et asiatiques ont préféré céder leurs actifs locaux. Certains ont conservé des options de rachat à échéance fixe, dans l’espoir d’un éventuel retour, tandis que d’autres ont quitté le pays sans possibilité de reprise.

Aujourd’hui, nombre de ces anciennes usines assemblent des véhicules chinois commercialisés sous des marques russes. L’usine de Saint-Pétersbourg produit désormais des voitures sous la marque Solaris, un nom autrefois associé à un modèle populaire de Hyundai sur le marché russe. Mazda Motor a déjà perdu ses droits de rachat en octobre dernier en renonçant à reprendre sa participation dans une usine exploitée avec Sollers. Renault, Ford, Nissan et Mercedes-Benz disposent encore d’options expirant entre 2027 et 2029, tandis que Toyota et Volkswagen ont définitivement tourné la page russe.

Avant la guerre, Hyundai et Kia dominaient largement le marché automobile russe. En 2019, ils avaient écoulé ensemble plus de 400 000 véhicules, représentant environ 23 % des ventes de voitures neuves, devant le constructeur local Avtovaz. Près de la moitié de ces volumes provenaient de la production locale. Aujourd’hui, le paysage a profondément changé : le marché russe, autrefois considéré comme l’un des plus prometteurs d’Europe, est désormais largement dominé par les marques chinoises, qui ont vendu près d’un million de véhicules en 2024 sur un total de 1,57 million d’unités.

Notre avis, par leblogauto.com

L’impossibilité pour Hyundai de racheter son usine russe illustre la profondeur des bouleversements subis par l’industrie automobile mondiale depuis 2022. Les options de rachat, conçues comme des filets de sécurité, se heurtent à une réalité géopolitique durablement instable. Pour les constructeurs, le cas russe souligne les risques à long terme liés aux investissements industriels dans des marchés exposés aux tensions politiques.

Source : Reuters.

Crédit illustration : Hyundai.

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