Ford résiste au choc industriel mais revoit ses prévisions

Ford affiche des résultats solides au T3 malgré un incendie et des pénuries, mais abaisse ses prévisions financières pour 2024.

Des résultats solides malgré un contexte difficile

Ford Motor Company a publié le 23 octobre des résultats trimestriels en hausse, portés par la stabilité de ses ventes de véhicules à essence et la progression de sa division commerciale. Le constructeur de Dearborn a enregistré un chiffre d’affaires record de 50,5 milliards de dollars, en hausse de 9 % par rapport à la même période en 2023. Le revenu net atteint 2,4 milliards de dollars, soit 1,6 milliard de plus que l’année précédente, tandis que le bénéfice ajusté avant intérêts et impôts (EBIT) s’établit à 2,6 milliards de dollars, stable sur un an.
Ces chiffres confirment la résilience de Ford dans un environnement industriel tendu, marqué par la hausse des droits de douane et les perturbations logistiques mondiales. Malgré une facture douanière de 700 millions de dollars, le groupe continue de générer des bénéfices solides, soutenu par la demande pour ses modèles phares comme le F-150, le Bronco et la Mustang Mach-E.

Cependant, le constructeur a reconnu que plusieurs événements récents pèsent sur ses perspectives à court terme. Un incendie survenu dans une usine du fournisseur Novelis à New York a gravement perturbé l’approvisionnement en aluminium, matériau clé pour la production du F-150 et de sa version électrique, le F-150 Lightning. Cette situation pourrait coûter entre 1,5 et 2 milliards de dollars au groupe, bien que Ford espère en atténuer près d’un milliard grâce à des mesures de compensation et de flexibilité industrielle.

Le F-150, au cœur des perturbations de production

Le directeur des opérations, Kumar Galhotra, a confirmé que la production du pick-up F-150, l’un des modèles les plus rentables du constructeur, sera temporairement suspendue à l’usine de Dearborn Truck. L’usine du Rouge Electric Vehicle Center, où est assemblé le F-150 Lightning, est également à l’arrêt.
« Nous sommes concentrés à 100 % sur le F-150 et nous couvrons autant que possible », a déclaré Galhotra, tout en indiquant que les perturbations se poursuivraient plusieurs semaines. Ces arrêts de production risquent d’affecter la rentabilité du groupe sur la fin d’année, d’autant que le F-150 reste l’un des piliers du marché américain des véhicules utilitaires légers.

En conséquence, Ford a abaissé ses prévisions de bénéfices annuels à une fourchette de 6 à 6,5 milliards de dollars, contre 6,5 à 7,5 milliards auparavant. Le flux de trésorerie disponible ajusté est également revu à la baisse, passant de 3,5–4,5 milliards à 2–3 milliards de dollars.
La directrice financière Sherry House a précisé que ces ajustements sont dus à un impact temporaire sur le fonds de roulement, mais qu’un retour à la normale est attendu en 2025. Ford prévoit toujours environ 9 milliards de dollars de dépenses en capital cette année, afin de poursuivre ses investissements dans la transition électrique et numérique de ses activités.

Entre tensions sur les semi-conducteurs et inflation des coûts

Au-delà de l’aluminium, Ford et l’ensemble du secteur automobile font face à un autre défi : la pénurie imminente de puces électroniques. Un différend entre la Chine et les Pays-Bas affecte les livraisons du fabricant Nexperia, ce qui menace la production mondiale de véhicules. Galhotra a indiqué que Ford travaille avec les autorités américaines et chinoises pour éviter une rupture d’approvisionnement au quatrième trimestre.
« Nous pensons qu’une percée rapide est nécessaire pour éviter des pertes de production », a-t-il déclaré, soulignant que cette crise pourrait toucher toute l’industrie automobile.

Parallèlement, Ford doit composer avec les droits de douane de 25 % imposés par l’administration Trump sur les véhicules et pièces importés. Ces mesures ont conduit le constructeur à augmenter les prix de plusieurs modèles assemblés au Mexique, dont le Mustang Mach-E, le Bronco Sport et le Maverick, de jusqu’à 2 000 dollars selon les versions.
Malgré ces contraintes, Ford poursuit ses efforts de rationalisation. L’entreprise prévoit 1 milliard de dollars d’économies en 2024 et constate une hausse de 8 % des abonnements logiciels de sa division Ford Pro, qui compte désormais 818 000 utilisateurs.

Le PDG Jim Farley a assuré que Ford aborde « 2026 en tant qu’entreprise plus forte et plus agile », tout en continuant à investir dans les technologies de propulsion, les partenariats stratégiques et les solutions logicielles pour flottes professionnelles.

Notre avis, par leblogauto.com

Les résultats trimestriels de Ford témoignent d’une résilience notable face aux défis industriels et géopolitiques. Si la production du F-150 reste le principal point de tension, la solidité financière du constructeur et son recentrage sur les segments rentables limitent l’impact à court terme. Le groupe fait preuve d’une agilité industrielle appréciable, mais devra gérer simultanément les tensions sur les semi-conducteurs et les hausses de coûts liées aux droits de douane. Ces obstacles confirment que la transition énergétique du secteur automobile reste indissociable de la sécurisation des chaînes d’approvisionnement mondiales.

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