Chery rachète l’usine Nissan en Afrique du Sud

Chery renforce sa présence mondiale en rachetant l’usine Nissan de Rosslyn, en Afrique du Sud, symbole de l’essor des constructeurs chinois.

Chery, premier exportateur automobile chinois, franchit une nouvelle étape majeure dans son développement international. Le constructeur a accepté de racheter l’usine de production de Nissan située à Rosslyn, près de Pretoria, en Afrique du Sud. Cette opération illustre la montée en puissance rapide des marques automobiles chinoises sur la scène mondiale, en particulier sur les marchés émergents, et marque un tournant pour l’industrie automobile sud-africaine.

Une acquisition stratégique sur un marché clé

Dans un communiqué officiel, Chery a confirmé l’achat du terrain, des bâtiments et des actifs associés aux installations de Nissan à Rosslyn. La transaction inclut également une usine d’estampage voisine, utilisée pour la fabrication de pièces de carrosserie telles que les portes. L’opération devrait être finalisée à la mi-2026, sous réserve de la satisfaction de certaines conditions. Ce rachat constitue l’une des initiatives les plus significatives entreprises par un constructeur chinois en Afrique du Sud à ce jour.

L’Afrique du Sud représente le plus grand marché automobile du continent africain et occupe une position stratégique pour les industriels. Le pays offre notamment un accès régional facilité grâce à l’Accord de libre-échange continental africain. Pour Chery, cette implantation industrielle renforce une présence déjà en forte progression, alors que le constructeur a su s’imposer rapidement sur le marché local.

L’ascension rapide de Chery en Afrique du Sud

Chery a connu une croissance remarquable depuis son retour sur le marché sud-africain il y a quatre ans. En décembre dernier, le constructeur chinois a dépassé Suzuki Motor Corp. pour devenir le deuxième plus grand vendeur de voitures particulières dans le pays. Cette performance souligne la capacité des marques chinoises à concurrencer des acteurs historiques grâce à des véhicules compétitifs en termes de prix et de contenu technologique.

Tony Liu, directeur général de l’unité locale de Chery, avait souligné lors d’une interview en octobre le caractère stratégique de l’Afrique du Sud. Selon lui, le pays constitue une porte d’entrée idéale vers le reste du continent. Il a également mis en avant le potentiel de croissance de l’Afrique, dont la population est comparable à celle de l’Inde. Le continent se distingue par une démographie jeune et un marché automobile encore peu mature, avec l’un des taux de possession de voitures les plus faibles au monde.

Chery voit dans ce contexte une opportunité de long terme, alors que la demande pourrait fortement progresser au cours des prochaines décennies. Contacté après l’annonce officielle, Tony Liu a toutefois refusé de commenter davantage l’opération.

La restructuration de Nissan et la pression concurrentielle

La vente de l’usine de Rosslyn s’inscrit dans le cadre d’une vaste restructuration menée par Nissan. Le constructeur japonais traverse sa pire crise financière depuis des décennies. Pour tenter de redresser la situation, Nissan a engagé une série de mesures drastiques, incluant la fermeture de sites industriels, la suppression de 20 000 emplois, la réduction des volumes de production et même la vente de son siège social.

Dans ce contexte, la cession d’actifs industriels apparaît comme un levier pour alléger les coûts et recentrer les activités. L’arrivée de Chery à la place de Nissan est perçue de manière relativement positive par certains acteurs locaux. Irvin Jim, secrétaire général du Syndicat national des métallurgistes d’Afrique du Sud, a déclaré que tout changement de propriété devrait permettre de protéger les emplois existants. Il a estimé qu’un repreneur prêt à investir représentait une opportunité, compte tenu des difficultés rencontrées par Nissan.

Le responsable syndical a néanmoins réitéré ses appels au gouvernement sud-africain pour un durcissement des droits de douane à l’encontre des entreprises qui inondent le marché local de véhicules importés à bas coût. Cette prise de position reflète les inquiétudes persistantes face à la concurrence accrue des importations, notamment en provenance de Chine et d’Inde, qui grignotent les parts de marché des constructeurs japonais, européens et américains.

Parallèlement, les constructeurs chinois poursuivent leur expansion globale afin de compenser un ralentissement de la demande et une surcapacité sur leur marché domestique. Ils gagnent déjà du terrain en Europe, y compris sur le segment des véhicules électriques, malgré les barrières tarifaires, en proposant des modèles riches en logiciels à des prix difficiles à égaler pour les acteurs traditionnels.

Notre avis, par leblogauto.com

Le rachat de l’usine Nissan par Chery illustre clairement le déplacement du centre de gravité de l’industrie automobile mondiale vers les constructeurs chinois. Cette opération combine opportunisme industriel et vision stratégique à long terme sur un marché africain encore sous-équipé. Elle met également en lumière les difficultés structurelles de Nissan face à une concurrence mondiale de plus en plus agressive. Enfin, la question de l’impact sur l’emploi et sur l’équilibre du marché local restera centrale dans les années à venir.

Crédit illustration : Chery.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *