La faible demande du Tesla Cybertruck entraîne une réduction massive d’un contrat de batteries, pesant lourdement sur le fournisseur coréen L&F.
Le ralentissement du programme Tesla Cybertruck commence à produire des effets bien au-delà des chaînes de montage du constructeur américain. En Corée du Sud, l’un de ses fournisseurs stratégiques de matériaux pour batteries subit de plein fouet les conséquences industrielles et économiques de ce projet automobile longtemps attendu, mais dont la trajectoire commerciale s’avère plus complexe que prévu.
Un contrat d’approvisionnement réduit de manière spectaculaire
L&F Co., spécialiste sud-coréen des matériaux de cathode pour batteries lithium-ion, a annoncé une réduction drastique d’un contrat conclu avec Tesla Inc. Initialement dévoilé en février 2023, cet accord portait sur un montant total de 3,83 billions de wons, soit environ 2,67 milliards de dollars. Près de trois ans plus tard, le volume effectif de fourniture a été ramené à seulement 9,73 millions de wons, ce qui représente une diminution de l’ordre de 99 %.
Dans un document réglementaire, L&F explique cette révision par un « changement dans la quantité de fourniture ». Selon une personne familière avec le dossier, le matériau concerné — une cathode à haute teneur en nickel — devait être livré entre janvier 2024 et ce mois-ci pour équiper les batteries du Tesla Cybertruck. Or, seule une infime partie des volumes prévus a finalement été commandée.
Le Cybertruck, un développement chaotique et une demande limitée
La faible exécution du contrat serait en grande partie liée aux difficultés rencontrées par le Cybertruck. Le développement du pick-up électrique a été reporté à plusieurs reprises, ce qui a mécaniquement retardé les besoins industriels en cellules de batteries et en composants associés. À cela s’ajoute une demande des consommateurs jugée inférieure aux attentes initiales.
Selon la même source, une partie de la clientèle s’est tournée vers d’autres modèles de la gamme Tesla, notamment la berline Model 3 et le SUV Model Y, des véhicules électriques déjà bien implantés sur le marché mondial. Cette réorientation des ventes a réduit l’urgence et la nécessité d’un approvisionnement massif en matériaux spécifiquement destinés au Cybertruck.
Un contexte politique et économique défavorable
Au-delà des aspects purement industriels, le contrat entre Tesla et L&F a également été impacté par des facteurs macroéconomiques et politiques. La personne proche du dossier évoque notamment l’élimination de certaines subventions prévues dans le cadre de l’Inflation Reduction Act, un élément susceptible d’influencer les stratégies d’approvisionnement et de production dans l’industrie automobile électrique.
Contactés à ce sujet, les représentants de Tesla n’ont pas répondu aux demandes de commentaires. De son côté, L&F affirme que cette révision contractuelle était devenue inévitable compte tenu de l’évolution du marché mondial des véhicules électriques et des conditions d’approvisionnement en batteries.
L’entreprise tient toutefois à rassurer ses partenaires et investisseurs. Elle précise qu’il n’y a eu « aucun changement dans les expéditions ou l’approvisionnement des clients » concernant son produit phare à haute teneur en nickel. Les livraisons vers les principaux fabricants de cellules sud-coréens, dont LG Energy Solution Ltd., se poursuivent normalement.
Notre avis, par leblogauto.com
Cette situation illustre les risques industriels liés à une forte dépendance à un modèle ou à un programme automobile encore incertain. Le cas du Cybertruck montre que les retards de développement et les ajustements de la demande peuvent rapidement affecter l’ensemble de la chaîne de valeur des véhicules électriques. Pour les fournisseurs de batteries et de matériaux, la diversification des clients et des usages apparaît plus que jamais comme un enjeu stratégique.
Crédit illustration : Tesla.
