Cet article présente un exemplaire précis actuellement proposé à la vente : une Alpine Renault A310 V6 Phase 2 de 1984, première main depuis sa livraison neuve, affichant 97 100 km au compteur et disponible à Arnage (Sarthe) pour 29 900 €. Son état de conservation exceptionnel et son historique limpide en font un objet de collection particulièrement sérieux. L’article revient sur l’histoire et l’intérêt du modèle, puis détaille précisément ce qu’est cet exemplaire.

Pourquoi ce modèle fait rêver
L’Alpine A310 occupe une place singulière dans l’histoire automobile française. Née en 1971 pour succéder à la A110, elle a longtemps porté les ambitions sportives de Dieppe avant que Renault ne ferme le chapitre en 1984. La Phase 2, lancée en 1976, marque une évolution décisive : l’arrivée du V6 Renault-Peugeot-Volvo (PRV) transforme profondément le caractère du coupé. Ce moteur en position centrale arrière, une architecture rare sur une voiture de grande série de l’époque, confère à l’A310 une sonorité et une personnalité que peu de ses contemporaines peuvent revendiquer.
Les derniers millésimes, produits entre 1982 et 1984, représentent le stade le plus abouti de la lignée. Les finitions sont meilleures, les réglages plus matures, et ces voitures ont bénéficié de l’expérience accumulée tout au long de la production. Trouver aujourd’hui une A310 V6 de ces derniers millésimes dans un état proche de l’origine relève du défi. La grande majorité des exemplaires survivants ont connu plusieurs propriétaires, des modifications, ou des travaux de restauration de qualité variable. C’est précisément ce qui rend l’exemplaire présenté ici digne d’attention.

Ce qui rend ce modèle vraiment spécial
Design et identité
La carrosserie de l’A310 V6 Phase 2 est l’oeuvre d’un style résolument ancré dans les années 1970, mais qui a su traverser les décennies sans vieillir de façon caricaturale. Les grandes baies vitrées latérales, les flancs sculptés et le profil de coupé deux portes deux places donnent à la voiture une silhouette tendue, presque minimaliste. Le dessin, initialement confié à Robert Opron pour la Phase 1, a été retravaillé pour la Phase 2 afin d’améliorer l’aérodynamisme et l’habitabilité relative. Les feux arrière intégrés en bandeau et les prises d’air latérales alimentant le moteur central restent des éléments de style immédiatement reconnaissables.
La carrosserie en polyester, matériau de prédilection des ingénieurs de Dieppe depuis les origines de la marque, présente l’avantage de ne pas rouiller. Elle exige en revanche une attention particulière en cas de choc, car les réparations demandent un savoir-faire spécifique. Sur l’exemplaire proposé, la teinte bleu marine nacré associée à l’intérieur cuir beige constitue une combinaison esthétiquement cohérente et élégante, représentative de ce que proposait Alpine en fin de production.
Témoignages
La revue Sport Auto, qui suivit de près toute la carrière de l’A310, soulignait dans ses essais de l’époque le caractère très homogène de la Phase 2 V6 par rapport aux premières versions : la direction plus précise, le freinage amélioré et la montée en régime du PRV rendaient la voiture plus accessible tout en conservant ce plaisir de conduite typique des productions de Dieppe. Le journal relevait en particulier que « l’A310 V6 est peut-être la française la plus attachante de son époque, celle qui demande le plus à son conducteur et lui en donne le plus en retour ».

Mécanique et fiche technique en clair
Moteur et caractère
Le moteur V6 PRV de 2 664 cm³ développe 150 ch dans sa version montée sur l’A310 Phase 2. Placé en position centrale arrière, il transmet sa puissance aux roues arrière via une boîte manuelle à cinq rapports. Ce V6 est connu pour sa sonorité caractéristique à haut régime, assez différente des quatre-cylindres turbochargés qui allaient bientôt dominer le paysage sportif. Il apprécie les révisions régulières, notamment au niveau de la distribution et des joints de culasse, points sensibles bien documentés sur cette motorisation. En utilisation normale, sa consommation reste raisonnable pour peu qu’on évite les régimes extrêmes en permanence.
Châssis et tenue de route
L’A310 V6 repose sur un châssis-coque en acier recouvert de sa carrosserie en polyester. La répartition des masses, favorisée par le moteur central arrière, procure un comportement naturellement équilibré. La direction non assistée, ferme mais précise, fait partie intégrante du plaisir de conduite. Le train avant à roues indépendantes et le train arrière également indépendant permettent une tenue de route saine, bien que la voiture demande une prise en main progressive pour qui n’est pas habitué au comportement des moteurs arrière. Les amortisseurs et les ressorts d’origine sont des pièces qui demandent à être vérifiées attentivement sur tout exemplaire d’âge comparable.
Vie à bord aujourd’hui
L’habitacle de l’A310 Phase 2 est étroit mais pas austère. Les deux baquets enveloppants offrent un maintien correct, et le tableau de bord orienté conducteur place les instruments principaux dans le champ visuel direct. La visibilité arrière reste limitée, conséquence directe de la silhouette de coupé sportif et du moteur logé derrière les passagers. Le coffre avant est modeste mais suffisant pour un week-end. Au quotidien, l’A310 demande une conduite engagée et attentive : elle n’est pas une voiture de détente passive, mais récompense généreusement le conducteur qui prend le temps de la comprendre. Sur autoroute, elle se montre étonnamment civilisée pour une voiture de cette génération.


Les raisons de s’y intéresser aujourd’hui
L’A310 V6 Phase 2 est désormais largement reconnue comme une pièce maîtresse du patrimoine automobile français. Les exemplaires en bon état d’origine se font de plus en plus rares sur le marché, et les derniers millésimes 1982-1984 concentrent l’attention des collectionneurs les plus exigeants. La cote a progressé de façon régulière ces dernières années, soutenue par l’engouement général pour les sportives françaises de la période 1970-1990 et par le renouveau de la marque Alpine depuis 2017. Acheter une A310 aujourd’hui, c’est acquérir une voiture dont la valeur patrimoniale est établie, dont les pièces de rechange sont globalement disponibles grâce à un réseau de spécialistes actif, et dont le plaisir de conduite reste intact.

Les points à connaître avant d’acheter
Faiblesses connues
Le moteur PRV V6 souffre d’une réputation liée à ses joints de culasse, qui peuvent se révéler défaillants sur des véhicules mal entretenus ou ayant subi des surchauffes. Les durites et les joints d’étanchéité vieillissent avec le temps et méritent d’être inspectés. La carrosserie en polyester, si elle résiste à la corrosion, peut présenter des micro-fissures sur les zones soumises à des contraintes répétées. Les pièces de carrosserie spécifiques restent disponibles auprès de spécialistes, mais à un coût non négligeable. Enfin, les systèmes électriques de l’époque peuvent présenter des intermittences qu’un électricien auto spécialisé saura généralement corriger.
Coûts d’entretien réalistes
L’entretien courant d’une A310 V6 en bon état n’est pas prohibitif si l’on s’appuie sur un réseau de spécialistes Alpine ou sur des mécaniciens expérimentés sur les véhicules Renault de cette génération. Une révision complète incluant vidange, filtres, bougies et contrôle de la distribution se situe dans une fourchette comparable à celle de toute sportive ancienne de ce niveau. Les pneumatiques en dimension d’origine sont disponibles, et il faudra prévoir le remplacement régulier des durites et des flexibles de frein. Un budget d’entretien annuel sérieux est à prévoir pour maintenir l’exemplaire dans un état conforme à sa valeur de collection.
Points à vérifier avant achat
- État de la carrosserie en polyester : chercher les fissures, les mauvaises reprises de peinture et les zones déformées.
- Joints de culasse et absence de trace de mélange huile-eau dans le circuit de refroidissement.
- Historique complet : carnets, factures, expertises et documents d’origine.
- Absence de corrosion sur le châssis acier, notamment sous les passages de roues et les longerons.
- Bon fonctionnement de la boîte manuelle et absence de jeu excessif dans la direction.
- État des amortisseurs et des silent-blocs de train avant et arrière.
- Conformité du kilométrage avec l’état général et les documents présentés.


Cote actuelle et tendances de marché
Selon les données publiées par la plateforme Argus Collection et les résultats observés sur LesAnciennes.com, la cote de l’A310 V6 Phase 2 a progressé sensiblement ces cinq dernières années. Les exemplaires bien documentés et en état d’origine commandent des prix nettement supérieurs à ceux des voitures restaurées. Le tableau ci-dessous présente une comparaison indicative des niveaux de prix selon l’état et la génération.
| Modèle | État moyen | Bon état | Très bon / Origine |
|---|---|---|---|
| A310 4 cylindres (1971-1976) | 8 000 – 12 000 € | 14 000 – 18 000 € | 20 000 – 25 000 € |
| A310 V6 Phase 1 (1976-1980) | 12 000 – 17 000 € | 20 000 – 26 000 € | 28 000 – 35 000 € |
| A310 V6 Phase 2 (1980-1984) | 15 000 – 20 000 € | 22 000 – 30 000 € | 30 000 – 40 000 € |
Sources indicatives : Argus Collection, LesAnciennes.com, observations de marché octobre 2026.

L’exemplaire actuellement à vendre
L’A310 proposée à Arnage présente un profil que les collectionneurs sérieux reconnaîtront immédiatement comme rare. Livrée neuve en avril 1984 par le distributeur officiel Alpine Van de Veire, à Eelko en Belgique, elle n’a connu qu’un seul propriétaire depuis sa sortie d’usine. Ce dernier, passionné de la marque au point de visiter les usines de Dieppe, a possédé plusieurs Alpine au fil des années, mais c’est cette A310 qu’il a gardée jusqu’à aujourd’hui. La cohérence de ce récit, confirmée par les documents présentés au dossier, est un gage de sérieux.
Au début des années 2000, la voiture a été arrêtée et stockée dans un environnement propre et sec pendant près de vingt ans. Cette longue mise en sommeil, si elle peut surprendre, explique précisément l’état de conservation remarquable de la carrosserie et de l’intérieur. En 2019, la décision de la remettre en route a été prise. C’est le garage Renault Ooms à Wilrijk, en Belgique, qui a procédé au redémarrage et au contrôle général de l’ensemble du véhicule. Une expertise formelle, réalisée en 2020 après cette remise en route, figure au dossier et confirme le bon état général de la voiture, tout en signalant les éléments réparés et ceux portant les traces normales de l’utilisation.
Le compteur affiche 97 100 km, un kilométrage cohérent avec l’âge du véhicule et confirmé par la patine générale de l’intérieur. La teinte bleu marine nacré, que le vendeur indique être très vraisemblablement d’origine compte tenu de l’absence d’accident déclarée par le propriétaire, est associée à un intérieur cuir beige d’époque. Quatre pneus neufs ont été montés. Une révision complète récente a été effectuée. La voiture est actuellement stockée dans un environnement propre et sec, à Arnage, dans la Sarthe. La livraison est possible sur devis, et l’immatriculation en France au nom de l’acheteur peut être facilitée par le vendeur.

Notre avis
L’argument de la première main sur une Alpine A310 V6 Phase 2 des derniers millésimes est, en 2026, un argument de poids. La majorité des exemplaires encore en circulation ont une histoire fragmentée, des propriétaires multiples et des interventions de qualité variable. Celui-ci présente un historique traçable depuis la concession d’origine, une expertise datée, un kilométrage cohérent et une carrosserie que rien ne semble contredire dans sa réalité d’origine. Le prix de 29 900 € se situe dans la fourchette haute du marché pour une Phase 2 en bon état, mais dans la partie raisonnable pour un exemplaire d’origine documenté. Il faudra tout de même faire réaliser une inspection mécanique complète par un spécialiste Alpine avant tout engagement, la remise en route après vingt ans de stockage méritant une attention particulière sur les éléments de sécurité actifs et passifs.
Lien vers l’annonce de cette Alpine A310 V6 Phase 2 de 1984 sur LesAnciennes.com

En résumé
L’Alpine A310 V6 Phase 2 de 1984 proposée à Arnage cumule plusieurs qualités rarement réunies sur le marché actuel : première main depuis la livraison neuve en Belgique, historique documenté, carrosserie en teinte d’origine, kilométrage cohérent et expertise au dossier. Le prix de 29 900 € reflète la rareté d’un tel profil, sans être démesuré au regard des cotes observées pour les exemplaires équivalents. Parmi les dernières A310 à sortir de Dieppe, cette voiture appartient à une génération aujourd’hui pleinement reconnue par les collectionneurs. Une vérification mécanique approfondie reste indispensable avant tout achat, mais les éléments connus plaident en faveur de cet exemplaire comme opportunité d’accéder à l’une des sportives françaises les plus significatives de son époque.


4 commentaires
Le V6 PRV est connu pour être increvable, les KM annoncés ne doivent pas faire peur.
Il faudra bien expertiser le châssis pour la rouille.
30 000e c’est pas sicher mais la voiture est à remettre en route, et si j’ai bien compris elle est vendue aux anchères donc pas de recours possible.
Et la corrosion interne du PRV on en parle ? Bloc moteur devenu introuvable en occasion.
Surtout, en moteur central, c’est un exemplaire unique au monde !
Plus sérieusement, vous mentionnez cela à plusieurs reprises dans votre article, alors que le moteur est en porte à faux arrière et pas du tout central..
Outre le fait que, comme déjà mentionné par Laurent, le moteur est en porte-à-faux arrière, le moteur dit PRV est loin d’être une réussite technique. Au départ, les ingénieurs avaient reçu mission de concevoir une moteur V8 (!).
Crise du pétrole oblige, Peugeot, Renault et Volvo sont revenus à un moteur plus raisonnable, un V6. Pour ce faire, ils se sont contenté d’amputer le moteur de deux cylindres en conservant le dessin du vilebrequin et des arbres à cames du V8 ouvert à 90 degrés !
Naturellement, un V6 doit être ouvert à 60 degrés pour être équilibré. Avec ses 90 degrés, ce moteur tournait « carré » ce qui lui donnait ce son si « caractéristique ».
Plus tard, le moteur a été modifié en utilisant un vilebrequin à manetons décalés qui lui permettait enfin de tourner « rond ».
Quand à la consommation elle était tout sauf raisonnable.