Volkswagen et Gotion High-Tech prévoient d’investir 3,22 milliards d’euros dans trois sites de production de batteries en Espagne, en Slovaquie et au Maroc, pour construire une chaîne d’approvisionnement de véhicules électriques indépendante de la Chine.
Le constructeur automobile allemand Volkswagen et le fabricant chinois de batteries Gotion High-Tech franchissent une nouvelle étape dans leur partenariat stratégique, avec l’annonce d’un investissement conjoint de 3,22 milliards d’euros, soit environ 3,7 milliards de dollars, destiné à développer des installations de production de batteries en Europe et en Afrique du Nord. Cette opération s’inscrit dans une stratégie plus large visant à mettre en place une chaîne d’approvisionnement pour les véhicules électriques indépendante de la Chine.
Trois sites industriels en Espagne, Slovaquie et Maroc
Selon un communiqué publié par le fabricant chinois, Volkswagen et Gotion envisagent de construire des usines de batteries en Espagne et en Slovaquie, ainsi qu’une installation dédiée au Maroc pour la fabrication de matériaux de cathode. Ces sites industriels seront gérés par des coentreprises, l’investissement financier étant réparti de manière quasiment équitable entre les deux partenaires. Le site espagnol, implanté à Valence, affichera une production annuelle de 29,1 gigawattheures, ce qui en ferait l’une des plus importantes installations de la région européenne. L’usine slovaque de Šurany sera quant à elle de taille plus modeste, avec une capacité de 8,4 gigawattheures, tandis que l’usine marocaine de Kénitra produira environ 100 000 tonnes de matériaux de cathode au lithium-fer-phosphate, technologie connue sous l’acronyme LFP, chaque année.
Cette annonce a immédiatement produit un effet sur les marchés financiers chinois : les actions de Gotion ont bondi de leur limite quotidienne de 10 % à la Bourse de Shenzhen mardi, bien que le titre demeure toujours en baisse de plus d’un quart depuis le début de l’année. Les investissements annoncés nécessitent encore l’obtention des approbations réglementaires nécessaires, a précisé Gotion dans son communiqué.
Renforcer la production européenne de batteries après les échecs de Northvolt et Britishvolt
Ces nouveaux sites industriels viendraient renforcer les capacités de fabrication de batteries en Europe, dans un contexte marqué par l’échec de plusieurs projets majeurs sur le continent, notamment ceux de Northvolt en Suède et de Britishvolt au Royaume-Uni, confrontés à des difficultés technologiques et à des coûts de production particulièrement élevés. Volkswagen avait pour sa part nourri d’ambitieux projets de fabrication interne de batteries via sa division dédiée PowerCo, mais le constructeur automobile allemand a depuis revu ces ambitions à la baisse, rendant d’autant plus stratégique ce partenariat renforcé avec Gotion.
Volkswagen est déjà le principal actionnaire de Gotion, entreprise basée à Hefei en Chine, mais ce nouvel investissement conjoint témoigne d’un resserrement supplémentaire des liens entre les deux groupes, à un moment où la concurrence s’intensifie aussi bien sur le marché automobile chinois que sur le marché européen. De son côté, Gotion accélère son expansion internationale hors de Chine, avec un objectif affiché de doubler ses expéditions à l’étranger au cours de cette année.
Un enjeu stratégique pour la souveraineté industrielle européenne
Ce partenariat industriel entre Volkswagen et Gotion illustre les défis considérables auxquels font face les constructeurs automobiles européens pour sécuriser leur approvisionnement en batteries, composant central et particulièrement coûteux de la chaîne de valeur des véhicules électriques. Les déboires rencontrés par Northvolt et Britishvolt ont mis en lumière la difficulté pour des acteurs purement européens de développer seuls une industrie de la batterie compétitive, poussant les grands groupes automobiles du continent à privilégier des partenariats avec des entreprises chinoises déjà expérimentées dans ce domaine technologique.
Cette stratégie de diversification géographique de la production, répartie entre l’Espagne, la Slovaquie et le Maroc, permet également à Volkswagen de limiter sa dépendance à un site unique tout en bénéficiant de coûts de production potentiellement compétitifs, notamment grâce à l’implantation marocaine dédiée aux matériaux de cathode. Cette diversification des sources d’approvisionnement en composants essentiels à la fabrication des batteries lithium-ion s’inscrit dans une logique plus large de résilience industrielle pour l’ensemble du secteur automobile électrique européen.
Notre avis, par leblogauto.com
Cet investissement de 3,7 milliards de dollars confirme la dépendance croissante de l’industrie automobile européenne envers l’expertise technologique chinoise en matière de batteries, malgré les ambitions initiales de Volkswagen de développer une production entièrement internalisée via sa filiale PowerCo. La réaction très positive du marché boursier chinois, avec une hausse de 10 % du titre Gotion, traduit la confiance des investisseurs dans la pertinence stratégique de ce rapprochement renforcé entre les deux groupes. Le choix de répartir la production entre trois pays aux profils industriels différents, l’Espagne pour les cellules à grande échelle, la Slovaquie pour une capacité complémentaire, et le Maroc pour les matériaux de cathode, illustre une approche pragmatique visant à sécuriser l’ensemble de la chaîne de valeur plutôt qu’un seul maillon de la production de batteries. Face aux échecs retentissants de Northvolt et Britishvolt, ce partenariat sino-allemand pourrait constituer un modèle alternatif pour l’industrie européenne, misant sur la coopération avec des acteurs chinois déjà matures technologiquement plutôt que sur une autonomie industrielle complète, encore difficile à atteindre à court terme.
