Avec un gazole, mais aussi une essence, qui battent des records, l’idée d’un blocage des prix des carburants à la pompe revient dans le débat politique. Pourquoi le gouvernement n’en veut pas, et qu’est-ce qui changerait pour les automobilistes ? Surtout, pourquoi c’est impossible en l’état actuel des choses ?
Le diesel a atteint près de 2,40 € le litre en moyenne en France dimanche 20 septembre 2026, un nouveau record, dans un contexte géopolitique qui perturbe fortement les approvisionnements. Plusieurs candidats à la présidentielle de 2027 avancent leurs idées. D’aucuns proposent de bloquer les prix à la pompe, quand d’autres réclament plutôt une baisse des taxes.
Le gouvernement refuse les deux !
Pourquoi le gouvernement juge la mesure « inapplicable »
Le raisonnement est simple : les distributeurs achètent leur carburant au prix du marché mondial, principalement en fonction du marché de Rotterdam aux Pays-Bas.
Si on leur impose de vendre moins cher, ils risquent de cesser de s’approvisionner plutôt que de vendre à perte, ce qui provoquerait des pénuries artificielles, selon le ministre Roland Lescure. Pour rappel, en France, la vente à perte est interdite. Certaines stations indépendantes ont déjà stoppé la distribution devant des prix trop élevés.
Le candidat communiste, Fabien Roussel, a même proposé un blocage du gazole à 1,60 €/l. Alléchant. Cependant, au cours du jour à Rotterdam, la tonne de gazole s’échange à 1 426,50 dollars américains. Avec un dollar à 0,88 €, cela représente 1 255 € la tonne de gasoil. En prenant une densité de 0,830 kg/l pour le gazole B7, cela donne 1 205 litres par tonne, soit un prix de 1,042 €/l de gazole acheté.
Il n’y a pas si longtemps, le GO s’échangeait sous les 50 centimes le litre à la cotation de Rotterdam. C’est plus du double, donc.
Le marché de Rotterdam et un approvisionnement mondial plombent tout
Sur ce prix, il faut ajouter environ 15 centimes pour le transport et la distribution (cela a tendance à grimper avec le prix des carburants pour le transport NDLA), mais aussi les 15 centimes environ de CEE (certificats d’économie d’énergie). On arrive à un carburant à 1,35 €/l hors toutes taxes (sauf CEE).
Ensuite, on ajoute 60,8 centimes d’euro d’accise (ex TICPE, TIPP) pour le gazole (67 c€ pour l’essence) et on arrive à 1,96 €/l HT. La TVA de 20 % achève le tableau pour atteindre 2,35 à 2,40 €/l actuellement.
Dès lors, le blocage des prix à 1,60 €/l ne serait possible qu’en bridant la TVA mais aussi l’accise à 25 centimes. Si les prix à Rotterdam continuent de grimper, il faudrait encore que l’Etat rogne ces taxes.
Juste pour donner un ordre d’idée : 2 c€ de taxe sur les carburants c’est environ 950 millions d’euros par an pour l’Etat. 75 centimes (pour limiter à 1,60 €/l) revient à trouver près de 34 milliards d’euros de recette ailleurs.
Comment fait TotalEnergies ?
TotalEnergies a plafonné ses prix à 1,99 € pour l’essence et 2,25 € pour le diesel. Cela provoque des ruées et même des pénuries locales dans certaines stations. Les patrons de la grande distribution, mais aussi les stations indépendantes dénoncent « une concurrence déloyale ».
Mais comment fait le géant pétrolier pour bloquer ses prix ? Eh bien, c’est en maîtrisant la chaîne de bout en bout, du forage de pétrole au raffinage, à la distribution. En rognant sur ses propres marges et en faisant des bénéfices dans d’autres secteurs que la distribution de carburant, TotalEnergies peut mettre des prix « bas ». Mais vous remarquerez que ce n’est pas 1,60 € pour autant.
D’autres proposent d’interrompre momentanément les CEE carburant. Ce sont environ 15 centimes qui sont répercutés par les distributeurs de carburants pour financer la transition énergétique (et les primes coup de pouce, ex-bonus, pour les véhicules électriques). Néanmoins, cela ne ferait « que » passer le gazole à 2,25 €/l en ce moment. Ce n’est pas magique.
La baisse des taxes, on l’a déjà vue, impose de trouver des dizaines de milliards d’euros, en fonction du curseur. Cela peut être une solution temporaire comme le gouvernement l’avait déjà fait lors de la crise de 2022 après la tentative d’invasion militaire de l’Ukraine par la Russie. Certains pays voisins ont décidé de certaines baisses de taxes temporaires sur les carburants, mais seulement parce que leurs finances le leur permettent, après avoir entrepris de profondes restructurations.
Que propose le gouvernement à la place ?
Des aides ciblées plutôt qu’un prix bloqué pour tous. Annoncées le 22 septembre, elles prolongent les dispositifs existants : l’aide « grands rouleurs » court jusqu’au 31 décembre, elle est élargie à 5,5 millions d’automobilistes, et la prime carburant versée par les entreprises passe de 600 à 1 000 €. L’aide double aussi, avec un équivalent de 40 centimes par litre contre 20 auparavant, soit 100 € pour les mois d’octobre à décembre. Cela représente entre 40 centimes et 1 €/l d’aide selon la distance domicile-travail et la consommation de son véhicule.
L’enveloppe est bien moindre, de l’ordre de 450 millions d’euros pour ce dernier trimestre. Mais ces mesures sont loin de faire l’unanimité. Certains les jugent insuffisantes. La colère sociale commence à se faire entendre. Explosif.
Quelles perspectives à moyen terme ?
Honnêtement, elles ne sont pas bonnes. Surtout que le président Trump envisage de réserver les carburants raffinés aux USA et de bloquer son exportation à l’étranger. Vu que les USA sont les premiers (ou deuxièmes selon les années) raffineurs de gazole au monde avec la Chine, toute interdiction d’exportation de gazole créerait encore plus de tensions sur les marchés mondiaux et ferait grimper les prix d’achat de gasoil.
La France a décidé depuis des années de ne plus faire tourner ses raffineries. Nous en avons 6 en activité contre 21 dans les années 70. Il y a plusieurs facteurs qui ont poussé à ces fermetures. Déjà, les installations étaient plus anciennes, et demandaient des investissements de modernisation. Les raffineurs ont trouvé plus rentable d’investir dans d’autres pays jugés plus attractifs et plus rentables.
Ensuite, il y a la transition énergétique et l’anticipation d’une baisse de la consommation d’hydrocarbures. Cette baisse est par exemple de 26 % entre 2005 et 2024 ! Pourquoi raffiner dans un pays qui ne consomme plus les produits ? Voilà la France (mais il n’y a pas qu’elle) déshabillée et incapable de produire localement un carburant sur lequel elle pourrait imposer un prix de vente.
Toutefois, il faut relativiser (si on veut être optimiste…). En effet, un litre d’essence ou de diesel est certes plus cher qu’en 1975. Cependant, ramené au budget des ménages, ce litre de carburant pèse aujourd’hui beaucoup moins lourd pour les ménages modestes qu’il y a 50 ans. Cela ne change pas les fins de mois, mais remet en perspective cette période de carburants chers à la pompe.
Source : gouv.fr, UFIP, mes cours de maths et de chimie


2 commentaires
Voila un résumé honnête, merci.
Le prix élevé du litre démontre la totale débilité du malus automobile. Depuis toujours, la hausse des taxes sur le carburant était la seule et unique bonne méthode pour vendre des voitures électriques. Dès qu’on a dépassé 2€/L les ventes de voitures électriques s’envolent.
Pour le moment, je préfère rouler ancien et pas cher malgré le prix de l’essence, mais en neuf, le marché semble mature.
Même à 4€/L, on consommera encore beaucoup de pétrole, j’entends trop de gens se plaindre alors qu’on gâche énormément, il aura fallu attendre 2026 à certains pour apprendre à conduire et diminuer la conso de 2L/100…
La où on va se faire défoncer c’est sur l’inflation qui va arriver, ça va être violent.
je ne vois pas le rapport avec le malus sur les véhicules qui émettent beaucoup de CO2.
Pour les acheteurs de neuf, chacun est responsable de son acte. si l’autonomie est primordiale sur le coût au km et qu’on en a rien à battre des emissions de CO2, autant acheter un diesel.
Le problème c’est toute la population qui n’a pas les moyens de changer pour un véhicule qui consomme peu ou un VE, et qui n’a pas d’alternative à la voiture pour se déplacer: ce sont eux qu’il faut aider. le nouveau plan du gvt c’est des aides pour 5 millions de foyers sur les 31 millions que compte la France.
les employeurs peuvent aider les employés aussi avec la prime transport qui est désormais portée à 1000 €/an et même pour ceux qui roulent en VT (avant ce n’était pas le cas).
Trump va finir par se lasser, Poutine c’est moins sûr, mais tous les Ves qui sont entrés sur le marché c’est autant de pétrole en moins dont on aura besoin plus tard.
Désormais sur la parking de la boite, on a 4 VE, 1 PHEV sur 10 voitures. on progresse.