Les États-Unis vont limiter les exportations de tungstène et de déchets de batteries pour sécuriser leurs approvisionnements.
Les États-Unis vont interdire à partir de la fin du mois les exportations de ferraille de tungstène et de certains matériaux issus du recyclage des batteries. Cette décision intervient moins d’une semaine après que le président Donald Trump a donné aux autorités américaines la possibilité de restreindre les exportations de déchets industriels contenant des minéraux et matériaux critiques. La mesure doit permettre de conserver davantage de matières premières stratégiques sur le marché intérieur pendant une période d’un an.
La nouvelle réglementation concerne notamment les fournisseurs de déchets de tungstène et de « masse noire », un matériau constitué de métaux broyés provenant de batteries lithium-ion recyclées. Ces entreprises devront vendre leurs matériaux sur le marché américain, même si des demandes d’exemption resteront possibles. La règle a été publiée dans le Federal Register et doit entrer en vigueur à la fin du mois.
Cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer les approvisionnements américains en matériaux considérés comme critiques. Washington entend notamment utiliser la loi sur la production de défense datant de la guerre froide pour développer les ressources disponibles sur le territoire national et réduire la dépendance à la Chine. Le tungstène et les matériaux issus du recyclage des batteries sont directement concernés par cette politique.
Pour l’industrie automobile, l’enjeu est particulièrement important. Le tungstène est utilisé dans des outils de précision présents dans les usines automobiles, tandis que la masse noire constitue une source de plus en plus importante de lithium, de cobalt, de nickel et d’autres matériaux nécessaires à l’industrie des batteries.
Tungstène et masse noire au cœur des restrictions
La nouvelle réglementation américaine vise deux catégories de matériaux aux usages industriels distincts. Le tungstène est un métal particulièrement résistant utilisé notamment dans les armures et les munitions militaires, mais également dans des outils de précision employés dans les usines automobiles. Il appartient par ailleurs au groupe des métaux soumis aux contrôles d’exportation chinois.
La masse noire provient quant à elle du traitement de batteries lithium-ion recyclées. Elle contient notamment du lithium, du cobalt et du nickel, ainsi que d’autres matériaux pouvant être récupérés au cours du processus de recyclage. Son importance augmente avec le développement du recyclage des batteries et la nécessité de disposer de sources alternatives pour ces matières premières.
Selon Lee Allen, analyste senior des marchés stratégiques à l’agence de tarification Fastmarkets, la capacité américaine de production de masse noire à partir de déchets de batteries représentait environ 9 % du total mondial au premier trimestre 2026. Les restrictions décidées par Washington pourraient donc modifier les flux internationaux de cette matière recyclée.
L’analyste estime que les nouvelles mesures pourraient réduire sensiblement la disponibilité de la masse noire pour les recycleurs asiatiques. Les importateurs de matériaux contenant du nickel, du cobalt et du manganèse en Corée du Sud et en Asie du Sud-Est pourraient notamment être concernés.
La décision américaine ne porte donc pas uniquement sur la gestion des déchets industriels. Elle intervient également dans un contexte de sécurisation des chaînes d’approvisionnement en matières premières utilisées dans différentes industries. Pour le secteur automobile, ces enjeux concernent notamment les outils de production et les matériaux nécessaires à la fabrication et au recyclage des batteries lithium-ion.
Le recyclage américain confronté à ses propres limites
La volonté de conserver davantage de déchets de batteries sur le marché américain intervient alors que plusieurs acteurs du recyclage nord-américain rencontrent des difficultés financières. La startup Ascend Elements Inc., basée dans le Massachusetts, a déposé le bilan en avril. De son côté, Li-Cycle Holding Corp. a demandé une protection contre la faillite l’année dernière.
Dans le cas de Li-Cycle, son principal créancier, Glencore Plc, a pris le contrôle de certains actifs. Ces difficultés financières interviennent alors que les États-Unis cherchent précisément à renforcer leurs capacités domestiques dans le domaine des matériaux issus du recyclage des batteries.
La nouvelle réglementation pourrait donc avoir un double effet. D’un côté, elle est susceptible de favoriser le maintien des matières recyclables sur le territoire américain et de renforcer l’intérêt pour des investissements dans des capacités locales de raffinage. De l’autre, les infrastructures disponibles ne seraient actuellement pas suffisamment importantes pour absorber la totalité des matériaux qui sont aujourd’hui exportés.
Lee Allen souligne ainsi que les restrictions pourraient renforcer l’argument en faveur d’investissements dans les capacités de raffinage domestique. Mais les États-Unis manqueraient pour l’instant de capacités suffisantes pour traiter l’ensemble des matériaux concernés. La mesure pourrait donc modifier les flux de matières premières sans résoudre immédiatement la question des capacités industrielles disponibles.
Pour les acteurs du recyclage automobile et des batteries, cette situation représente un enjeu important. Les déchets de batteries lithium-ion peuvent fournir une source de lithium, de cobalt, de nickel et d’autres matériaux. Mais leur valorisation nécessite des capacités industrielles permettant de transformer ces déchets en matières pouvant être réutilisées.
Washington veut sécuriser ses approvisionnements
La décision américaine découle d’une mesure signée la semaine précédente par Donald Trump. Celle-ci autorise les responsables américains à restreindre les exportations de déchets industriels contenant des minéraux et matériaux critiques, désignés par l’acronyme CMM dans le texte source. L’objectif affiché est de renforcer les approvisionnements américains et de réduire la dépendance à la Chine.
Le Département du Commerce estime que l’approvisionnement insuffisant en matériaux critiques récupérables représente un risque croissant pour la défense et la sécurité nationales. Il justifie ainsi la nécessité de prendre rapidement des mesures pour sécuriser ces ressources à l’intérieur des États-Unis.
La restriction concernant la ferraille de tungstène et la masse noire doit rester en vigueur pendant un an. Les fournisseurs devront donc privilégier le marché intérieur, tout en conservant la possibilité de demander des exemptions.
Cette évolution pourrait avoir des répercussions sur les chaînes d’approvisionnement internationales, en particulier pour les recycleurs asiatiques qui utilisent la masse noire américaine. Les marchés du nickel, du cobalt et du manganèse pourraient notamment être concernés par une diminution de la disponibilité des matériaux en provenance des États-Unis.
Le secteur automobile est directement lié à cette problématique par l’utilisation d’outils de précision à base de tungstène dans les usines et par l’importance croissante du recyclage des batteries lithium-ion. La masse noire constitue en effet une source de plusieurs matériaux essentiels aux chaînes de valeur liées aux batteries.
Le principal enjeu réside toutefois dans l’écart entre l’objectif politique et les capacités industrielles actuellement disponibles. Les États-Unis souhaitent conserver davantage de matériaux critiques sur leur territoire, mais les capacités de raffinage et de traitement ne seraient pas suffisantes pour absorber l’ensemble des volumes aujourd’hui exportés.
La réglementation annoncée à Washington marque donc une nouvelle étape dans la politique américaine de sécurisation des approvisionnements. Elle vise à conserver sur le territoire national le tungstène recyclé et la masse noire issue des batteries, tout en favorisant potentiellement les investissements dans les capacités de traitement domestiques. Son efficacité dépendra cependant des infrastructures disponibles, alors que plusieurs recycleurs nord-américains ont récemment rencontré des difficultés financières.
Notre avis, par leblogauto.com
La décision américaine vise à sécuriser les approvisionnements en matériaux critiques en limitant pendant un an l’exportation de ferraille de tungstène et de masse noire. Cette dernière représente une source de lithium, de cobalt et de nickel, notamment pour les chaînes liées aux batteries lithium-ion. Le principal point de vigilance concerne la capacité industrielle américaine, actuellement jugée insuffisante pour absorber tous les matériaux qui sont exportés aujourd’hui. La mesure pourrait donc encourager les investissements dans le raffinage domestique tout en perturbant les approvisionnements des recycleurs asiatiques.
Crédit illustration : rsrecycling.

