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    Cars Story #26 : Hommell Berlinette Échappement, écouter le public ne fait pas un succès

    Owen ClenobiOwen Clenobi29 mai 20267 commentaires
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    Aujourd’hui, Cars Story s’arrête sur une aventure automobile française insolite : la Berlinette Hommell. Quand un passionné de voiture se prend à rêver d’offrir LA voiture aux connaisseurs.

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    Avant-propos

    Lorsque la seconde Guerre mondiale prend fin le 8 mai 1945, le paysage automobile français est… morose.

    Au mieux.

    Le pays et ses bâtiments sont ruinés, et si le carburant recommence à brûler sous les capots avec des modèles économiques et populaires – la Citroën 2CV et sa concurrente au losange la 4CV, ainsi que leurs homologues étrangères – il faudra attendre les années 50 puis 60 pour voir apparaitre des vraies sportives et les compétitions qui vont avec.

    C’est dans ce contexte qu’un tout jeune Michel Hommell (CE PERSONNAGE EST IMPORTANT), né le 20 février 1944 fonde en 1965 une imprimerie dans sa ville de naissance, Nancy.

    Son imprimerie connaissant le succès et le nancéen étant passionné d’automobile (quel doux euphémisme…), il se constitue une collection de voitures, parmi laquelle une Renault Dauphine 1093 avec laquelle il s’engagera au rallye du Printemps 1965, dans l’Hérault.

    Une carrière de pilote passionné

    Mais c’est en 1966 que sa carrière de pilote va vraiment décoller, lorsqu’il s’engage dans la toute première saison d’un championnat réservé aux pilotes amateurs, la Coupe de France Renault Gordini, mais tout le monde l’appelle… La Coupe R8 Gordini !

    Sacré morceau, cette coupe. Plusieurs grands noms du sport automobiles sont passés par là avant de grimper vers des catgéories supérieures :

    • Jean-Pierre « Le Grand Blond » Jabouille
    • Bernard « La Luge » Darniche
    • Jean-Luc « Le Fox » Thérier
    • Jean « Jeannot » Ragnotti
    • Jean-Claude « La Panique » Andruet
    • Alain Cudini
    • Patrick Bourdais, le père de Sébastien
    • Jean-Pierre Jarier (CE PERSONNAGE EST IMPORTANT)
    • Liste non-exhaustive.

    Au total, Michel Hommell ne fera que 3 saisons – 66, 67 et 68 – dans ce championnat, au cours desquelles il remportera une victoire (si vous vous posiez la question : à Nogaro en 67) et dix podiums. Pourtant, malgré ces résultats plutôt corrects, il interrompt sa carrière de pilote à la fin de la saison 1968 pour se consacrer à son tout dernier projet, le magazine…

    Échappement

    Quand le premier numéro d’Échappement sort en février 1968, il parle d’échappement au sens large : on y trouve du sport auto, bien sûr, mais aussi du tourisme et des loisirs. Or, pour un magazine, il vous faut un rédacteur en chef, et dans le cas d’Échappement, celui-ci s’appellera … Jean-Pierre Jarier.

    Mais l’aventure Hommell – Jarier fut courte, car celui que l’on surnomme « Godasse de plomb » partit courir en Formule 3. Heureusement pour les employés et la suite de notre histoire, Échappement se vend plutôt bien, et d’autres titres édités par d’autres sociétés rejoignent ce qui est désormais le Groupe Michel Hommell.

    Avec la croissance du groupe, le siège social suit. Après avoir quitté Nancy pour l’ïle de France – en l’occurence la rue de Lille à Paris 7 – le groupe déménage à SaintCloud puis à Suresnes, siège social qu’il occupera jusqu’à sa liquidation judiciaire en décembre 2020.

    Une idée lancée au détour d’une conversation dans un bistrot

    Mais, revenons au siège de la rue de Lille. En février 1990, une réunion de travail a lieu dans le bistrot en face du bâtiment. Autour de la table, trois personnes :

    • Olivier Quesnel (oui, comme le patron de Citroën Sport à l’époque de Sébastien Loeb, normal c’est lui), directeur général du Groupe Michel Hommell
    • Jean-Charles Rédélé, le fils du fondateur d’Alpine
    • Gilles Dupré, rédacteur en chef d’Échappement (CE PERSONNAGE EST IMPORTANT)

    Dupré et Quesnel discutent de l’organisation d’Échappement tandis que Rédélé conseille Hommell sur sa collection personnelle d’Alpine. Rédélé s’en va, et Michel Hommell s’assoit à la table. Olivier Quesnel lui fait son rapport, puis retourne à son bureau, laissant Michel Hommell et Gilles Dupré seuls.

    Banco !

    Mais, Hommell et Quesnel ne parlent pas du magazine. En effet, le nancéen – qui est, je le rappelle, passionné de voiture depuis l’enfance – vient de discuter avec le fils du fondateur d’Alpine qui lui a PERSONNELLEMENT conseillé des voitures à acheter, donc le patron de presse est sur un nuage, et là il lance, comme ça, sans transition : « Dis donc, qu’est-ce que ce serait chouette de construire une berlinette ! ».

    Sans savoir que Gilles Dupré bosse sur le projet depuis 10 ans !

    Ah oui, je vous ai pas dit : Gilles Dupré était ingénieur avant de rejoindre Michel
    Hommell. Et le rédac’chef de répondre, le plus naturellement du monde : « Écoute, si tu
    veux, moi je suis prêt. »
    (Source)

    Elle se voulait l’héritière de l’A110 – Crédit T. Emme

    Premières affres de la réalité…

    Mais la réalité a ce don de pouvoir mettre des énormes claques à n’importe quel passionné qui accumule assez de courage pour réaliser son rêve, aussi il n’est pas question de commercialisation.

    Pour l’instant.

    Pour les besoins de ce projet, disons-le, complètement timbré, un atelier de 600m² est construit au rez-de-chaussée du siège social, pour la construction d’un prototype.

    Ainsi, Gilles Dupré cumule les casquettes de rédac’chef le jour et constructeur automobile la nuit. Et cette voiture, issue d’une discussion de comptoir, fabriquée la nuit et qui se donne pour mission de succéder à l’A110, c’est la …

    Hommell Berlinette Échappement

    Dans le numéro 270 d’Échappement, en avril 1991, un encart sur la couverture et l’intégralité de la page 70 invitent les lecteurs à envoyer, par courrier, leur définition de ce que devrait être la « berlinette des années 90 ».

    2 000 lettres de lecteurs plus tard, Gilles Dupré et Michel Hommell tiennent leur concept. La Berlinette Échappement sera un coupé 2 portes et 2 places, propulsé par un moteur atmosphérique en postition transversale posé sur le train arrière et une boîte manuelle à 6 vitesses.

    La carrosserie sera en polymère, l’intérieur dépouillé et les aides à la conduite poussées sur le côté, loin très loin, hors de la voiture, le tout pour garantir une voiture la plus légère possible.

    Et maintenant qu’on a un concept, il faut des pièces. Pour l’esthétique, des phares et un pare-brise de Citroën XM, des feux arrières de Citroën ZX et des jantes de Peugeot 605 V6.

    Une voiture française, construite à l’anglaise

    Côté technique, la Berlinette Échappement était propulsée par un 4 cylindres en ligne atmosphérique de 1905 cm3, le XU9 J4 extrait de la Peugeot 405 Mi16 et développant 155 cv. La boîte de vitesses, le berceau et triangles inférieurs sont issus de la même voiture.

    Enfin, le tout repose sur un châssis et des suspensions avant conçues sur-mesure par Gilles Dupré – en partenariat avec Michelin, on va y revenir – lui-même. Le prototype ainsi terminé est présenté, peint en bleu de France, au salon de Paris en 1992 … où la voiture enregistrera plusieurs commandes fermes ! Et quelles commandes ! Malgré un prix de 250 000 francs (soit 64 137,61 euros de 2025), 12 acheteurs sortiront leur carnet de chèque pour se procurer la voiture.

    Oui, vous avez bien lu, ce prototype de voiture conçu par un magazine a séduit des acheteurs alors qu’il n’est même pas en vente !

    Et puisque la Berlinette Échappement vient de devenir une voiture de série, il faut désormais l’homologuer sur route, et rien que ça, ça pose déjà problème, parce que le moteur de la 405 Mi16 pollue trop pour les nouvelles normes.

    Une version RS2 – Rundvald CC BY-SA 4.0

    Un patchwork de pièces « sur étagère »

    Qu’à cela ne tienne, il existe un autre 4 cylindres atmosphérique chez PSA qui irait bien à la voiture, c’est le XU10J4D de la 306 S16, qui, avec ses 2 litres de cylindrée et son système ACAV (Admission à Caractéristique Acoustique Variable), développait 155 cv à 6500 tours/minute.

    La boîte de vitesses est elle aussi d’origine PSA, bien qu’elle soit équipée d’un sixième rapport, d’un carter et étagement adaptés, ainsi que de pignons spécifiques pour la faire tourner à l’envers, puisque le bloc moteur a aussi été tourné à 180 degrés.

    Maintenant qu’on a des pièces, il faut les construire, et pour ça, les Automobiles Michel Hommell pourront compter sur des gens tout aussi passionnés qu’eux, mais qui doivent ronger leur frein (hehehehe) chez les industriels qui les emploient.

    Le moteur sortira de l’usine de Trémery (près de Metz), la boîte de vitesses sera assemblée à Valenciennes, le châssis viendra de Rennes, et Michelin s’occupera des pneus (en l’occurrence, des MXX3) et de la géométrie des suspensions.

    Enfin, toutes ces pièces seront expédiées à l’usine Hommell, une ancienne laiterie située dans le village où le nancéen a ouvert son Manoir de l’Automobile et des Vieux Métiers…

    Crédit Manoir de L’automobile

    Lohéac

    Cœur névralgique de toute l’aventure Hommell, rien ne prédestinait ce petit village Breton à prendre l’importance qu’il a aujourd’hui dans le monde su sport automobile. Mais ça, c’était avant.

    Avant que Michel Hommell ne tombe amoureux de la Bretagne, avant qu’il n’achète une maison à Lohéac, avant qu’il n’y ramène le rallycross (oui oui, le rallycross de Lohéac, c’est Michel Hommell) et avant qu’il n’y rassemble toute sa collection d’automobiles dans son Manoir de l’Automobile et des Vieux Métiers, qui, comme son nom ne l’indique pas, est un vieux corps de ferme rénové.

    Donc, quand il doit prendre son prototype et le fabriquer en série, c’est bien évidemment à Lohéac qu’il pense, et une fois les voitures assemblées dans l’ancienne laiterie, elles roulent jusqu’au circuit de test en asphalte construit pour l’occasion, situé à 1,2 km de l’usine et que vous avez probablement déjà vu chez Sylvain Lyve, Depielo, Étienne Moustache ou Yann Le Jossec (régional de l’étape, patron de Pégase).

    Le logo de la marque est trois épis de blé. Un logo terrien quand d’autres comme Venturi préféraient un logo aérien avec le faucon gerfaut.

    Conclusion : une aura plus importante que son succès

    Au total, la Berlinette Échappement se vendra à 69 (hehehehe) exemplaires. Sa soeur sans toit ni pare-brise, la Barquette, sera commercialisée un an de plus, mais connaitra moins de succès avec seulement 52 ventes. En 1997 viendra la Berlinette RS, nommée d’après le code de son moteur chez PSA, le XU10J4RS.

    Cette évolution du moteur de la 306 S16 dont on parlait plus tôt perd son ACAV, ce qui fait grimper sa
    puissance à 167 cv. Les phares et passages de roues arrière sont également redessinés. Enfin, la Berlinette RS2 gardera l’esthétique de la RS mais son moteur sera poussé à 195 cv par le préparateur Danielson Engineering, situé à Magny-Cours.

    Elle sera présentée au salon de l’auto de Paris en 2000, et restera au catalogue pendant 3 ans. Hélas, la plus puissante des Hommell est aussi la dernière.

    Des tentatives de relance infructueuses

    Deux prototypes, le Cabster et la Barquette Échappement, seront fabriqués mais jamais commercialisés. Ils sont conservés au Manoir de l’Automobile de Lohéac, comme le reste de la gamme Hommell.

    En 2005, des investisseurs chinois tenteront de racheter les plans de la Berlinette Échappement pour la produire là-bas, mais les négociations n’aboutiront pas et la crise financière de 2008 achèvera définitivement le petit constructeur, après avoir vendu 242 voitures en 15 ans, 6 mois et 13 jours.

    En écoutant le public, Michel Hommell et ses équipes ont créé une super voiture qui continue d’être appréciée en piste. Cependant, comme le Renault Spider, ou « The Homer » (voiture créée par Homer Simpson pour son frère Herb), le succès ne sera pas totalement au rendez-vous (euphémisme).

    Pour terminer, je tiens à remercier toute l’équipe du blogauto de m’avoir laisser écrire cet épisode, merci à vous.

    C’était Owen Clénobi pour ce 26e numéro de Cars Story, à plus dans le bus !

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    7 commentaires

    1. Commandant Tour on 29 mai 2026 13h55

      La plus belle version est probablement la Vaillante : une belle aventure mais il ne faut jamais trop écouter le public ….
      C est comme le bio ou « acheter français » tout le monde dit oui, mais au final ça va chez Lidl, action ou sheim.
      Idem pour toutes les ex-nouvelles Méhari, un marché énorme à écouter les gens mais y a pas de client

      Reply
      • amazon on 29 mai 2026 14h06

        Oui la vaillante, je ne m’en souvenais plus! c’est vrai qu’elle est belle avec sa ligne type des années 60.

        Pour la méhari, il faut se souvenir que c’était un utilitaire, la voiture de plage n’existait pas vraiment.
        mon oncle en avait une, bien plus pratique que l’acadiane pour charger botte de paille et très utilisé aussi par les mareyeurs; les versions utilitaires ont fait le gros des ventes.
        Après il faut aussi relativiser le « succès » de la Méhari, 150 000 de vendu en 20 ans il me semble. 7000 à l’année, je ne suis pas sûr que l’on appellerait ça un succès de nos jours.

        Reply
        • Thibaut Emme on 29 mai 2026 15h15

          @Amazon : replacez les ventes dans le marché de l’époque pour la Mehari (ou la Rodéo).
          Le marché FR automobile est de moins de 600 000 par an au début de sa carrière.
          Il faut attendre le début des années 80 pour que les ventes neuves décollent réellement en FR (fin du choc pétrolier, changements de société, etc.).

          Surtout, si elle a été commercialisée jusqu’en 1987, la carrière de la Méhari est plus courte en réel, environ 15 ans, la fin étant anecodtique.

          Un Renault wind c’est 15 000 exemplaires, Krrr kr kr !
          Un Renault Spider moins de 1 800.
          Deux exemples de véhicules décalés/passion pour comparer.

          Reply
      • Thibaut Emme on 29 mai 2026 15h16

        @Commandant Tour : le souci pour la Méhari ou la Rodéo, c’est la fausse nostalgie…

        Citroën aurait le même pbm s’ils sortaient une « vraie descendante » de la 2CV : dépouillée, simplissime, sans chichi…un peu comme une Tata Nano en fait 🙂
        La Méhari a une aura, mais comme toutes ces voitures, personne n’en veut réellement…aaaah la R8 Gordini…et quand on monte dedans « mais on se traine en fait »…

        Reply
        • Commandant Tour on 29 mai 2026 16h12

          @Thibaut : on est complétement d’accord. Il y a nostalgie et belle côte d’amour mais basées sur des souvenirs souvent fantasmés … et probablement sur des autos qu’on ne possédaient pas en propre (celle du grand père ds la maison de vacances, celle du père d’un pote a la campagne…). Donc quand il s agit de dépenser ses sous pour une auto a usage tres limité, ben, y a plus de sous pour ca 🙂

          Reply
    2. Alphasyrius on 29 mai 2026 14h21

      CE MESSAGE EST IMPORTANT

      Reply
    3. panama on 29 mai 2026 16h05

      Je vous trouve tous très durs : le nombre d’exemplaires vendus est plus qu’honorable pour ce type de véhicule.

      Reply
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