F1 : la FIA veut revoir le contrôle des moteurs et les procédures de départ

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Taux de compression : le poil à gratter de ce début 2026

Comme vous le savez peut-être, le monde de la F1 est obsédé depuis fin 2025 par le “taux de compression” : Mercedes a vraisemblablement trouvé une “faille” dans la règlementation moteur concernant la mesure du taux de compression, qui est fixé à 16:1, contre 18:1 jusqu’à présent. La législation ayant prévu de mesurer ce taux dans des conditions “ambiantes”, c’est à dire à froid, Mercedes aurait développé son moteur pour qu’il s’affranchisse de cette limite dans des conditions d’utilisation “à chaud”, où le taux n’est pas mesuré. Résultat ? Un possible gain de performances de 15 à 20 CV, qui laisse peser le spectre d’une nouvelle domination de Mercedes sur la F1, comme lors de l’avènement de l’hybride en 2014. 

Depuis, ça s’est beaucoup agité dans le paddock. Ferrari, Ford, Honda, Audi sont montés au créneau, ainsi que Red Bull Ford, qui, selon les rumeurs, avait tenté aussi d’exploiter cette faille, mais visiblement sans y parvenir comme les ingénieurs de Brixworth. La FIA a temporisé, considérant l’approche de Mercedes comme légale, mais l’idée de repousser à 2027 des ajustements règlementaires n’a pas convaincu les autres motoristes qui sont bien décidés à freiner au plus tôt (ou à rattraper ?) l’avantage dont disposerait Mercedes. Si l’approche du moteur allemand, sur le papier, n’est pas en contravention de la loi, les autres y voient une interprétation limite de l’esprit des règles.  

La pression des motoristes fait son effet

Une réunion importante s’est donc tenue dans le paddock de Bahreïn ce mercredi avec la commission F1 et la commission des motoristes, pour trancher cette polémique qui empoisonne le paddock depuis plusieurs semaines. Aucune mesure importante ne pouvant être adoptée avant l’entame de la saison, un compromis a donc été proposé. 

La FIA a soumis au vote des écuries une nouvelle façon de mesurer la compression, en ajoutant un autre contrôle à température de fonctionnement, autour de 130 °C, dans un état proche de la pleine charge. Si la proposition passe, elle entrerait en vigueur dès le 1er août 2026, au moment de la pause estivale qui donnerait ainsi le temps à tout le monde de s’adapter en vue du Grand Prix des Pays-Bas, le tout sous réserve de validation finale par le Conseil Mondial du Sport Automobile. 

Derrière ce débat très technique, c’est surtout une bataille d’interprétation du règlement qui se joue. La F1 a toujours été marquée par ces batailles, au temps des débuts de l’effet de sol, des jupes latérales, de la consommation d’essence, des turbos, etc. Et comme souvent en F1, la ligne entre légalité pure et “esprit des règles” pourrait bousculer la hiérarchie et redéfinir l’équilibre des forces bien avant même la mi-saison.  Mercedes joue la carte de la sérénité depuis le début, et il ne faut oublier que 4 écuries sont dépendantes du moteur allemand : en plus du team officiel, McLaren, Williams et Alpine disposeront du V6 de l’étoile. Mais le poids conjoint des autres motoristes pourrait bien faire basculer les choses. 

Départs chaotiques ?

La polémique sur le taux de compression a été éclipsée ces derniers jours par d’autres problématiques. Les premiers essais officiels ont fait ressortir différentes inquiétudes venant des pilotes sur le pilotage. La plus tonitruante des déclarations est venue de Max Verstappen, qui n’a pas caché sa frustration et son peu d’engouement pour ces nouveaux moteurs dont l’énergie électrique représente désormais 50% de la puissance totale. Dénonçant, une “Formule E sous stéroïdes”Verstappen estime que la gestion de la batterie est devenue trop importante dans le pilotage.  

La principale source d’inquiétude a porté sur les départs. Avec une architecture moteur reposant sur une répartition énergétique 50 % thermique et 50 % électrique, les pilotes doivent désormais lancer et stabiliser le turbo à haut régime avant le départ, mais cela induit une procédure nécessiter plusieurs secondes, plus longue qu’auparavant. Il faut maintenir le turbo en pression afin de limiter le turbo lag (le temps de réaction), tout en évitant une surcharge de la batterie. Un vrai casse-tête. 

Ferrari seule contre tous

Les difficultés avaient en effet été anticipées par les équipes lors du développement des monoplaces 2026. Une proposition, visant à modifier la séquence des feux, avait été soumise l’été dernier à la Commission F1, mais elle fut bloquée jusqu’à présent par Ferrari, qui a développé son moteur en fonction de cette problématique de turbo lag.  Frédéric Vasseur a argué que tout le monde était au courant de cette problématique et que les autres constructeurs doivent assumer leurs choix conceptuels moins adaptés à ces contraintes. La Scuderia aurait opté pour une turbine plus petite que ses rivaux, notamment Mercedes, dans le but de mieux contrôler le turbo lag.   

Andrea Stella, directeur de l’écurie de McLaren, a demandé des ajustements dans les procédures, soulignant des enjeux de sécurité. Le délai qui pose un vrai casse-tête : les pilotes positionnés en tête de grille disposent naturellement de plus de temps pour préparer leur système, contrairement à ceux placés en fond de grille, susceptibles d’être pénalisés par un manque d’anticipation. Le spectre de calages en série, de procédures trop longues avec des ratés et des interruptions de procédure ou même de différentiels de vitesse dangereux entre les monoplaces a surgi. Ferrari, qui a fait des compromis sur la conception du moteur pour prendre en considération cette donne technique, s’oppose à toute modification du règlement.   

Une nouvelle procédure en phase de test

La FIA a tranché et organise des simulations de séquence de départ lors de la deuxième semaine d’essais à Bahreïn. Chaque journée inclut une simulation spécifique en fin de session afin d’évaluer différents scénarios. 

Un délai de 1 seconde entre chaque extinction de feu rouge a été introduit, pour mieux gérer le temps de mise en charge. Une fois replacées sur la grille, une phase d’avertissement inédite s’active avec les panneaux lumineux qui clignotent en bleu pendant cinq secondes. Après cette séquence d’alerte, la procédure traditionnelle des feux rouges reprend son cours normal. Les pilotes ont ainsi un signal précis pour enclencher la montée en régime du turbo et éviter toute surprise au moment critique. 

La fédération a également confirmé que les pilotes recevront une indication claire leur permettant de savoir exactement quand activer la procédure de préparation du turbo. Mercredi soir, les onze pilotes engagés ont testé cette nouvelle méthode. La procédure s’est déroulée assez correctement et l’on peut imaginer que cela va s’améliorer avec de l’expérience emmagasinée. Verstappen et Hamilton semblent indiquer que cela n’est pas délicat mais simplement plus long qu’auparavant. 

Technologie 1 – Spectacle 0 ?

Les fans n’ont pas manqué néanmoins de souligner plusieurs éléments peu enthousiasmants, en termes de spectacle : les diodes clignotantes de toutes les voitures, font penser à des engins de chantier. La longueur de la procédure fait perdre de l’intensité au départ…et c’est sans compter sur le bruit à haut régime des moteurs, qui ne suscite pas beaucoup d’émotion…Le rendu sonore peine à ravir les mélomanes de la mécanique. Les V6 hybride introduits en 2014 n’étaient pas très excitants, mais la crainte est que les nouveaux moteurs 2026 soient encore plus insipides, surtout si les pilotes doivent faire beaucoup de gestion.  

On l’aura compris : les négociations vont s’intensifier, chacun y allant de son lobbying pour exploiter le moindre avantage ou au contraire mettre à mal celui d’un rival. Si Mercedes doit céder sur le taux, Ferrari devra peut-être en retour céder sur les procédures de départ où elle est moins pénalisée que d’autres… 

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