UE et voitures électriques : un virage plus lent que prévu

L’UE assouplit ses objectifs CO2 pour 2035. Les ventes de voitures électriques pourraient être limitées, selon le groupe T&E.

Les orientations récentes de l’Union européenne en matière de réglementation automobile pourraient profondément modifier la trajectoire du marché des voitures électriques à l’horizon 2035. Alors qu’une interdiction de facto des ventes de véhicules neufs à moteur thermique était initialement prévue, les nouvelles propositions de la Commission européenne introduisent davantage de flexibilité. Selon l’ONG Transport & Environment (T&E), spécialisée dans les transports propres, cette évolution réglementaire risque de freiner la généralisation des véhicules électriques à batterie (BEV) sur le marché européen.

Un objectif CO2 revu sous la pression industrielle

Initialement, l’Union européenne visait une réduction de 100 % des émissions de CO2 pour les voitures et utilitaires neufs en 2035, ce qui revenait à exclure les moteurs à combustion interne du marché. En décembre, la Commission européenne a toutefois proposé un objectif de réduction ramené à 90 % par rapport aux niveaux de 2021. Cette inflexion, intervenue après des échanges avec les constructeurs automobiles, ouvre la porte à la commercialisation de véhicules neufs émettant encore du CO2 au-delà de 2035.

Selon T&E, dans le cadre de ces nouvelles règles, les véhicules électriques représenteraient environ 85 % des ventes de voitures neuves dans l’UE à partir de 2035. Toutefois, cette part pourrait chuter de manière significative, jusqu’à 50 %, en fonction des stratégies industrielles et des types de motorisations encore autorisées. L’organisation estime que ce changement marque le recul le plus important des politiques environnementales européennes depuis plusieurs années.

Des parts variables pour les motorisations non électriques

Dans un rapport publié mardi, T&E analyse différents scénarios de ventes après 2035. Les constructeurs automobiles pourraient, selon l’ONG, écouler entre 5 % et 50 % de véhicules non électriques. La fourchette basse correspondrait à la poursuite de la vente de voitures à moteur thermique fortement émettrices de CO2, tandis que la fourchette haute serait atteinte si les marques privilégiaient des hybrides rechargeables à autonomie étendue, considérés comme les plus efficaces dans cette catégorie.

Le scénario jugé le plus probable par T&E repose sur une part de 15 % de véhicules non BEV. Celle-ci inclurait à la fois certains modèles à moteur à combustion interne et des véhicules hybrides rechargeables. Cette diversité de motorisations permettrait aux constructeurs de s’adapter plus progressivement à la transition énergétique, mais elle ralentirait la disparition des émissions liées au parc automobile neuf.

L’ONG alerte également sur les conséquences industrielles de ce choix. Elle estime que l’assouplissement des règles pourrait renforcer l’avance des fabricants chinois sur le marché mondial du véhicule électrique à batterie, ces derniers ayant déjà massivement investi dans cette technologie.

Des impacts mesurables sur les émissions à long terme

Au-delà de 2035, les effets de ces ajustements se feraient sentir sur l’ensemble de la période 2025-2050. Le rapport de T&E indique que l’allongement des délais pour atteindre les objectifs intermédiaires de 2030 entraînerait des émissions de CO2 des voitures supérieures de 10 % sur cette période, comparativement aux règles initiales plus strictes.

La Commission européenne, de son côté, met en avant les bénéfices économiques de sa proposition. Elle affirme que cette flexibilité réglementaire permettrait aux constructeurs automobiles d’économiser environ 2,1 milliards d’euros sur trois ans. Ces économies pourraient être réinvesties dans l’innovation, le développement de nouvelles plateformes électriques et le lancement de modèles zéro émission.

Le processus législatif n’est toutefois pas achevé. Les propositions devront encore être examinées et approuvées par le Parlement européen et le Conseil, qui regroupe les gouvernements des États membres. T&E souligne qu’un risque d’affaiblissement supplémentaire des règles existe au cours de ces débats, ce qui pourrait encore modifier l’équilibre entre véhicules électriques, hybrides et thermiques sur le marché européen.

Notre avis, par leblogauto.com

Les propositions de la Commission européenne traduisent une recherche de compromis entre objectifs climatiques et contraintes industrielles. Les chiffres avancés par T&E montrent que même un assouplissement limité peut avoir des effets durables sur les émissions de CO2 du secteur automobile. La part finale des véhicules électriques dépendra largement des choix technologiques des constructeurs après 2035. Le débat parlementaire à venir sera déterminant pour fixer le cadre définitif de la transition automobile européenne.

Crédit illustration : leblogauto.

Un commentaire

  1. T&E… c’est pas plutôt Turlute, pour amadouer le chaland… et Enculade, pour ceux qui pensent que le VE fait une bonne citadine, mais pas plus?

    Encore une ONG, cad un organisme d’influence dont on aimerait savoir qui le finance (Chine?), non neutre et qui estime qu’assouplir va favoriser les chinois tout en soulignant leur avance qui fait plutôt (quand on est logique) rapidement leur lit ici si on n’assouplit pas.

    Comme si le scandale des quotas CO2 à la charge des industriels (et in-fine au bénéfice de Tesla&Co pour éviter les lourdes amendes) qui ont le plus de boulot d’électrification des gammes à réaliser, en plus d’un historique en thermique à gérer… s’ajoutant aux malus à charge des clients… ne suffisait pas à leur bonheur!!!

    C’est le problème quand on veut pousser le bouchon trop loin/trop vite par rapport à ce qui a un sens niveau industrialisation/usages: Ça ne fonctionne pas et à la fin on n’aura même pas réussi à imposer le VE en second véhicule pour des usages qui ont le plus d’impact sur la pollution locale (et les vrais polluants, pas le CO2) et sans représenter une régression importante à l’usage.

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