La réduction des rabais fiscaux chinois à l’exportation secoue le secteur des batteries et redistribue les cartes du marché automobile mondial.
La décision de Pékin de revoir à la baisse certains rabais fiscaux à l’exportation a provoqué une réaction immédiate sur les marchés financiers asiatiques. Le secteur stratégique des batteries, pilier de l’industrie automobile électrique et du stockage d’énergie, s’est retrouvé sous pression, tandis que des acteurs étrangers, notamment sud-coréens, ont profité de ce changement de politique industrielle. Cette annonce s’inscrit dans un contexte de tensions commerciales persistantes et de volonté affichée des autorités chinoises de mieux encadrer la croissance d’un secteur jugé en surcapacité.
Chute marquée des valeurs chinoises des batteries
Les actions des principaux fabricants chinois de batteries ont enregistré de nettes baisses après l’annonce officielle d’une réorganisation des rabais de taxe sur la valeur ajoutée applicables aux exportations. Contemporary Amperex Technology Co. (CATL), premier fabricant mondial de batteries pour véhicules électriques, a mené le repli avec une chute de 4,8 % lors des échanges intérieurs de lundi, figurant parmi les plus mauvaises performances de l’indice MSCI China. D’autres acteurs du secteur, tels qu’Eve Energy Co. et Gotion High-Tech Co., ont également reculé de plus de 4 % au cours de la séance.
À partir d’avril, la Chine prévoit de réduire les rabais de TVA sur 22 produits liés aux batteries, faisant passer le taux de 9 % à 6 %, avant une suppression complète programmée pour 2027. Pour les investisseurs, cette évolution a été perçue comme un signal de durcissement à venir concernant les exportations de batteries, qui avaient constitué un moteur important de la demande l’an dernier. Selon plusieurs analystes, la réaction des marchés relève en grande partie d’un ajustement rapide aux nouvelles perspectives de rentabilité et de compétitivité à l’export.
Une politique industrielle dans un contexte de tensions commerciales
Cette réforme fiscale intervient alors que Pékin cherche à freiner certaines exportations sensibles, notamment celles liées aux batteries et aux technologies énergétiques, dans un climat de relations commerciales complexes avec plusieurs partenaires internationaux. Malgré une trêve tarifaire avec les États-Unis, les tensions avec l’Union européenne demeurent élevées, ce qui renforce la prudence des autorités chinoises.
En parallèle, le gouvernement exhorte déjà l’industrie des batteries à limiter l’expansion excessive des capacités de production et à éviter une concurrence jugée trop agressive. Le secteur automobile électrique, fortement dépendant de la chaîne d’approvisionnement des batteries lithium-ion, pourrait être impacté par cette volonté de rationalisation. Les fabricants de second rang apparaissent particulièrement exposés, leur modèle reposant souvent sur des prix bas rendus possibles par des remboursements de TVA plus élevés. La baisse de ces avantages fiscaux pourrait entraîner une compression des marges et intensifier la pression concurrentielle.
Effets contrastés sur le lithium et les acteurs étrangers
Paradoxalement, le marché du lithium a évolué à contre-courant. Les contrats à terme sur le carbonate de lithium ont poursuivi leur hausse, progressant de 9 % sur le Guangzhou Futures Exchange pour atteindre 156 060 yuans la tonne. Cette dynamique est alimentée par l’anticipation d’une accélération temporaire des exportations de produits liés aux batteries avant l’entrée en vigueur des nouvelles règles fiscales. Les actions de producteurs comme Tianqi Lithium Corp. et Ganfeng Lithium Group Co. ont ainsi gagné jusqu’à 6 % à Shenzhen.
À l’inverse des fabricants chinois de batteries, les entreprises sud-coréennes de matériaux pour batteries ont profité de l’annonce. La réduction de l’avantage de coût des concurrents chinois a favorisé des groupes comme Ecopro BM Co. et POSCO Future M Co., dont les titres ont progressé de plus de 6 %. Cette évolution souligne la dimension internationale de la chaîne de valeur automobile et l’impact direct des politiques fiscales sur la compétitivité globale.
Enfin, Pékin a également confirmé la suppression des rabais fiscaux sur les exportations de cellules solaires, une décision qui a soutenu les actions de plusieurs leaders chinois du photovoltaïque. Cette mesure, largement anticipée par l’industrie, devrait accélérer la consolidation du secteur en éliminant les acteurs les moins efficaces.
Notre avis, par leblogauto.com
La réduction progressive des rabais fiscaux à l’exportation marque une inflexion claire de la politique industrielle chinoise dans les batteries et l’énergie. À court terme, elle fragilise surtout les fabricants de second rang, tandis que les leaders mondiaux semblent mieux armés pour absorber le choc. Pour l’industrie automobile électrique, cette évolution pourrait contribuer à une recomposition de la chaîne d’approvisionnement et à un rééquilibrage de la concurrence internationale. Elle confirme enfin la volonté de Pékin de privilégier la consolidation et la discipline de marché plutôt qu’une croissance tous azimuts.
