Accueil Historique Adieu « El Lole » : Carlos Reutemann (1942-2021)

Adieu « El Lole » : Carlos Reutemann (1942-2021)

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Reutemann

 » El Lole », c’est le surnom affectueux qui avait été donné à l’ancien pilote argentin, à cause de sa façon amusante de prononcer los lechones (les cochons) quand il était enfant. Carlos Reutemann fut l’un des grandes figures de la Formule 1 des années 70 et du début des années 80, un pilote doté d’un indéniable coup de volant, mais à qui fut reproché une certaine faiblesse psychologique pour devenir champion du monde.

Après avoir débuté dans son pays natal à la fin des années 60 dans des courses de tourisme et de monoplace, l’argentin part vers l’Europe, point de passage incontournable à l’époque pour faire ses classes et être repéré par les grandes équipes. Il débarque en Formule 2 et dès sa seconde saison, en 1971, il termine vice-champion derrière Ronnie Peterson au volant d’une Brabham.

de Brabham à Ferrari

Ces bons résultats lui valent en 1972 d’être promu en Formule 1 au sein de l’écurie Brabham alors dirigée par Bernie Ecclestone. Il réalise d’entrée un coup d’éclat en signant la pole position à Buenos Aires pour son premier grand prix, ce que seuls Mario Andretti et Jacques Villeneuve réussirent également dans l’histoire de la F1. Sa monoplace ne lui permet pourtant guère de briller. Entre 1973 et 1976, Reutemann reste fidèle à Brabham mais s’il réussit à décrocher pas mal de bons résultats et même quelques victoires, dont 3 en 1974, les problèmes récurents de fiabilité usent sa patience. Ainsi, quand en 1976 Niki Lauda est victime de son terrible accident du Nürburgring et que Ferrari lui cherche un remplaçant, El Lole répond présent. Malgré le retour précoce de l’Autrichien, le départ de Regazzoni et les doutes de Ferrari sur les capacités de Lauda lui permettent d’être titularisé en 1977 au sein de la Scuderia avec le statut de leader.

Avec Lauda, qui entretient aussi des relations exécrables vis à vis du staff Ferrari, le courant ne passe vraiment pas. Incompatibilité d’humeur, d’autant que l’autrichien est blessé dans son orgueil en étant traité en numéro 2. Reutemann semble marquer son terriroire en début de saison avec une victoire au Brésil mais peu à peu, sur la piste comme sur le terrain de la guerre psychologique, l’autrichien prend le dessus et éteint les vélleités de Reutemann. L’argentin est transparent le reste de l’année, alors que Lauda décroche le titre avant de claquer la porte de la Scuderia. Débarrassé de l’encombrant autrichien, Reutemann fait équipe avec le débutant Gilles Villeneuve en 1978 et réalise peut-être l’une de ses meilleures saisons. Malgré une Ferrari inférieure à la Lotus à effet de sol, Reutemann gagne 4 courses cette année-là et termine 3e du championnat.

Williams, du n°2 au rebelle

Après une année décevante chez Lotus en 1979 avec une voiture qui a subitement perdu de sa compétitivité, Reutemann rebondit chez Williams pour la saison 1980 mais doit accepter le rôle de second pilote pour épauler le leader Alan Jones. Il remplit son contrat avec une nouvelle 3e place au championnat (dont une victoire à Monaco) et un doublé pilote (Jones)-constructeur pour Williams. En 1981, la donne change. Carlos Reutemann ne compte pas rester l’éternel second. Au GP d’ouverture à Long Beach, il mène la course puis, sous la pression, commet une faute qui permet à Jones de passer, avant que Williams ne fige les positions. Au grand prix suivant c’est la rebellion pour l’argentin, souvent décrit comme trop placide, trop effacé. Il mène allègrement le GP du Brésil devant Jones mais, comme le stipule son contrat, il doit s’effacer s’il ne dispose pas de plus 7 secondes d’avance sur le rugueux Australien. Quand Williams brandit le panneau « Jones-Reut », consigne qui demande l’inversion des positions, Reutemann refuse et gagne la course. Tancé par Frank Williams, Reutemann s’attire les foudres de Jones, qui s’estime trahit et peut compter sur une équipe acquise à sa cause et à son tempérament.

Reutemann doit en effet faire face à une redoutable adversité pour la suite de la saison : celle de Nelson Piquet, qui, avec sa Brabham à la limite (ou au-delà ?) de la légalité, revient dans la course au titre en cours de saison, celle de son équipier Alan Jones qui ne lui pardonne pas sa fronde du Brésil et celle de l’équipe Williams, qui le néglige et ne lui apporte pas le soutien qui devrait être nécessaire pour l’aider à conquérir le titre. Qui plus est, Reutemann doit faire face à un terrible drame quand il fauche accidentellement à Zolder un jeune mécanicien de l’équipe Osella, tombé du muret des stands, et qui décède quelques jours plus tard de ses blessures.

Un échec amer

Dans la dernière partie du championnat, Reutemann devient fébrile, sans doute affecté par ses relations conflictuelles avec Williams, Patrick Head et le staff de l’équipe. Lors du dernier GP décisif à Las Vegas, alors qu’il partait en pole position, il sombre en 8e position tandis que Nelson Piquet, en arrachant au bout de la souffrance la 5e place, coiffe le titre pour 1 seul point. Reutemann a beau expliquer qu’il a été victime d’une défaillance de sa boîte de vitesses (un argument rejeté par Head mais qui sera confirmé après démontage), tout le monde semble circonspect devant la propension de l’argentin à flancher mentalement, alors que le titre lui semblait promis. Et l’attitude de l’équipe, qui fête ostensiblement la victoire de Jones sans se soucier de son échec pour le titre, l’affecte au poin qu’il annonce sa retraite

Il fait pourtant volte-face et accepte de manière surprenante de repartir en 1982 avec Williams, cette fois-ci en bénéficiant des attributs de 1er pilote, mais après les deux premières courses de la saison, Reutemann revient sur sa décision et prend bel et bien sa retraite. La rumeur dira que son retrait soudain était peut-être lié au contexte politique très tendu entre l’Argentine et l’Angleterre (la guerre des Malouines éclate quelques semaines plus tard) qui rendait sa collaboration avec une équipe britannique délicate. Il quitte la F1 à 40 ans, avec un joli palmarès de 12 victoires, 6 poles et 45 podiums.

Après l’aventure F1, Reutemann s’essaie avec brio au Rallye, terminant 3e du rallye d’Argentine sur une Peugeot 205, mais c’est dans la politique que El Lole s’investit désormais à la fin des années 80, au sein du parti péroniste conservateur. Il est élu gouverneur de la province de Santa Fe à deux reprises, de 1991 à 1995 puis de 1999 à 2003, avant de siéger dans l’opposition. Plusieurs fois pressenti pour briguer la présidence du pays, il s’y est toujours refusé.

Depuis quelques mois déjà, son état de santé s’était considérablement aggravé et il avait subi deux réecentes hospitalisations en urgence. Carlos Reutemann avait 79 ans.

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1 Commentaire sur "Adieu « El Lole » : Carlos Reutemann (1942-2021)"

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lataupe2B
Invité

Un grand nom des sports mécaniques qui s’en va. Héros d’un peuple. RIP Carlos

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