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Autolib’ : vers 180 millions d’euros de dettes, qui va (doit) payer ?

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Alors que l’on vient de (ne pas) célébrer les 5 ans du service d’autopartage francilien Autolib’ fin 2016, le bilan financier du service ne cesse de se détériorer avec une prévision de 180 millions d’euros de perte que le groupe Bolloré n’honorera pas seul.

Malgré plus de 131 000 abonnés, Autolib’ n’est pas rentable

Dès le lancement, Vincent Bolloré avait fait d’Autolib’ une vitrine. Comme toute vitrine elle a un coût et le Groupe Bolloré comptait éponger 60 millions d’euros de pertes, si pertes il y avait. Le point d’équilibre financier annoncé n’a eu de cesse de reculer. 50 000 abonnés au début, puis 60 000, puis rapidement 100 000. Aujourd’hui, Autolib’ c’est plus de 131 000 abonnés et l’équilibre n’est visiblement toujours pas atteint.

En fait, le périmètre du service n’a eu de cesse d’augmenter. D’abord circonscrit à Paris et quelques communes limitrophes, le service est rapidement devenu « l’autopartage d’Ile de France » couvrant 97 communes. En outre, les VTC et les services de covoiturage entre particuliers se sont développés. Pour certains trajets, Autolib’ n’a plus pour lui l’avantage tarif qu’il avait au départ par rapport aux taxis.

Des voitures moins disponibles

Si le nombre d’abonnés augmente, le nombre de trajets, qui atteignait près de 6,3 millions en 2015 est retombé à 5,8 millions en 2016. Le tarif horaire a augmenté, compensant la baisse des trajets, mais jouant certainement aussi contre ce nombre de trajets. L’augmentation des recettes est « effacée » par l’augmentation du coût du service. Plus de stations, plus de voitures, le revenu par voiture stagne.

En fait, Autolib’ est victime de son succès. Plus d’abonnés, cela signifie moins de disponibilité des voitures pour chaque abonné. A moins de les augmenter de façon drastique, ce qui grève immanquablement le coût global du service. Le cabinet 6-t, qui s’est penché sur les données du syndicat Autolib’ Métropole, estime qu’il y a 50% d’abonné en plus par voiture.

Selon les projections, en 2023, à la fin du contrat actuel, les pertes pourraient atteindre 179 millions d’euros si rien n’est fait. Dans ce contrat, le groupe Bolloré s’est engagé à couvrir 60 millions d’euros comme nous le disions ci-avant. Les 119 millions d’euros resteront à la charge des communes, et donc, des habitants via leurs impôts.

L’Ile de France c’est environ 5 millions de foyers. Rapporté à ce nombre, les pertes sont donc d’environ 36 euros par foyer, pour 8 ans de contrat. Une paille. Mais, une paille qui s’ajoutera à tout le reste.

De la publicité ? Supprimer les stations non rentable ?

Quelles sont les pistes envisageables pour « sauver le soldat Autolib' » ? Le cabinet 6-t propose l’apposition généralisée de publicité sur les Bluecar. Sans doute un peu limite niveau législation, mais une source de financement supplémentaire que certains élus parisiens estiment à 400 000 euros par an. Loin des millions nécessaires.

Une autre solution serait d’augmenter le prix. Autolib’ a déjà commencé avec un prix de la demi-heure d’utilisation passé début décembre 2016 de 6 à 7 euros. La recharge sur les bornes Autolib’ va également augmenter à partir du 1er février prochain. L’heure de recharge de jour, à 1 euro l’heure actuellement passera à 1 euro la première heure, puis 3 euros/heure. Le but est de créer un roulement et d’éviter les voitures ventouses. Idem pour la recharge de nuit. En outre, le plafond passe de 4 euros à 6 euros/nuit. La réservation de la place pour une recharge coûtera désormais 1 euro. Cela devrait également rapporter à Autolib’.

Certains élus proposent carrément de supprimer les stations les moins rentables. Basiquement c’est LA solution. Redéfinir le périmètre et redescendre en dimension. Cela permettrait d’abaisser les coûts de fonctionnement et aussi de ramener sur les stations très utilisées un peu plus de voiture. Actuellement, il y a près de 1100 stations dans 97 communes. Ces suppression concernerait 15% des stations.

Et si c’était le (petit) prix à payer contre la pollution ?

Au-delà de ces idées, il faudrait également une réflexion plus globale sur ces systèmes d’autopartage. Ils contribuent doublement à la dépollution de la ville. Tout d’abord car les véhicules électriques ne polluent pas à l’utilisation (*), mais aussi, car les 4 000 voitures Autolib’ remplacent des milliers de voitures, statistiquement thermiques, qui pollueraient et encombreraient encore plus la métropole francilienne.

Et si les 119 millions d’euros de dette, pour un contrat de 2011 à 2023, étaient l’un des prix à payer pour faire baisser la pollution sur Paris et sa banlieue ? Les données  d’Airparif’ ont suffisamment été débattues pour montrer que la part de l’automobile est « faible » dans la pollution globale aux particules, mais si on souhaite diminuer la place de la voiture en ville, est-ce que cela ne passe pas par une politique volontaire et un financement à perte du plus grand service d’autopartage au monde ?

Même en ne comptant que 2,5 millions de foyers (toute l’Ile de France n’est pas couverte par le service), 119 millions d’euros sur les 12 ans du contrat, c’est finalement 4 euros par an d’impôt en plus pour ces foyers. Le « pass Navigo » est subventionné bien plus que cela, de même que les transports en commun en général. A priori, les différentes communes devraient se répartir les 119 millions d’euros au pro rata du nombre de Bluecar disponibles sur leur territoire.

Taxer le carburant ?

Pour financer une partie du pass Navigo, la Région Ile de France lève une taxe sur les carburants. Il pourrait être fait de même, 1 ou 2 centimes par litre de carburant, pour financer plusieurs années d’Autolib’. La – légère – baisse de pollution qu’Autolib’ engendre théoriquement, doit, selon les études, faire baisser les maladies chroniques, les « décès prématurés », etc. Cela n’en vaut-il pas la chandelle ou un système d’autopartage doit-il être forcément rentable par lui-même ?

Il faut engager de telles réflexions entre les politiques et les citoyens. Mais, la présence d’un acteur privé, Bolloré de surcroît, fausse visiblement la perspective et crispe les discussions. Si Autolib’ était bénéficiaire, d’aucuns auraient vite fait de fustiger l’enrichissement d’un privé via un service « qui devrait être public ».

A noter que les autres services d’autopartage sur le même modèle qu’Autolib’ (Lyon, Bordeaux, Turin, Singapour, Indianapolis, Los Angeles, etc.) ont un périmètre plus réduit et ne devraient pas connaître les mêmes pertes, voire pas de pertes du tout.

Enfin, une réflexion qu’il faut mener, est de se demander si ces 180 millions de perte sur 8 ans pourraient être investis ailleurs pour un résultat contre la pollution plus important.

(*) la pollution est déportée vers la source de production d’électricité, en fonction de la nature de cette production

Source : 6-t via Les Inrocks, illustration : Autolib’

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67 Commentaires sur "Autolib’ : vers 180 millions d’euros de dettes, qui va (doit) payer ?"

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Michel
Invité

C’est toujours fabuleux de voir écrit noir sur blanc (par des journalistes bien parisiens) que ce type de véhicule ne pollue pas! Posez la questions aux personnes qui habitent près d’une centrale électrique thermique
Pour le contrat entre BOLLORE et PARIS, on rappellera la naïveté de nos édiles (super diplomés de l’ENA!!!) vis a vis des clauses, ou le privé récupère toujours ses billes, mais en cas de déficit, c’est toujours les collectivités qui payent

Pedroj
Invité

Et indirectement vue que ca prend ldes places de stationnement ces parking reservés Autolib… Les gens tournent plus pour se garer… En plus vue comment on en prend soin! Elles sont toujours degueulasse, j’en ai eu une une fois avec carrement de la gerbe sur la place passager et une boite avec un kabab a peine mangée pleine de mouche. Des porcheries. Ces caisses ont en plus une avarie en moyenne tous les 250 km!!!

SGL
Invité

Personnellement @ Pedroj, j’ai une station Autolib’ sous mes fenêtres, après un bref moment d’inquiétude, en réalité, c’est génial ! On peut se garer 5 minutes de retour de weekend pour décharger l’auto avant de la mettre au parking sous-terrain (qui est indispensable et quasi obligatoire quand on est parisien).
• Au Japon… C’est pire ! 😉
Le principe Autolib’ reste formidable sur le principe, beaucoup de gens ont revendu leur vieille voiture pour un abonnement !

The Stig
Invité
Le Japon est certes pire pour une voiture qui veut se garer gratuitement en bas de chez un ami, mais pour rappel, à Tokyo, il est interdit d’avoir une voiture sans avoir un parking qui va avec. Pas de place de parking, pas de voiture… Pour faire ses courses, il existe des parkings payants pour les aficionados de la voiture. Et surtout, contrairement à Paris, et en France en général, les transports en commun sont extrêmement fiables, propres, calmes, et surtout, surtout, il sont parfaitement sécurisants, on peut dormir dedans sans crainte de se faire dépouiller !!! Et je parle… Lire la suite >>
Domoro
Invité

C’est vrai. J’ai constaté une nette dégradation mais ce sont d’abord les utilisateurs qui sont responsables.

SGL
Invité

@Michel 8-O, tout dépend comment est produite l’électricité !

SGL
Invité

Sur plan « lutte contre la pollution sur le terrain » Autolib’ est efficace, maintenant, on peut tout améliorer (pour le reste)

ART
Invité

Article intéressant, avec des infos peu lu ailleurs. Merci

Cela dit, ça sent encore le contribuable qui va finir par éponger…

Pat
Invité

Vous avez dû lire comme moi que Bolloré épongera 60 millions dans l’affaire.
Je ne vais pas pleurer pour lui mais les acheteurs publiques qui ont fait le contrat ont été bons.
Tant mieux, la conséquence, c’est que Bolloré à intérêt, comme la région, à réagir rapidement si il veut faire des bénéfices.

wizz
Membre

le bonhomme risque quand même gros, en s’engageant financièrement, avec une possibilité de perte sèche. Ce n’est pas comme le contrat des portiques écotaxe, « pile je gagne, face tu perds »

http://www.capital.fr/enquetes/strategie/le-pari-fou-de-bollore-dans-la-voiture-electrique-582562

SGL
Invité

Avant de faire tous, le « bon français moyen »
Autolib’ coûte 180 millions d’euros… Ok bien et la Pollution : chaque année, un coût de 101,3 milliards d’euros pour la France.
Peut-être que 180 millions d’euros sont un prix d’ami 😉

ART
Invité

Encore un raccourci à deux balles fait entre la pollution exclusivement lié à l’automobile..

SGL
Invité
Bien sûr ! @ART 😀 Les constructeurs automobiles disent que c’est la faute aux constructeurs de camions qui disent que c’est la faute aux industriels qui disent que c’est la faute aux secteurs de l’énergie qui disent que c’est la faute à l’agriculture et élevage qui disent que c’est la faute à l’exploitation et la construction des bâtiments qui disent que c’est la faute à la déforestation qui disent que c’est la faute au transport maritime, etc. etc. etc. Comme cela, tout le monde est content, c’est la faute à personne et la pollution tuera encore 7 millions de morts… Lire la suite >>
Pilote
Invité

Tuer des morts, non quand même on n’est pas encore dans Walking Dead. Ok je sors 😉

Miamdeschips
Invité

La clé est dans la décroissance démographique à l’échelle mondiale, évidemment

nicolas
Invité

non, la clé est dans la décroissance tout court. Dans la baisse de la consommation effrénée de chacun de produits de mauvaise qualité. Moins de mode, moins de fringues jetables, moins d’électronique jetables, moins de bouffe pourrie, moins d’intermédiaire qui ne servent à rien. etc….

la clé, c’est le retour au champ

Fred21
Invité

@nicolas
la décroissance démographique ou de consommation est nécessaire mais les volontés se font aussi rares que l’eau sur la Lune.
un bon article
https://www.notre-planete.info/actualites/actu_1494.php
Imaginez simplement si on interdisait la publicité, je sais ça ferait un paquet de chômeurs mais …

wizz
Membre
non fred21 ça ne fera pas plus de chomeurs les chomeurs changeront, mais ça ne fera pas plus de chomeurs par exemple, j’ai 2000€ et ai prévu d’acheter un nouveau équipement pour motard. En faisant ainsi, je donnerai du boulot à cette filière… …puis ces jours ci, je me les gèle comme tous les Français, et ai vu une pub ventant le soleil et la chaleur de Cuba, 2 semaines all included avec langouste à volonté. J’y succombe à la tentation. La filière tourisme se renforce pendant que l’usine fabriquant le blouson de motard débute un plan de licenciement… La… Lire la suite >>
The Stig
Invité

@wizz, totalement hors sujet, mais vous parlez de Cuba, vous avez une petite place dans les bagages pour quelques cigares? 😉

wizz
Membre

pas de place dans mes bagages, pour la simple raison que je n’ai pas cédé aux pubs des agences de voyage.

mon moyen de locomotion, c’est une increvable 125 suzuki. Mon équipement de motard, j’y tiens

et si c’est pour la fumée, alors ma 125 en a à revendre (je dois surement polluer autant que la moitié des voitures de l’immeuble)

Fred21
Invité
@wizz Plus de chômeurs, c’était les chômeurs du secteur publicité (marketing, création pub, journaux, distribution journaux, affiches, imprimerie, sponsoring, etc …) et ça ferait un gros paquet dans un monde sans pub. Bien sûr, la consommation changera de lieu ou de destinataire. Avec un peu de chance, la consommation irait au plus essentiel, à l’achat plus raisonné, plus durable, etc … Pour faire du Wizz 🙂 J’ai besoin d’une machine à laver mais comme ma fille veut les dernières Nike car ça fait 15 fois que la pub lui fait comprendre (plus du coup ses copines de classe qui les… Lire la suite >>
wizz
Membre
pas tout à fait fred Un publicitaire ne crée pas de produit. Il ne fait qu’aider ce produit à vendre. Le prix final de ce produit y contiendra la part de la publicité. Le consommateur paiera plus cher ce produit, parce qu’il ne vaut bien…. En achetant ce produit ayant eu une campagne de publicité, plus cher, le consommateur fera vivre son fabricant et son agent de publicité En achetant ces produits dans un monde sans pub, ces produits seront donc moins chers. Le consommateur n’aura pas fait vivre les publicitaires, mais avec la différence d’argent, il pourra acheter autre… Lire la suite >>
Fred21
Invité

Ok @Wizz, bonne WizzExplic 🙂

The Stig
Invité

Le retour au champ, personnellement, je vous le laisse… sans façon.

Plus prosaïquement, il y a un juste milieu à trouver, le temps que de nouvelles technologies permettent de retrouver de la consommation de masse sans les conséquences que l’on a en ce moment.

Christophe
Invité

« Plus prosaïquement, il y a un juste milieu à trouver, le temps que de nouvelles technologies permettent de retrouver de la consommation de masse sans les conséquences que l’on a en ce moment. »
Juste pour mémoire l’objectif est de rester sous 2 °C d’augmentation par rapport à l’ère pré-industrielle. En d’autres termes c’est bien des technologies que viennent nos problèmes.
Attendre tout des nouvelles technologies ne sera juste pas suffisant.

The Stig
Invité

En plus d’être autophobe, il est donc anti-progrès technologique… décidément, vous avez toutes les qualités. Et non, je n’engagerai pas plus le débat Christophe, pas la peine de répondre à ce message… même si je sais très bien que vous le ferez, vous adorez avoir le dernier mot.

Christophe
Invité

@The Stig
Petit problème de compréhension manifestement, j’ai seulement dit que c’est bien des technologies que viennent nos problèmes mais vous comprenez que je suis anti-progrès technologiques. C’est loin d’être le cas, j’essaye juste de voir les tenants et les aboutissants, le positif et le négatif.

The Stig
Invité

Incroyable, pour une fois nous sommes d’accord.

greg
Invité

Je note que ma réponse aux énormités de SGL a été censurée. Dommage.

Christophe
Invité
@greg Je l’ai bien reçu en alerte par mail et je suis allé lire les liens vers The Automobilist et ils attribuaient bien 30 % de la pollution à la voiture donc 30 % des morts, reprenons donc le calcul rapide : – pollution 48 000 morts/an soit 101,3 milliards €/an dont 30 % peut être attribué à la voiture, – bruit : 20,6 milliards d’euros par an, en ne prenant en compte que l’exposition des personnes à leur domicile, – encombrements : 17 milliards d’euros / an, – sédentarité : 10,5 milliards €/an circule si 5 % des 37… Lire la suite >>
Xavier
Invité
Je veux mettre mon grain de sel ! La question qui ne semble pas être directement posée : Combien coute la Bluecar pour autolib ? Parce que si l’ancien maire de Paris n’avait pas choisi Bolloré, ce dernier n’aurait jamais pu vendre sa voiture au grand public : « niveau de sécurité indigne » (Autoplus du 19/12/2011), pas de concessionnaire, pas de SAV, 1ère voiture créée par cette société, etc. Qui choisirait maintenant à Faraday Future pour créer de l’auto partage (avec le sav) avec 3000 véhicules (sans parler prix puisque la mairie de Paris (et pas la région, comprenne qui pourra)… Lire la suite >>
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