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Essai Renault Clio RS : Nouvelle face et double jeu

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Sauf à considérer que la firme chère à Ettore Bugatti bat réellement pavillon tricolore, les catalogues proposés par nos chères marques françaises restent désespérément vides de vraies voitures de sport, même si nous savons faire de très bonnes GTI depuis fort longtemps. Par voiture de sport, j‘entends une ligne qui inspire suffisamment d’exclusivité pour sortir de l’image de la gentille petite berline française et surtout, un moteur assez méchant pour pouvoir rivaliser avec des productions italiennes et allemandes sans cesse mieux armées. Bref, une description qui aurait pu convenir parfaitement à une Alpine enfin ressuscitée si Renault n’avait pas récemment coupé court à toute rumeur comme pour dégoûter ceux qui y croyaient encore. Heureusement pour se faire pardonner d’une telle frilosité, Renault soigne sa gamme RS : Après la petite Twingo RS et la terrifiante R26.R, la marque au losange profitait du récent Salon de Genève pour présenter Megane III RS et accessoirement accommoder sa palette de sportives compactes à la nouvelle face avant Renault. Un rafraîchissement dont bénéficiait la Clio RS qui en profitait même pour gagner quelques chevaux supplémentaires et un châssis revu. Alors cette nouvelle Clio RS, plutôt Fernando Alonso ou brille-à-tord? Pour le savoir, nous l’avons emmenée au Pôle Mécanique d’Alès.

Citadynamite

Lorsque Clio venait enfin remplacer la petite R5 au sein de la gamme Renault au début des années 90, les GTI avaient déjà livré une première bataille très intense jusqu’à la fin des années 80. Ces petites sportives, autrefois pures et dures, commençaient doucement à s’alourdir et s’embourgeoiser au fil des générations de Golf et autres compactes Peugeot, désormais tournées vers la course à la puissance confortable plutôt que de se contenter de l’amusement simple et bestial qu’étaient capables de procurer leurs glorieuses aînées.

Chez Renault, la nouvelle citadine Clio s’équipait d’une version 16S à 140 chevaux, puis dans la foulée en 1993 d’une variante Williams à moteur 2 litres prévue -entre autres- pour rendre hommage aux titres décrochés en formule 1 et permettre l’homologation de la Clio en rallye. Beaucoup considèrent toujours aujourd’hui qu’avec sa dégaine reconnaissable d’entre mille, son comportement pointu et son poids contenu, la Williams était la dernière représentante de la longue lignée des GTI.

Depuis, les étoiles obtenues devant un organisme de crash-test sont progressivement devenues un passage obligé pour la promotion d’une automobile et la sécurité s’est imposée comme un argument de vente incontournable, y compris pour une petite voiture compacte à vocation sportive. De nouvelles priorités qui ont bien évidemment eu de grosses conséquences sur les prestations dynamiques et le poids, si bien qu’à la fin des années 90, une Golf 4 GTI pesait plus de 1300 kilos sur la balance et faisait désormais office de paisible voyageuse suréquipée.

Pendant ce temps chez Renault, la Clio en était à sa seconde génération, introduite sur le marché en 1998. Après quelques années de fainéantise, la firme au losange finira enfin par se remettre aux petites sportives avec l’arrivée en l’an 2000 d’une variante Renault Sport pas trop lourde et suffisamment efficace pour venir jouer sur circuit avec une Civic Type R de l‘époque. Renault va même carrément se lâcher en commettant la Clio V6 , qui avec son bloc monté en position centrale arrière développant 230 chevaux ( puis 255 sur la version phase 2 ) restera peut-être à jamais comme la sportive compacte la plus folle de tous les temps. Une sportive à la gueule d’enfer mais trop pointue, chère et compliquée pour rester exploitable comme une vraie GTI à l’ancienne.

Pas assez rapide, mon fils

A coté de la délirante Clio V6, la RS fait petit à petit son trou et finit même par s’imposer comme l’une des références du segment des citadines sur-vitaminées à coté des 206 RC et autres Mini Cooper S. Avec le passage à la troisième génération en 2005, la Clio RS devient plus puissante et passe  à 200 chevaux. Hélas, elle est aussi devenue plus grosse et dépasse allégrement les 1200 kilos. Son châssis devenu excellent ne parvient pas à compenser complètement cette hausse de poids et les chiffres d’accélérations sont même en très léger retrait par rapport aux premières versions de la Clio II RS. La bonne nouvelle, c’est donc ce petit rafraîchissement de milieu de vie effectué par Renault sur toute la gamme Clio en début d’année 2009 : l’occasion était parfaite pour donner aussi un tout petit coup de molette sur la RS et c’est exactement ce qu’a réalisé la marque au losange en amenant à Genève sa Clio III RS Phase 2, placée juste  à coté de la Twingo RS et de la Megane 3 RS sur le stand Renault.

Comme tout le reste de la gamme Renault, cette nouvelle RS abandonne la calandre en deux parties et adopte le nouveau dessin en vigueur chez la marque française. Petite calandre en un seul bloc et feux avants plongeants vers le bouclier sont donc au menu, l’ingrédient le plus visible demeurant cette énorme surface colorée différemment du reste de la carrosserie, incorporant une lame singeant les appendices vus en Formule 1 jusqu’à l’année dernière. Cette nouvelle face sombre et agressive sera désormais apposée sur toute la gamme RS, comme c’est déjà le cas sur la dernière Megane.

La face avant évolue mais le reste de l’auto garde à peu près la même présentation que la RS « Phase 1 ». On retrouve les voies élargies, les petites écopes façon ouies de débourrage cachées devant les portières et une face arrière agrémentée d’un petit diffuseur incrusté entre les deux sorties d’échappement. Un restylage à but pas seulement esthétique puisque l’auto gagne au passage quelques points de SCx dans son aérodynamisme et sa vitesse de pointe grimpe à 225 km/h ( +10 km/h par rapport à l’ancienne ).

Cette nouvelle RS se pare également de coloris aux noms aussi précieux que le Bleu Monako, le rouge Toro, le Jaune Sirius, le Gris Makara ou le Noir Profond. Mention spéciale à ce nouveau « Vert Alien » qui donnerait presque autant d’excentricité à la petite Renault qu’une Lamborghini Murcielago. Presque.

Le look de cette nouvelle auto devrait à coup sûr diviser les avis. Personnellement, je m’avoue conquis même si je la trouve affreusement banale en gris métal avec la face avant anthracite. Mais en blanc / calandre noire / jantes noires / étriers de freins rouges, elle se transforme en un objet bassement provoquant qui n’attend qu’une seule chose : vous faire monter à bord pour consommer tous vos points de permis jusqu’à l‘arrachage total de votre précieux papier rose.

Double jeu

Pour organiser la gamme de cette nouvelle Clio RS, Renault a étudié le comportement des possesseurs de la précédente mouture. Des propriétaires auxquels on a demandé quels seraient les points à travailler sur leur auto pour la rendre meilleure à leur yeux, et les réponses ont été de deux types distincts : ceux qui trouvaient leur RS pas assez hardcore et ceux qui, au contraire, la trouvait trop peu confortable.

Partant de ce constat, les têtes pensantes de Renault Sport ont divisé la Clio RS en deux définitions techniques distinctes :

– d’une part, une version dépouillée à l’extrême ( pas de radio ni même de clim ) aux réglages de suspensions très fermes, c’est la Clio RS Cup.

– d’autre part, une version bien plus confortable avec plein d’options à bord et des suspensions plus souples, c’est la Clio RS châssis Sport.

Passons aux choses sérieuses

Renault a eu la bonne idée d’amener ces deux variantes de Clio RS sur la piste rallye du Pole Mécanique d’Alès. Avec son étroit tarmac comprenant plusieurs types de revêtements, son tracé en forme de gigantesque toboggan mêlant des montées ultra-raides avec des descentes vertigineuses et ses petites épingles plus ou moins serrées, cette piste est parfaite pour tester l’auto dans des conditions autres que le simple petit parcours routier standard. L’occasion aussi d’apprécier les différences entre le châssis Cup et le châssis Sport.

On commence par la Clio RS Sport. A l’intérieur, on retrouve l’habitacle de la précédente Clio qui reste quasiment inchangé à quelques détails près comme les nouveaux sièges baquet Recaro, très réussis ou le nouveau compte-tour à fond jaune avec témoin sonore d’alerte de changement de rapport ( en gros, un petit « bip » qui vous encourage poliment à passer la vitesse supérieure lorsque le moteur arrive au rupteur ), en plus du nouveau GPS Tomtom en option à 490 euros. Le dessin de la planche de bord n’est pas spécialement joli mais rien ne manque, surtout en finition Luxe ( radio CD MP3, Bluetooth, régulateur de vitesse, climatisation régulée, etc. ). L’ambiance générale est suffisamment sportive pour se prendre au jeu, confortablement installé dans son baquet, la main sur le levier de la boite 6 vitesses et le pied sur la pédale d’accélérateur perforée en aluminium. Dès qu’on appuie dessus, on découvre vite une sonorité moteur vraiment attrayante et des accélérations en net progrès. Le 4 cylindres 2 litres a été retravaillé et ça se sent : la puissance ne gagne que 3 chevaux ( 203 au total ) mais le rendement à bas régime est meilleur avec 20 % de couple disponible en plus en dessous des 3000 tours / minute. C’est donc bien mieux en bas mais il faut toujours grimper haut dans les tours pour bénéficier de toute l’efficacité de ce bloc : le couple maxi de 215 Nm est atteint à 5400 tours et la puissance maxi à 7100 tours. La zone rouge débute à 7500 tours.

A l’attaque sur la piste rallye, cette Clio RS châssis Sport se montre très efficace. Le train avant à pivot indépendant et le train arrière renforcé font merveille sur les petits enchaînements de virages avec seulement à déplorer un poids trop élevé ( 1240 kilos tout de même ) et des suspensions un chouilla trop molles ( amortissement 15% plus souple par rapport à l’ancienne RS sur la version châssis Sport ) pour devenir vraiment jouissive. Malgré ces petits défauts, l’auto reste sans doute la plus efficace de sa catégorie et je ne vois pas quelle concurrente pourrait rouler plus vite qu’elle sur circuit. Quant au freinage, il est très bon grâce aux étriers Brembo ventilés de 312 mm de diamètre et quatre pistons chacun à l’avant.

Passons aux choses vraiment très sérieuses

Pour les plus assoiffés de tarmac, il y a donc cette version Clio RS Chassis Cup qui fait une croix sur tous les équipements intérieurs futiles et inutiles. Oubliez la radio ( il n’y en a plus ) et préparez vous à suer à grosses gouttes lorsque vous affinerez vos trajectoires car il n’y a même plus de climatisation à bord. Dépourvue de toutes les options, la Cup gagne 36 kilos par rapport aux autres finitions sur le châssis Sport ( 1206 kg en tout ). Ses lois d’amortissement sont 15 % plus fermes par rapport à l’ancienne Clio RS et la raideur des ressors est augmentée de près de 30 % par rapport au châssis Sport. L’assiette est rabaissée de 7 mm et la direction est plus directe avec une diminution de la démultiplication de 7,5%.

Résultat ( logique ), la Cup dévale les pentes de la piste rallye avec encore plus d’aisance que la Sport. Sa direction plus directe et sa rigidité plus marquée en font une authentique petite bête de course et l’auto se place idéalement à chaque entrée de virage.

Bien évidemment, ce choix de privilégier l’efficacité à tout prix se paie cash sur vos vertèbres. La piste rallye d’Alès possède une portion avec un revêtement dégradé et lorsque la Cup passe dessus, ses occupants bougent frénétiquement comme un téléphone portable en mode vibreur là où la Sport encaisse tranquillement. Cette raideur de suspensions conjuguée avec le dépouillement extrême de l’intérieur rendra forcement la Clio RS Cup assez difficile à vivre au quotidien et vous devrez vous résoudre à abandonner toute idée de luxe et de confort si vous décider de craquer pour elle. Pour ceux qui ne seraient pas capable d’aller jusqu’à l’absence totale d’options, sachez qu’il existe une variante Trophy qui combine les réglages châssis de la Cup avec l’équipement de la version Sport, mais vous devrez alors supporter 36 kilos supplémentaires sur la balance.

Conclusion osée

En exagérant beaucoup, le choix entre le châssis Cup et le châssis Sport est semblable -philosophiquement parlant- à celui entre une 911 GT3 et une 911 Turbo. Les deux autos présentent à peu près les mêmes performances mais la première est plus efficace sur circuit alors que la seconde est plus confortable et bien plus agréable à vivre tous les jours.

La Clio RS « Sport » est peut-être moins glamour qu’une Cooper S mais son équipement reste pléthorique et son efficacité naturelle en fait une vraie référence. Avec cette phase 2, Renault a réussi à lui donner un petit coup de boost appréciable au niveau des performances avec des chiffres sensiblement améliorés et une consommation en léger retrait même si l’auto reste toujours assez gloutonne ( 8,2 litres en cycle complet, malus de 750 euros ) du fait de son moteur… et de l’appel du pied droit qu’elle a tendance à provoquer.

Avec son poids diminué, son équipement spartiate et ses réglages beaucoup plus fermes, la Clio RS Châssis Cup reste limitée à ceux pour qui seul le sport importe, et ils seront servis tant cette auto se montre performante lorsqu’elle est malmenée. Sinon, oubliez-là et préférez le châssis Sport, infiniment plus confortable.

Comptez 22 100 euros pour la version Cup, ajoutez-y 2000 euros pour avoir la finition Trophy et encore 1500 euros pour la variante Luxe, toute équipée. Pas donnée, mais c’est le prix de la sportive compacte la plus efficace de sa catégorie et ça reste acceptable face aux tarifs d’une Cooper S.

Cette Clio RS est assurément une vraie réussite mais elle me laisse un léger arrière-goût de frustration par rapport à la version Cup. Quitte à se passer de tous les équipements et de toute notion de confort, pourquoi ne pas pousser le concept du dépouillage extrême et de l’efficacité pure encore plus loin un peu à l’image d’une Megane R26.R ? Justement, maintenant que sa gamme RS est entièrement constituée ( Twingo, Clio et Mégane ), Renault semble garder plein d’idées plus ou moins déraisonnables dans les cartons. J’imagine très bien une Clio RS en série limitée affublée de pneus slicks, d’un châssis encore rigidifié et allégé et d’une présentation vraiment hardcore. Pas vous?

Galerie : Essai Clio RS Phase 2

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