par Thibaut Emme

Etude Axa : les électriques sont-ils réellement plus dangereux ?

Il y a quelques jours, plusieurs médias ont relayé une enquête de la branche suisse de l'assureur Axa. Les véhicules seraient, soi-disant, plus dangereux et verraient leur prime de risque potentiellement augmenter. Vraiment ?

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Le véhicule électrique, ce monstre de puissance...

Les assureurs ont longtemps (et encore maintenant) encouragé à l'achat des véhicules électriques dits "verts". Axa explique par exemple sur son site : "Du fait de leur autonomie encore modeste (entre 100 et 300 km selon les modèles), mais en constante progression, les voitures électriques roulent sur des distances limitées, et moins vite qu’une voiture essence ou diesel. La probabilité d’avoir un accident est donc moins élevée !".

Bah alors Axa, on change d'avis ? En fait, l'étude qui a été faite en Suisse met en avant la "puissance" (sic.) des voitures électriques. Bon, on passera sur le fait de confondre voiture puissante et couple disponible dès le début. Surtout, l'étude Axa établit : "les voitures électriques des catégories micro et mini provoquent environ 10% de sinistres en moins que les voitures traditionnelles de ces mêmes catégories".

Sauf que l'étude tempère de suite : "la fréquence de sinistre des modèles plus puissants des catégories luxe et SUV est d’environ 40% plus élevée". Et d'où viendrait cette fréquence de sinistres plus importante ? "D'après les spécialistes, l’accélération des voitures électriques explique en partie ce phénomène".

Electrique ou non, cela ne change rien

Donc, en fait, conduire un véhicule électrique ne change rien. C'est l'accélération du véhicule qui peut surprendre. Voitures thermiques dites "puissantes" ou "gros" SUV doivent avoir la même sinistralité supérieure. Mais cela, Axa ne le dit pas. Il est souvent mis en avant l'accélération plus directe des VE. Certes, mais on est loin des supercars ou même de simples sportives.

Axa souligne aussi le "danger" relatif des batteries en cas d'accident grave. "Les voitures électriques ne brûlent pas plus souvent que les autres, mais lorsqu’une batterie prend feu, tout va très vite et il n’est presque plus possible de l’éteindre" indique Bettina Zahnd, responsable Recherche accidentologique et Prévention chez AXA. Le silence des VE est aussi souligné tout en rappelant que les électriques ont l'obligation d'être équipés d'un "AVAS" (Acoustic Vehicle Alerting System) pour avertir les piétons.

Plus étrange, Axa pointe du doigt les aides électroniques. "(...) les systèmes d’assistance à la conduite, en particulier l’assistance au freinage d’urgence et le programme électronique de stabilité (ESP), peuvent aider à éviter les accidents. Toutefois, l’automatisation croissante accroît aussi le risque de voir le conducteur se fier trop fortement à la technique (phénomène d’«over-reliance»). Divers types d’accidents sont d’ores et déjà connus comme étant le résultat de la confiance excessive du conducteur dans un tel système".

Sauf que les véhicules électriques ne sont pas les seuls, loin de là, à avoir ses équipements. Il y a bien entendu l'emblématique Tesla et son "autopilot". Mais l'excuse d'Axa pour accuser les véhicules électriques est pour le moins alambiquée. "Les conducteurs de voitures électriques s’intéressent généralement davantage aux innovations techniques, connaissent mieux les systèmes d’assistance et les utilisent plus souvent". Ah bon ? On fait des généralités dans de telles études ?

Des mises en scène tirées par les cheveux

Pour illustrer son propos, Axa Suisse a mis en scène 3 crash tests. Un crash frontal entre une Renault Zoe et un break Volvo. Il illustrerait un véhicule électrique qui sort d'un virage, à 70 km/h. "La voiture électrique accélère plus rapidement que prévu, ce qui surprend le conducteur, qui dévie de sa trajectoire et se retrouve sur la voie opposée". Franchement, si une Zoe accélère aussi fort à en faire perdre le contrôle à son conducteur, il faut de suite interdire les véhicules de plus de 80 chevaux !

Le deuxième test est un véhicule qui recule sur une personne âgée avec déambulateur. Ok. Mais le fait que ce soit un véhicule électrique (silencieux...) ou thermique n'y changera rien ! C'est le conducteur qui est en faute en ne contrôlant pas son environnement immédiat.

La personne en déambulateur n'aurait pas sauté de côté avec un véhicule thermique. Quant au troisième test, c'est un conducteur qui ne respecte là encore les consignes de sécurité ni la loi et "fait confiance" au maintien dans la voie et s'emplafonne une barrière de sécurité. A noter que la Mitsubishi iMiEV utilisé pour cela est dépourvue de la simple alerte de changement de voie. Alors un "autopilot", on rigole.

Pour les assureurs, le véhicule est plus important que le conducteur ?

Alors cette étude démontre quoi ? En fait, non pas que les voitures électriques sont dangereuses et doivent avoir des primes de risque plus élevées (conclusion de certains médias à cette étude). Mais simplement que le conducteur reste et doit rester le maître à bord. Le coup de la voiture "puissante" (sic.) est valable que ce soit un moteur thermique ou électrique.

Bref, le caractère électrique semble surtout mis en avant pour faire parler de cette étude. C'est le genre d'étude qui démontrait il y a quelques années que les voitures rouges ou cabriolets avaient plus d'accidents et méritaient une prime de risque plus élevée.

Pourtant chez Axa, on assurait récemment encore avoir mis fin à ces pratiques ridicules et non étayées. Si en plus vous prenez un véhicule électrique, cabriolet et rouge, vous êtes bon pour la prison ? L'étude Axa.ch est disponible ici.

Illustration : Axa

Pour résumer

Il y a quelques jours, plusieurs médias ont relayé une enquête de la branche suisse de l'assureur Axa. Les véhicules seraient, soi-disant, plus dangereux et verraient leur prime de risque potentiellement augmenter. Vraiment ?

Thibaut Emme
Rédacteur
Thibaut Emme

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