par Thibaut Emme

Elon Musk privé de Maison Blanche pour un événement sur les voitures électriques

Elon Musk et Tesla n'ont pas été conviés à un rendez-vous sur le véhicule électrique organisé par la Maison Blanche et Joe Biden.

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Cela peut paraître étrange de ne pas inviter celui qui représente le mieux le véhicule électrique aux USA, à savoir Musk et Tesla. La Maison Blanche et le Président Joe Biden ont organisé jeudi un grand raout dédié au VE et à son avenir aux USA. Durant cet événement, Joe Biden a dévoilé un plan pour "verdir" l'industrie automobile américaine.

Le plan prévoit que 40 à 50% des voitures vendues aux USA en 2030 seront électrifiées (électriques à batterie, à hydrogène, ou hybrides rechargeables). C'est une sacrée marche, car l'an dernier, ces véhicules ne représentaient que 2 petits pourcents de part de marché.

"La question c'est de savoir si nous allons prendre la tête de la course ou être relégués à l'arrière", a dit Joe Biden dans un discours, au moment où "la Chine fait la course en tête".

Les trois grands groupes automobiles américains conviés, mais pas Tesla qui boude

Sur l'arrière de la Maison Blanche, la Présidence avait fait aligner des modèles électriques ou électrifiés de chez Ford, GM et Stellantis. Biden a même pris le volant d'une Jeep Wrangler PHEV pour l'anecdote et le symbole.

Le grand absent était donc Tesla qui est pourtant un symbole de la voiture électrique. Sauf que Elon Musk n'est pas un grand fan des syndicats ouvriers. Mais, il ne faut pas oublier qu'aux USA, l'United Auto Workers (UAW) est un syndicat puissant. On peut largement comparer cette situation avec la situation allemande d'un Industriegewerkschaft Metall (IG Metall) très "influent".

Ici, donc, pas de Tesla car l'UAW n'en n'a pas voulu. Et la Maison Blanche ne s'en est pas cachée puisque la porte-parole de la Présidence, Jen Psaki a expliqué que les constructeurs présents étaient les trois principaux acteurs de l'UAW. Ainsi, outre les dirigeants des constructeurs, on avait les principaux dirigeants du syndicat invités à la Maison Blanche.

"Aujourd'hui, ce sont les trois plus gros employeurs de l'UAW et le président de l'UAW qui se tiendront aux côtés de Joe Biden". Interrogée pour savoir si Musk, opposé aux syndicats, avait été sciemment écarté, Psaki a répondu : "Ce sont les trois principaux acteurs de UAW. Je vous laisse donc tirer votre propre conclusion".

Le réseau de borne, talon d'Achille du VE aux USA aussi

Outre le défi de créer des gammes 100% électriques ou PHEV, les USA vont devoir développer leur réseau de bornes de recharge rapides et accélérées. Actuellement, un plan d'infrastructures est en discussion au Parlement (le Bipartisan Infrastructure Deal). Cela devrait permettre, de financer en grande partie le réseau public, mais aussi de rénover les lignes ferrées, les ponts, etc. Le réseau de bornes électriques risque de passer au second plan.

Pour convaincre les Américains de passer à l'électrique, le Président Biden a aussi parlé de renforcer la règlementation sur la consommation de carburant que le précédent Président, Donald Trump, avait largement assoupli. Pour le moment, on ne sait pas encore quelle sera exactement la diminution des émissions exigée par l'Administration Biden. La proposition est pour l'instant de baisser de 10% les émissions d'ici 2023 et de poursuivre sur la lancée.

Le Président Obama avait imposé d'améliorer de 5% par an la performance énergétique (et donc diminuer les émissions). Mais, le Président Trump avait baissé à 1,5% cette amélioration annuelle imposée. Dans le flou pour le moment, chaque camps attend de voir les décisions prises par l'Administration Biden.

Certains craignent que si les annonces soient "fortes" (on sait que le Président Biden veut remettre les USA dans les accords de Paris), des crédits, allocations, etc. ne viennent tempérer les objectifs et permettre de prendre des échappatoires. Comme Dan Becker, directeur de la "Safe Climate Transport Campaign", qui considère les "les promesses volontaires des constructeurs automobiles (comme) des résolutions du Nouvel An de perdre du poids en leur donnant l'apparence d'un contrat juridiquement contraignant".

Il est vrai que les 50% de véhicules électrifiés en 2030 ne serait pas une contrainte mais un objectif.

La bisbille UAW / Tesla continue

Quant à Elon Musk, il a réagi "Je ne dis pas que c'est du sabotage. Mais c'est du sabotage" à sa non invitation.

Il faut dire que le médiatique patron n'est pas bien vu de l'UAW et qu'il le leur rend bien. En 2017, le syndicat avait déposé une plainte contre Tesla. Le constructeur était accusé d'avoir viré des salariés uniquement pour leur penchant syndical. En mars 2021, la NLRB (National Labor Relations Board), l'agence américaine en charge du droit du travail a rendu une décision défavorable à Tesla.

La NLRB a imposé à Tesla de reprendre Richard Ortiz, syndicaliste viré. Ortiz était l'un des fondateur du mouvement "Fair Future at Tesla" vu d'un mauvais oeil par Musk. L'agence a aussi imposé à Tesla de faire supprimer une tweet de Elon Musk considéré comme une menace envers ceux qui voudraient se syndiquer chez Tesla. Il y déclarait que sa société devrait rester libre de tout syndicat. On était en 2018 et cette affaire pourrit encore les relations entre Tesla et l'UAW.

A la Maison Blanche, on indique que d'autres événements autour de l'électrification de l'industrie automobile américaine seront organisés et que Tesla pourrait alors être un interlocuteur. Mais, pour hier, c'était persona non grata.

Illustration : Maison Blanche (extrait de la vidéo). Le Président Biden qui signe l'executive order, entouré entre autre de Mary Barra, patronne de General Motors, mais aussi Bernie Ricky, Président de l'UAW local 600 chez Ford à Dearborn.

Pour résumer

Elon Musk et Tesla n'ont pas été conviés à un rendez-vous sur le véhicule électrique organisé par la Maison Blanche et Joe Biden.

Thibaut Emme
Rédacteur
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