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par Nicolas Anderbegani

Rétro F1 : Silly season 1992, tout le monde veut la Williams

Le mois d’août 2022 nous tient en haleine avec le départ surprise d’Alonso vers Aston Martin, l’affaire Piastri et ses conséquences, mais trente ans plus tôt, la « silly season » du championnat 1992 était d’un tout autre acabit, mettant en lice trois champions du monde pour un même volant !

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Un champion mal récompensé ?

Ah, 1992. C'est loin ! Michael Schumacher remporte sa première course à Spa avec Benetton, Jean Alesi porte à bout de bras une Scuderia Ferrari au fond du trou, Paul Belmondo pilote pour March, une obscure écurie italienne Andrea Moda, dont le patron fricote avec la mafia, fait rouler des épaves et la dernière femme à ce jour alignée officiellement en F1, Giovana Amati, n’a rien pu faire sur une misérable Brabham-Judd qu’elle partage avec un débutant nommé Damon Hill. Mais 1992, c’est surtout l’année de Nigel Mansell, qui, au volant d’un missile nommé Williams-Renault, a littéralement atomisé la concurrence. Dotée d’une suspension active redoutable et d’un V10 Renault exceptionnel, la FW14 surclasse toutes les autres voitures. Si bien que, en terminant 2e du grand prix de Hongrie, dès la 11e des 16 courses de la saison, Mansell décroche enfin le titre mondial, qui lui avait échappé en 1986, en 1987 et 1991.

Adulé par les fans pour son audace et son pilotage spectaculaire, mais également moqué par une partie du paddock pour ses gaffes légendaires, ses manières parfois balourdes et son image de « looser » magnifique, le « lion », comme le surnomment les tifosis qui ont aimé son passage chez Ferrari, n’a pas laissé passer sa chance. Sauf qu’à l’issue du GP de Hongrie qui le sacre, c’est la claque. Grisé par le succès, Mansell demande à Frank Willams une prolongation pour 1993 avec une augmentation salariale très conséquente, voire exorbitante pour certains observateurs bien avisés. Williams douche les prétentions de l’anglais, car le retors patron britannique, toujours aussi malin dans les négociations, a deux autres fers au feu, et pas des moindres : Alain Prost et Ayrton Senna !

Une Williams nommée désir

Forcé à une année sabbatique après avoir été viré comme un malpropre par Ferrari fin 1991 (le camion !), Alain Prost a renoncé à son projet de reprise de Ligier et a préparé activement son retour pour 1993. Le français a renoué avec Renault et Elf, dix ans après l’amertume d’une première collaboration qui avait échoué, et, soutenu par le motoriste et le pétrolier tricolores, a signé un pré-contrat avec Williams. Mais qui tape aussi à la porte de Grove (le siège de Williams, ndlr) ? Ayrton Senna pardi ! Honda ayant annoncé son retrait de la F1 à l’issue de la saison 1992 (et ils partiront pour de bon, pas comme aujourd’hui…), McLaren se retrouve pour la saison 1993 avec un problème de fourniture moteur, sans compter que Woking n’a pas été capable de développer une machine aussi sophistiquée que la Williams. Ron Dennis tente le tout pour le tout afin de garder sa perle brésilienne, au point même d’envisager de racheter l’écurie Ligier afin de mettre la main sur le V10 Renault qui motorise les bleus ! Senna n’en a cure et joue sa carte personnelle, via sa société de management « Ayrton Senna Group » qu’il vient de fonder avec l’agent Julian Jakobi.

Des contacts sont établis avec Ferrari via Niki Lauda– on parle alors d’un salaire de 25 millions et d’exigences techniques solides– mais le patron de Ferrari, Luca Di Montezemolo ferme la porte, sachant pertinemment que Ferrari n’est pas encore en mesure de donner à Magic ce qu’il attend. Ce n’est pas la première fois ni la dernière que la Scuderia et Senna se tournent autour, mais cette collaboration fantasmée des fans n’aura jamais lieu. Obnibulé par le succès, Senna veut la meilleure voiture pour gagner et fait du lobbying auprès de Williams, jusqu’à lui proposer de piloter gratuitement ! On imagine la tentation de Frank Williams, qui avait permis à « Magic » d’effectuer un premier test en F1 1983 et qui avait failli l’engager en 1985 avant d’être devancé par Lotus. Qui ne voudrait pas s’offrir un tel pilote ? Pourtant, il y a un obstacle : Alain Prost, qui n’a pas envie de cohabiter de nouveau avec son grand rival, après une expérience chez McLaren qui fut, c’est un euphémisme, compliquée ! Le contrat de Prost comporte une clause libératoire au cas où Williams engage Senna ! Un jeu dangereux pour Williams, qui avait déjà essayé de jouer sur plusieurs fronts l'année précédente (avec Jean Alesi notamment). Mansell dans tout ça ? Oublié et poussé vers la sortie !

Senna prendra son mal en patience, Mansell s'exile

Entre fin août et septembre, l’échiquier se met en place. Le recrutement de Prost est annoncé en grande pompe avant le grand prix du Portugal, pour les saisons 1993 et 1994, provoquant une réaction très virulente dans les médias de Senna qui dénonce la « lâcheté » du français qui refuse la confrontation directe avec lui. Le français balaie d’un revers de main ces piques en déplorant l’attitude d’enfant capricieux de son adversaire. Cette tension une nouvelle fois à vif entre les deux hommes, on la ressentira tout au long de la saison 1993.Le brésilien doit se faire une raison et va hésiter entre plusieurs options, de l’année sabbatique à la prolongation par défaut chez Mclaren, en passant par la tentation américaine via un test en Indycar avec Penske qui aura lieu en fin d’année à Laguna Seca.

Senna se résigne finalement à rester McLaren et se contentera d’un V8 Ford client, mais en exigeant d'être payé 1 million de dollars par course (!) avant de rejoindre Williams en 1994 après la retraite de Prost. Quant à Mansell, qui ne s’est pas senti désiré, qui s’est senti humilié par une proposition de salaire à la baisse de Williams et qui n’avait surement pas envie de cohabiter à nouveau avec Prost après une première expérience douloureuse chez Ferrari en 1990, il annonça en marge du grand prix d’Italie se retraite de la F1. Il partira en Indycar avec Newman-Haas remporter le championnat CART 1993 puis reviendra en F1 en 1994, rappelé en catastrophe par…Williams, après la mort tragique de Senna à Imola. Destins croisés.

Pour résumer

L'été 1992 fut très chaud sur le marché des transferts de la Formule 1, entre un Mansell échaudé par son équipe après son titre mondial, un Prost sur le retour mais à ses conditions, et un Senna prêt à tout pour mettre la main sur la Williams-Renault !

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